LE PASSAGE DE VÉNUS M
On sait que la grande commission académique du passage de Vénus est présidée par M. Dumas, qui a montré le plus grand zèle dans l'organisation des innombrables détails nécessaires à des expéditions de cette nature.
Les stations françaises sont au nombre de six; trois dans l'hémisphère boréal : Pékin, Yokohama et Saïgon; trois dans l'hémisphère austral : 1rs îles Saint-Paul et Campbell (Falklund) et Nouméa.
Il y aura de {dus à l'île de la Réunion, une station supplémentaire qui sera rattachée à la station de l'île de France, où lord Lindsay établira lu station dont il fait à lui seul tous les frais avec une munificence sans exemple dans l'histoire des scien es.
On annonce que l'Association scientifique de France va envoyer, à ses frais, quelques naturalistes pour accompagner les astronomes dans les plus in-
téressantes stations précédentes. Parmi les chefs de station nous ne nommerons aujourd'hui que M. le capitaine Mouchez, à Saint-Paul, Bouquet de la Grye, à l'île Campbell, et Janssen, à Yokohama. Les colonies de Cochîncliinc et de la Nouvelle-Calédonie contribueront aux frais des stations de Saigon et Nouméa. Nous avons parlé récemment des stations de l'expédition anglaise ; nous donnons aujourd'hui, d'après le journal anglais Nature, les gravures des deux principaux instruments des stations anglaises; l'instrument des passages, destiné à déterminer le temps ou une étoile passe au méridien, afin d'eu déduire la
Ei|u;itorial Je l'expédition anglaise pour le pa&saje de Vénus.
longitude du lieu, et l'équatorial qui est construit pour suivre le soleil, lors du passage de la planète sur le soleil.
On peut se faire une idée de la grandeur de ces deux instruments en regardant les escabeaux qui servent aux observateurs. Tous deux se trouvent dans des cabanes provisoires en planches.
L'instrument des passages est orienté avec soin et la position des deux supports de l'axe exige une grande habileté. Le toit de l'équatorial se démonte afin que la lunette, mue par un mouvement d'horlogerie, puisse suivre le soleil. Les équatoriaux français au contraire sont dans des cabanes à coupole mobile, comme dans les grands observatoires, ce qui est un avantage.
Quand l'instrument des passages anglais est mis en observation, on enlève une trappe située dans le plan méridien. L'équatorial anglais est mobile autour d'une colonne verticale.
Les équatoriaux français mieux disposés à notre avis ont des pieds inclinés de manière à faciliter, autant que possible, les observations relatives à chaque station.
Les oculaires des équatoriaux anglais ont des dispositions particulières imaginées par sir Georges Airy. Ils sont pourvus d'un micromètre à double image, dont on se sert ordinairement pour déterminer la distance de deux étoiles. Les Anglais espèrent employer ce procédé pour mesurer la distance de la planète au bord du soleil après rentrée complète
et avant le commencement de la sortie, c'est-à dire lorsqu'il y aura un filet notable de lumière entre la planète et le Lord du soleil. Mais le bord du soleil est-il de nature à permettre une définition bien précise ?
Dans beaucoup de stations le soleil sera très-bas au-dessus de l'horizon lors de l'entrée ou lors de la sortie. Ce sont de détestables conditions pour faire des observations précises. Le savant directeur de Greenwich espère triompher de cette difficulté à l'aide d'une lentille hémisphérique, terminée par un plan sur lequel on placera l'œil. Ce plan étant variable de direction l'illustre astronome espère s'en servir
comme d'un prisme pour corriger l'effet de la dispersion.
Chaque station anglaise comprend encore un instrument nommé altazimuth et semblable à un théodolite. Il possède un cercle horizontal pour mesurer la situation du plan vertical do l'astre et un cercle vertical pour mesurer sa hauteur au-dessus de l'horizon. Les astronomes anglais, à cause de leur climat, sont très-attachés à cet appareil qui leur permet de prendre des mesures, même quand le passage méridien a été caché par des brouillards. Cet instrument a l'inconvénient d'exiger de longs calculs do réduction et deux mesures d'angles. Il est iinpossi-
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L'jdcUc des passages de l'cxpédilion anglaise pour le passage de Venus.
hic de remédier au premier inconvénient des brumes, mais le second a été tourné très-habilement à l'aide d'une remarque fort simple. Ces instruments sont destinés à prendre des distances lunaires. Or, le mouvement de la lune est loin de varier de la même manière par rapport au zénith dans toutes les régions terrestres.
Entre les tropiques, le mouvement vertical est le plus rapide, ce sera le seul mesuré à la station de Rodrigue. Le cercle azimuthal y sera hors d'usage.
Au contraire le mouvement de la lune en azimuth est de beaucoup plus rapide dans les régions éloignées de l'équateur. Les observations azimuthales seront donc les seules faites aux îles de Kerguelcn et môme à la Nouvelle-Zélande.
iïous avons annoncé récemment le départ de M. Bouquet de la Grye, pour l'île Campbell ; les autres astronomes français ne vont pas tardera partir.
Lu Angleterre tous les astronomes ont maintenant quitté Greenwich, excepté la mission égyptienne. Les officiers qui la composent sont occupés à prendre leur équation personnelle.
Les longitudes de toutes les stations principales du chemin de fer d'Australie seront prises télégraphiquement, depuis Fahnouth jusqu'à Hobait-Town; un certain nombre de ces stations seront utilisées pour le passage de Vénus, et seront en correspondance par les fils électriques. Le temps de la transmission sur la voie double a été évalué à 1 seconde 1/3. M. Forbes est parti pour les îles Sandwich.
On a d'abord expérimenté les appareils en produisant artificiellement un passage factice de Vénus. Les observateurs se sont attachés à déterminer le moment où le ligament noir prend une teinte grise. Le micromètre à deux demi-lentilles de M. Airy permet d'évaluer avec exactitude la longueur de la bande
que la planète artificiel le occupe sur le bord de ce soleil factice.
Tous les observateurs du passage de Venus se sont servis de cette lunette, et registre a été tenu de leurs observations, afin de noter les discordances avec la marche de la tache qui se déplace, avec la même vitesse qu'aura la planète sur le disque même du soleil. Le soleil artificiel est uniquement une glace qui réiléchit les rayons solaires. Cette glace est mise en mouvement par un ouvrier qui guide le reflet du soleil sur le télescope lui-même. L'instrument est placé sur la terrasse des anémomètres et la lunette sur le toit du cabinet magnétique où. sont établis les services de M. Glaisher.