LES MUSARAIGNES DES PYRÉNÉES
Dans une des dernières séances de la Société d'histoire naturelle de Toulouse, M. Trutat a mis sous les yeux des assistants quatre petits mammifères pris aux environs de la ville et qui ont été donnés au Musée d'histoire naturelle ; à ce sujet, M. Trutat a particulièrement insisté sur l'intérêt que présente, dans les régions pyrénéennes, l'étude si négligée jusqu'à présent de la micromammalogie.
Les Pyrénées et les plaines sous-pyrénéennes renferment un grand nombre d'espèces qui .semblaient tout d'abord spéciales «à d'autres contrées. Deux petits mammifères, dout il vient d'être question, appartiennent au genre musaraigne : l'un la musaraigne musette, sorexareneus, l'autre la musaraigne de Daubenton, sorex fodiens. M. Trutat donne les diaguoses latines attribuées parSebinz à ces deux espèce*, et. à cette occasion il déplore l'abandon de la méthode véritablement linuéenne pour la description des espèces et l'abandon non moins fâcheux de la langue latine comme langue scientifique. Il est positif que maintenant bien des naturalistes ignorent jusqu'à la signification de certains mots employés continuellement. Il cite entre autres ces deux mots inventés par Illiger, nolœum et gastrœum, le premier désignant toute la région supérieure d'un animal de la nuque à la naissance de la queue, le second au contraire la région inférieure, des membres antérieurs à la queue. La musaraigne de Daubenton paraît assez rare dans les contrées pyrénéennes, elle avait été prise, il y a plusieurs années, par M. de Marin, sur les bords du Touch ; cette année elle a été rencontrée à Luchon par M. Chelle, plus tard par M. Lézat, et tout dernièrement enliu par M, de Caumoot, à Portet.Ces différents sujets présentent des caractères remarquables et qui semblent constants dans les Pyrénées : tous portent une tache grise au milieu de la poitrine et ils n'ont pas de taches blanches en avant de Y œil comme l'indiquent les auteurs; enfin les parties inférieures ne sont pas mouchetées, mais bien d'une teinte blanche uniforme. Nous aurions donc dans les Pyrénées une variété spéciale à caractères
constants, mais qui ne semblent pas suffisants pour créer une espèce nouvelle.
Les musaraignes sont de petits insectivores trèsutiles à l'agriculture et faciles à distinguer de la nombreuse famille des rongeurs. Parmi ceux-ci est le campagnol des champs (arvicola arvalis), bien connu sous le nom de rat des champs ; sa prodigieuse fécondité le rend extrêmement redoutable ; cette espèce peut se reproduire dès l'âgo de trois mois ; il fait de huit à neuf portées par an de quatre petits chacune en moyenne. Un seul couple peut doue, dans l'espace d'une année, donner naissance à un grand nombre d'individus aptes à se reproduire.
la Musaraigne
Une espèce très-voisine du campagnol des champs, est le campagnol de Savi, que M. de Caumont a rencontré à Portet; cette espèce diffère du campagnol des champs par ses oreilles plus courtes et cachées sous les poils, auricvlis absconditis, une queue plus courte et un pelage dépourvu de poils jaunes, caractère de l'espèce précédente. Cette espèce avait été regardée jusqu'à présent comme propre à l'Italie, elle serait donc nouvelle pour la faune française.