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LETTRES DE CAMBRIDGE

L'UMVERSiTÉ.

Cambridge, 2 juillet 1874.

L'Universilé de Cambridge est une sorte de fédération de collèges dont la fondai ion remonte, pour quelques-uns, à la plus liaiite antiquité. Au contraire, pour quelques autres, elfe ne date que du commencement du siècle. Chacun de ses collèges, dont le nombre est de 27, possède son corps de professeurs, d'élèves, d'agrégés, etc., etc., et est une petite république faisant partie de la grande. L'Uni-

versité, de même que les collèges, possède des propriétés dont quelques-unes sont fort importantes. On évalue à cinq millions de francs le revenu total de ces biens fonds. Une autre partie des privilèges universitaires est le droit de nommer à des bénéfices. Quelquefois celte nomination a lieu sur la présentation faite par certains noblemen. Il y a au moins cent cures représentant quelque chose comme 500, OÛÛ francs de rente, qui sont ainsi distribués. Comme on le voit nous sommes en plein moyen a^e.

L'Université ni les collèges ne reçoivent pas un centime du budget, mais les élèves payent des droits pour assister aux leçons données dans les bâtiments de 1 Université, aussi bien qu'aux cours qui sont faits dans les collèges et que l'on peut considérer comme de véritables répétitions. I.e titre de docteur s'obtient quelquefois à la suite d'examen et quelquefois à titre d'honneur. La collation de tous ces grades, excepté à titre d'honneur, s'obtient moyennant finance.

Les étudiants sont obligés de prendre leur dîner en commun au collège. Ils payent en général 2 fr. 60 le dîner sans vin ni bière. Les spiritueux se payent à part. Ils ont également une chambre qui se paye 250 francs par an non meublée. Comme l'Université est très-prospère — elle compte plus de 2,000 élèves — tous ne peuvent loger dans les collèges. Us logent en ville clans des logements licenciés, c'est-à-dire dans des maisons autorisées à les recevoir et soumises à l'inspection du PrOclor et duPro-Proctor, ou si l'on veut du censeur et du vice-censeur.

On estime que la pension d'un étudiant coûte, avec beaucoup d'économie, 5,000 francs par an, quoique les vacances commencent vers le 10 juin et unissent eu octobre.

Les jioblemen ont le privilège de diner avec les fellows, c'esi-à-d ire les agrégés du collège. Mais la plupart préfèrent prendre leurs repas avec les gens de leur âge.

Le ducdcDevonshire a été nommé chancelier depuis la mort du prince Albert. C'est le vice-chancelier qui fuit toutes les affaires de l'Université. Il est nommé par le Conseil de l'Université, lequel Conseil est nommé par le Sénat. Le Sénat est formé par la réunion de tous les gradués qui sont au nombre de 6,000.

Les courges sont gouvernés par un maître nommé par les agréés. Les agréés ou Fellows reçoivent une rente qui varie de 10 à 20,000 francs, mais qui cesse de droit quand ils se marient. Cependant, lorsqu'ils sont nommés professeurs ils reprennent de droit cette rente. Ces Fellows sont nommés après concours. Il y a des étudiants pauvres qui sont dispensés de payement et qu'on nomme des (îzurs. On donne, en outre, une somme d'argent à ceux qui se distinguent dans les concours. L'Université a un observatoire, dirigé par SI. A dams, où l'on fait de grands travaux sur l'astronomie stellaire. Le principal observatoire des collèges est celui de Pembreke, dirigé par le révérend Power.

Les cours professés à l'Université ne sont pas publics comme en France. La science, étant ici une marchandise, n'est donnée qu'à ceux qui la payent.

\V. DE FOSVJEUJ'

L'ANHIXGA

Nous sommes ici en présence d'uu de ces types tout à la fois ambigu et exagéré comme la nature se plaît à eu composer sans que nous puissions encore nous rendre compte de leur utilité. Qu'à un écliassier corresponde un cou de la même longueur que ses

LA iNATUIlE.

jambes afin qu'il lui .oit possible d'atteindre le sol, c'est ce que nous voyous chaque jour réalisé soit par l'allongement du cou, soit par l'allongement du bec, ce qui revient au même, mais qu'un palmipède soit muni non-seulement d'un long bec, mais par-dessus le marché, d'un cou d'une dimension inusitée, extraordinaire même parmi les plus longs, c'est ce qui paraît vraiment singulier.

— Le cygne, va-t-on répondre, jouit du même cou plus gracieux que celui de l'Ànhinga, quoiqu'il ne soit pas d'une longueur moindre.

— Ceci n'est qu'à demi exact; mais, ce cou est terminé par un bec de canard , sa fonction se

comprend alors. Il Ya chercher au fond de l'eau la nourriture que réclame le corps flottant et nageant à la surface. Le cou de l'Anhinga porte à son extrémité un formidable bec de Héron, fendu jusqu'au delà des veux ! VI, de plus. l'Anhinga, quoique palmipède est ■pêcheur !

En somme, le type que nous étudions ici semble une transition entre le palmipède et l'écbassier : c'est un Néron, c'est plutôt une sorte de Grèbe, d'IIéliorne à doigts tout à fait palmés, à pouce détaché et assez robuste pour permettre à l'animal de devenir pécheur, muni d'ongles robustes, aigus et recourbés.

Maintenant, une question encore. Pourquoi cet

L'Anhinga avec le cou développé.

oiseau dont la station est sur les arbres et sur l'eau, se montre-t-il muni d'une queue longue, robuste, formée de pennes roides et élastiques ! A quoi peut lui servir un semblahle instrument? Serait-ce comme levier, comme contre-poids, comme arc-boutant pendant les singulières évolutions de son cou ? Nous ne avons encore.

Tous ceux qui voient l'Anhinga sont frappés de la similitude singulière du cou de cet oiseau avec un reptile, un plumage ras, semblable à un velours n'en dérobe ni la forme ni la gracilité. Lorsque le corps de l'animal est immergé, où lorsqu'il est caché sous l'herbe des rivages, ce long cou ondulant dans tous les sens, imite à faire illusion, les replis tortueux d'un reptile. Ajoutons à cette singulière similitude la manière dont l'Anhinga étend brusquement le cou en partant de dessus les arbres, la façon dont il le replie

et le lance dans l'eau pour saisir les poissons, i'oscillaUon perpétuelle et les ondulations qu il lui donne.

Le cou est terminé par une petite tète cylindrique roulée en fuseau, de même venue avec le cou, et effilée eu un long bec aigu. Celui-ci est légèrement barbelé vers la pointe, de petites dentelures retroussées en arrière ; les narines sont placées à la base du bec et les yeux remarquables par leur noir brillant ont l'iris doré. La face et le menton sont nus.

Après le cou, cû qui frappe, chez l'oiseau bizarre dont nous nous occupons, c'est la queue aussi disproportionnée avec le corps. Cette queue est grande, large, arrondie, formée de douze pennes étalées et s'éloigne beaucoup de la forme courte et arrondie que présente celle de la plupart des oiseaux nageurs. Les plus centrales de ces pennes sont striées profondément en travers et comme gaulfrées.

L'Anhiuga habile les régions les plus chaudes de I l'Afrique et de l'Amérique méridionale, où il fié- ! quenteles eaux douces et les savanes novées.On en a trouvé une troisième espèce eu Australie où elle a les mêmes

mœurs.

Cet animal se perche sur les arbres les plus élevés qui bordent le rivage — mœurs de Jiéron, — y pose son nid et vient y passer la nuit.

Aussi habile plongeur que pêcheur intrépide, il nage et plonge aussi aisément que le Cormoran de nos pays, ne tenant, pour ainsi dire, que la tète hors de l'eau et s'y enfonçant entièrement au moindre soupçon de danger, pour ne reparaître qu'à des distances considérables, ne se montrant que juste le temps nécessaire pour respirer. Sa défiance est telle qu'après s'être suhmergé à cent pas du chas • seur il n'ira respirer qu'à plus d'un kilomètre loin de lui, à conditionqu'il trouve là quelques roseaux parmi lesquels il puisse se cacher. Ce caractère farouche, qui fait qu'on ne le surprend jamais à terre est un trait de ressemblance avec le genre Héron dont

il a le bec bêle et effaré : l'œil est fixe et stupide d'effarouchement. . .

On a prétendu quel'Ànhinga s'élançail du haut des arbres où il perche, pour saisir, à leur passage, les poissons dont il fait sa nourriture, mais nous ne pouvons admellre une semblable manœuvre de la part d'un

oiseau aussi bon nageur et plongeur que celui-ci; il a bien assez d'autres moyens de le découvrir, de le poursuivre et de s'en emparer lorsqu'il est lui-même sur son élément favori, sans adopter par celte manœuvre capitale, les mœurs d'un oiseau de proie.

Son bec a beau être pointu comme un dard ou un épicu, il ne lui sert point à harponner sa proie, il lui fournit tout simplement une longue pince à crans de sûreté Si sou poisson est petit, il l'avale tout entier sans sortir de l'eau ; s'il est trop gros, il l'emporte sur un rocher , sur une branche d'arbre ou sur le rivage, et là, il le dépèce à l'aide du bec et des pattes dont nous avons vu les ongles forts et recourbés.

L'Anhingaa au moins 2 mètres de long ; mais, si nous défalquons lecou etla queue, il ne nous restera qu'un corps à peu près pareil à celui de notre Cormoran, le Chëlisopke de nos rochers bretons. La peau est trèsépaisse, et la chair aussi huileuse que celle du Chélosophc , nevautpasmieux qu'elle!.. Triste

L'Aiiliiu-a au ie,ios, avec le cou replié manger ! Piteux

régal ! — 11 resterait maintenant à é.tudier si les espèces que l'on a cru devoir séparer dans le genre Ànhinga ne sont pas absolument fictives ainsi que Buffon l'a supposé. 11 y aurait peut-être a remarquer chez cet animal une variabilité normale de plumage, analogue à celle que l'on connaît au nouveau corn-

buttant dont la couleur vatio tellement, suivant l'âge et le sexe, qu'il est très-difficile d'en rencontrer deux semblables.

Or les Anhingas connus ne tirent leurs caractères fugitifs que des "variations de plumage. Les animaux sont d'ailleurs absolument les mêmes.

CHRONIQUE

La enmétc. — Le professeur Leviss Smith a publié une description de la comèle telle qu'il la voyait à Rochester (Etals-Unis), le 19 juin dernier. Il suppose que l'éclat maximum de l'astre aura lieu le 3 août et que la quantité de lumière donnée alors sera supérieure à celle de Vénus dans son beau. Ce maximum d'éclat mira lieu, suivant le professeur Lewiss, dans le voisinage de l'étoile Dcmbola. Ces prévisions paraissent plus voisines de la vérité que celles de M. Ilmd. L'éclat de la comète augmente rapidement, il est très-facile aujourd'hui de la distinguer des autres objets du firmament. Sa queue, très-visible à l'œil nu, est assez éclatante pour frapper même les yeux qui n'ont point l'habitude de regarder le ciel ; elle est droite et dirigée presque verticalement dans la direction des gardes de la petite Ourse. En la regardant avec un télescope pourvu d'un faible pouvoir grossissant , on voit très-bien la nébulosité, qui est de forme ovoïde, prolongée dans le sens du mouvement. La partie brillante semble être la caustique de la lumière qui a traversé les parties fortement réfringentes.

Statistique tle la eonNommution du tabac en France. — Yoici, d'après des renseignements inédits et dont nous garantissons l'authenticité absolue, la quantité de tabac consommée en France. On fume dans notre pays de 18 à 19 millions de kilogr. de tabac à fumer ou scaferlati., 3,500,000 kilogr. de cigares (le kilogramme est formé de 250 cigares), 7,500,000 kilogr. de tabac à priser, 650,000 kilogr. de tabac à mâcher, 450, 00U kilogr. de carotte, tabac peu connu à Paris, et qui se fume, se prise, se mâche; on ne le consomme guère qu'en Bretagne. — La recette totale obtenue par les produits des manufactures de France en 1875 a été de 294 millions de francs. On compte en France 10 manufactures (la guerre nous en a coûte doux, celle de Metz et celle de Strasbourg), 40,000 déhits environ. À Paris il n'y a pas mnins de 1,200 bureaux de labac.

La photographie spirite. — Encore une nouvelle invention du pays des tables tournantes ! Elle est née de l'autre côté de l'Atlantique, et se pratique actuellement à Taris. Vous faites prendre votre portrait par le photographe spirite, et vous assistez vous-même dans la chambre noire au développement de l'image. Miracle ! En même temps que votre image, apparaît celle d'un esprit; c'est une tète qui se révèle i le corps auquel elle doit êlre attachée se dissimule dans un linceul indécis. Quelques naïfs reconnaissent parfois l'image d'une personne aimée. Un physicien n'y voit qu'un grossier tour de passe-passe. Le procédé employé est bien simple. On prépare à l'avance des glaces sensibilisées et l'on prend le portrait d'un spectre que l'on improvise, en enveloppant un compère, masqué ou muni d'une fausse barbe, d'un grand voile de mousseline; une fois la glace impressionnée on ne la développe pas, on la

garde dan» l'obscurité et on en f:iit usage une seconde fois, pour prendre l'image de la crédule victime. Quand on développe, les deux images apparaissent simultanément. Les photographies spirilcsontun grand succès à New-York, et sont à la veille d'obtenir la vogue qu'ont eue jadis les table; tournantes et parlantes.

Le bolide de 1 jon. — Un bolide très-remarquable a été aperçu samedi 20 juin, à neuf heures quinze minutes, traversant le ciel de l'ouest à l'est, à environ 30 degrés d'élévation au-dessus de l'horizon sud. Ce météore, d'après le Salut public, de Lyon, émettait une lumière extrêmement brillante, laissant une traînée lumineuse trèsdense qui l'accompagnait dans sa course sur une longueur d'environ 2 degrés, puis cessait brusquement. D'une couleur verte très-prononcée, la lumière passait par une série de dégradations de teintes jusqu'au jaune foncé au bout de In traînée. Le bolide a commencé à apparaître un peu audessus delà lune, qui s'approchait à ce moment-là de son coucher, puis a disparu au sud-est, en émettant des gerbes d'étincelles, après une course sensiblement parabolique d'une durée approximative de 25 à 50 secondes.

BIBLIOGRAPHIE

Mémoires d'un estomac, écrits par lui-même pour le bénéfice de tous ceux qui mangent et qui lisent, et édites par un ministre de l'intérieur, traduits de l'anglais sur ta huitième édition, revue et augmentée par le docteur Gros, médecin en chef de l'hôpital de Boulogne-sur- Mer. — Paris, 1874; 1 vol. in-18. — Librairie de J.-B. Bflill ère et fils.

La statistique graphique et ses applications aux constructions, par M. Maurice Lévy, ingénieur des ponts et chaussées. — 1 vol. grand in-8", avec un atlas de 24 planches. — Paris, Gaulhiers-Villars, 1874.

La statique graphique a pour objet de remplacer, dans les applications, dans celles surtout qui se rattachent à l'aride l'ingénieur, les calculs laborieux de la statique ordinaire, par des constructions géométriques simples et n'exigeant, pour la plupart, d'autre connaissance mécanique que celle du parallélogramme des forces. 31. Maurice Lévy a su exposer les méthodes de la statique graphique, d'une fa cou à la fois complète et élémentaire ; le bel ouvrage qu'il vient de publier et qui représente une grande somme de travail et d'érudition, rendra des services importants, aux écoles professionnelles et à tous les ingénieurs.

Séance du 6 juillet 1871. — Présidence de M. Rkhtrand.

La comèle. — Avez-vous vu la comète? On ne s'aborde guère le soir aulrement, et l'on pourrait répéter dans les rues ce mot inspiré naguère à un spirituel académicien par le succès des discussions de M. Le Verrier : « Kùt-on pensé qu'il y eût tant d'astronomes en France! » A Marseille, où l'astre errant dont M. Coggia est le père est naturellement l'objet de tendresses toutes spéciales, le ciel n'a pas été aussi pur qu'à Paris et les observations ont par

conséquent du, être inlermîllentcs. Elles ont néanmoins fourni déjà quelques données spectroscopiques.

Au début, la comète no donnait qu'un spectre très-faible où l'on reconnaissait cependant les caractères des gaz carbonés. Ce spectre prend chaque soir plus d'intensité, et la ligne verte est surtout remarquable par son éclat. On peut remarquer que les précédentes comètes présentaient au conlraire la ligne jaune plus brillante et il faut en conclure que dans ces astres, les combinaisons gazeuses peuvent varier de l'un à l'autre. Le spectre actuel ressemble à la succession de trois cônes couchés horizontalement et pénétrant presque les uns dans les autres. Le noyau paraît donner un spectre continu, mais très-faible.

Rôle géologique des diatomées. — Il résulte des recherches d'un savant italien dont le nom nous échappe, que les infusoires à carapaces siliceuses connus sous le nom de diatomées ne sont pas localisés exclusivement dans les formations géologiques récentes. Les combustibles minéraux de tous les âges, y compris ceux du terrain carbonifère, en offrent dont la conservation est admirable, et qui présentent malgré l'incommensurable durée qui les sépare de nous, rigoureusement les mêmes Tonnes que les diatomées actuelles.

flûte néolithique. — Grhca aux recherches récentes, on est arrivé à connaître une foule de particularités de la vie et des mœurs des hommes fossiles. On sait qu'ils aimaient les arts graphiques, dessin, gravure, sculpture, on sait même qu'ils avaient foi dans une existence posl mortem puisqu'ils ensevelissaient leurs proches avec les provisions nécessaires pour un long voyage. Il est probable que les indiscrétions de la science iront bien plus loin encore et que tout re qui offre de l'intérêt, quant à. ces époques qui semblaient si bien effacées de l'histoire, nous sera connu.

On accueillera donc avec satisfaction la nouvelle d'une découverte que M. Pieltc vient défaire clans la caverne de Dourdon (Haute-Garonne) et qui nous révèle l'homme néolithique sous un jour artistique tout nouveau. Il s'agit en effet d'une flûte en os trouvée en association avec des débris de poterio, dos os d'animaux et des silex taillés qui ne laissent aucun doute quant à son âge. Cette flûte a deux trous seulement, ne peut par conséquent donner que quatre sons et ressemble tout à fait au pipeau de ces Océaniens dont Cook signale la monotone musique.

Nos Gascons d'avant la Gascogne, pas plus que nos contemporains des antipodes, n'étaient pas sans doute des virtuoses, mais on peut croire qu'ils choisissaient d'ordinaire des tubes plus sonores que des os, des tubes de bois et des roseaux par exemple. La flûte de Dourdon serait donc le témoignage d'un essai peu heureux au point de vue musical, mais comme providentiel puisqu'il nous transmet une notion précieuse.

Candeur. — Les inventeurs d'un système propre à rendre les vaisseaux insubmersibles par une application nouvelle de* l'air comprimé, s'étonnent de ne pas voir paraître le rapport pour l'élabo ration duquel l'Académie s'est empressée de nommer une commission aussi nombreuse que bien choisie.

Lufooorme! — Au secours! venez m'aîdcr à sauver ce malheureux qui veut se suicider !

— Mon ami, parlez français, de grâce 1 se suicider est intolérable ! Il y a dans ces deux mots accouplés comme une sorte de

— Merci, monsieur! mais pendant ce temps le pauvre diable va mourir. Sauvons-le, et j'écouterai votre leçon après,

Voilà, sauf les mois, ce qui a pris plus d'une heure de la séance.

— Tout le monde sur le pont ! criait (en style « qu'académique on nomme ») la commission du phylloxéra et à sa tète M. Dumas. Braves vignerons, notre bonne mère la vigne est malade. Une affreuse contagion s'étend .sur elle et menace de les tuer toutes. Venons-en à bout comme nous avons fait de la peste bovine !

— Arrêtez, s'écrie M. Robin, une contagion? Que ditesvous là? et pensez-vous à la gravité de celle expression. Distinguo les maladies contagieuses, comme !a peste, le typhus, la morve, la rage, la variole, etc., etc., et les ma-ladics parasitaires, telles que la gale. La peste bovine est... une peste; la maladie de la vigne est une gale. Ergo,

n'assimilons pas l'une à l'autre, car nous aurions l'air

de ne pas comprendre la valeur des mots.

A quoi M. Dumas répond, avec les accents émus d'un vrai patriotisme qui a trouvé le plus vif écho dans tout l'auditoire: « Nous avons dit contagion pour être compris de tout le monde. Nous l'avons dit parce que les procédés curalifs efficaces contre la peste bovine nous montrent que des pratiques analogues peuvent venir à bout de l'invasion phylloxérique, car nous n'avons pas à perdre de temps en beaux discours; la vigne est malade, la vigne se meurt; après le Midi détruit, le Maçonnais ne tardera pas à être menacé. Or, faites-y attention, la vigne disparaissant de la France en ce moment-ci, serait la ruine politique de notre pays en même temps que sa ruine financière. »

D'ailleurs, sur quoi querelle-t-on ? Une maladie contagieuse est celle qui se transmet par un contagium qu'on n'a pas encore pu voir. Une maladie parasitaire est celle qui est communiquée par un petit être figuré. La gale a été contagieuse tant qu'on n'a pas connu l'acaïus; aujourd'hui elle est parasitaire. Molière, où es-lu ! et comme M. Dumas avait raison de dire : « Dès que le mot contagieux prend un sens, il doit se changer en parasitaire, * — Allez un peu faire comprendre aux malades de l'hôpital Saint-Louis que la gale n'est pas contagieuse ! Yous leur direz en même temps, au nom de la physiologie la plus moderne, que le bouillon de bœuf qui les réconforte n'est qu'un apéritif.

V Académie et le progrès. — En présentant la réédition de son traité de ventilation, M. le général Morin a fait la remarque (qui sera insérée aux Comptes rendus) qu'un des endroits où son nouveau système d'aérage, si économique et si saluhre, brille par son absence est précisément la salle des séances de l'Académie. Nu! local, c'est l'auteur qui parle, n'est d'un séjour plus désagréable en toute saison, froid l'hiver, torride l'été et toujours imprégné de l'odeur de renfermé. — ■ Rappelons qu'il n'y a guère qu'un endroit public où la bougie lutte avec succès contre le gaz d'éclairage et la plume d'oie contre la plume métallique, cet endroit, qui devrait être le théâtre de tous les progrès nouveaux, c'est cette même salle des séances de l'Académie des sciences. Stakislas Meusier.

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