DE TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE
(Suite. - Voy. p. 27.) LES APPAREILS IMPRIMEURS. — LC TÉLÉGRAPHE HUGUES.
L'appareil Morse traduit la dépèche par des signaux de convention, qui ne ressemblent point à récriture usuelle. On a demandé au télégraphe imprimeur de réaliser tout entière l'idée de Guitenberg, de là sont venus les typo-télégraphes.
Les appareils de ce genre comportent essentiellement :
1° Une roue tournant en face d'une bande de papier et portant en relief tous les caractères de l'alphabet, imprégnés d'encre par le frottement contre un tampon humide ;
2° Un marteau qui agit au moment où la lettre a
imprimer a pris la position convenable, et qui presse
soit la roue sur le papier, soit le papier sur la roue.
Cet organe porte Ordinairement le nom de roue
des types et le marteau celui de levier imprimeur.
La roue peut être mise en mouvement à distance par des courants successifs et on peut l'arrêter dans les positions convenables de la même manière qu'on
! arrête l'aiguille d'un cadran. Quand elle est ar-
I rètée pour l'impression d'une lettre, il faut qu'un courant différent des autres, soit par sa nature, soit
I par son intensité, vienne déclaucher le levier imprimeur. Les appareils construits d'après ce principe s'appellent appareils imprimeurs à échappe-
I ment.
11 y a une autre solution. Un peut concevoir deux
' roues semblables tournant aux deux extrémités d'une ligne, de telle manière que leurs caractères se trouvent toujours semblablcment placés. L'olïicedu courant se borne alors à faire marcher le levier imprimeur, quand la lettre à imprimer a été amenée en lace de lui. Les appareils de cette seconde catégorie peuvent être nommés appareils imprimeurs à mou~ ventent synchronique.
Les premiers sont plus simples, les seconds permettent uiie transmission plus rapide. Nous indiquerons sommairement le principe des appareils à échappement, nous décrirons ensuite avec quelque détail
! le plus perfectionné des appareils à mouvement synchronique, l'appareil Hughes.
Si on se reporte à la ligure 1 , on y trouvera les organes fondamentaux d'un imprimeur à échappement, li'électro-aimant E fait tourner la roue à rochetu et la roue des types II fixée au même axe. Les caractères frottent en tournant contre un tampon r imprégné d'encre. V est Félectro-aimant imprimeur, h le petit marteau qui presse le papier contre la roue des types. On voit enlin en île mécanisme qui sert à faire avancer h; papier d'une longueur constante pour chaque lettre imprimée, le papier passe entre deux laminoirs dont l'un tient à une roue dentée; cette roue, dont le mouvement est commandé par le cliquet i, avance d'un cran pour chaque oscillation du levier imprimeur.
La lenteur de la transmission, dans ce genre d'appareils est due au grand nombre d'émissions de courant qui est nécessaire pour passer d'une lettre à une autre. Cet obstacle est habilement tourné dans l'appareil Hughes qui frappe la lettre à imprimer, poulain si dire au vol, c'est-à-dire au moment où suivant la rotation de la roue des types, elle pusse à un repère lîxe.
Les figures 2 et 3 représentent en perspective et eu plan l'appareil Hughes.
La dépêche est en quelque sorte jouée sur les touches d'un clavier portant les lettres de l'alphabet et correspondant à des goujons disposés circulairement sous le disque N. Un poids attaché à la roue Z sert de moteur et transmet le mouvement par les mobiles 1 et 3 à trois axes distincts.
Sur l'un de ces axes est fixé la roue des types IL
Le second axe , qui constitue le manipulateur, est vertical et porte un levier horizontal ou chariot g , qui se meut avec la même vitesse angulaire que la roue des types au-dessus du disque N. Ce disque est percé de trous à travers lesquels passent les goujons qui sont en relation avec le clavier. Ces goujons sont reliés au pôle de la pile et le chariot au fil de la ligne. Quand on abaisse une touche, le goujon correspon-
Fig 1. — Type des appareils à échappement.
dant se soulève, et au moment où il est rencontré par le chariot envoie un courant au poste correspondant.
Le troisième axe qui reçoit bon mouvement de la
roue Z est l'axe P, destiné à produire l'impression; il n'est mis en mouvement qu'au moment où le courant traverse l'électroaimant. Il porte des cames dont l'une soulève un petit marteau cylindrique et l'applique contre la roue des types.
Lemouvementdu marteau imprimeur, étant intermittent, devrait troubler ceux de la roue, des types et du chariot ; mais cet effet est évité par l'addition d'un volant v, qui emmagasine la force vive, et d'un régulateur à lame vibrante */.
L'impression a lieu d'ailleurs au punit de (b'part
Fis 2 — Appareil Hughes.
comme au point d'arrivée, de telle sorte que les deux appareils restent toujours dans les mûmes conditions mécaniques.
Mais il faut, comme il a été dit précédemment,
des dispositions spéciales pour que le synchronisme puisse êire maintenu entre les mouvements des deux roues des types, car de très-légères différences accumulées à chaque tour finiraient par produire un dé-
saccord. Pour éviter cet inconvénient, la roue des types n'est pas calée sur son axe, elle peut se déplacer sur elle-même au moment où l'axe imprimeur soulève le marteau. Une came spéciale s'engage entre les dents d'une roue F, dite roue correctrice, qui tient à la roue des types, et fuit avancer ou reculer celte dernière, sans rompre sa liaison avec le rouage moteur de façon à placer le caractère juste en face du marteau. La concordance entre les deux appareils se trouve ainsi rétablie à chaque impression pourvu que l'écart ne dépasse pas la moitié de l'espace qui sépare deux lettres. Les deux appareils tournant synchroniquement, il peut arriver telle circonstance accidentelle qui rompe l'accord. Il importe qu'on puisse le rétablir sans arrêter le moteur aux deux stations, car le mouvement n'est régulier et uniforme qu'au bout de quelques instants. Pour obtenir ce résultat, la roue des types peut être arrêtée isolément dans une position fixe, au moment où le caractère qui correspond au blanc se trouve audessus du marteau ; le premier courant qui arrive alors dans l'élcctroaimant met la roue en prise, avec le moteur.
On a soin de commencer chaque transmission par l'abaissement de la touche du blanc; les roues des deux stations se trouvent alors partir du même point.
L'électro - aimant A.A, qu'emploie M. Hugues, diffère sensiblement des électro-aimants ordinaires. M. Hughes se sert d'un aimant permanent en fer à cheval, dont chaque branche est surmontée d'un cylindre de fer doux entouré de fil recouvert; à la partie supérieure de ce système vient, s'appliquer une petite armature de fer doux a, qu'un ressort de rappel a' tend à relever. Lorsque aucun courant ne passe dans les bobines, l'armature est maintenue abaissée parle magnétisme dû à l'aimant permanent; mais, si un courant traverse le fil des bobines, de manière à y développer une aimantation contraire à celle de l'aimant, l'armature a devient libre, et, obéissant à son ressort a', vient soulever le levier 6B, et faire ainsi agir le mécanisme imprimeur.
Les principaux organes de l'appareil Hughes ains
l'.y. 3. — Appareil Hughé*. — Projection horizontale.
décrits, on peut en concevoir le jeu d'une manière géuérale. On voit comment deux chariots se meuvent synchroniquement aux deux stations ; on comprend comment une touche abaissée au départ peut soulever un goujon, envoyer un courant sur la ligne et produire l'impression à l'arrivée.
Jusqu'ici nous n'avons parlé que de la transmission des lettres, mais l'appareil Hughes imprime aussi les chiffres et un certain nombre de signes conventionnels comme les signes de ponctuation. M. Hughes est arrivé à ce résultat par une disposition ingénieuse sans porter au delà de vingt-huit le nombre des touches de l'appareil. Le nombre des dents de la roue correctrice reste également xé à vingt-huit. Mais la roue des types est partagée en cinquante-six divisions; celles de rang pair portent les lettres, celles de rang impair portent les chiffres et les signes divers qui sont inscrits sur le clavier (fig. 3). Ainsi, à côté de chacune des lettre»!, est placé sur la roue le chiffre ou le caractère inscrit sur la même louche du clavier. La roue, dans
son jeu ordiuaire , tourne toujours par fraction de ,',de tour et ainsi une lettre succède à une lettre ; mais , à certains moments, on peut par une manœuvre spécule, la déplacer de - 5 f g de tour; on passe alors à la série des chiffres et des signes, et, tant qu'on y reste , ce sont les chiffres et les signes qui viennent se placer en face du marteau. Une manœuvre analogue permet de revenir à la série des lettres.
On livre au public les bandes mêmes sur lesquelles a eu lieu l'impression. Ces bandes sont coupées en fragments de longueur convenable et collées sur une feuille de papier. Nous ne croyons pas devoir donner le spécimen d'une transmission avec ce genre d'appareil ; tout le monde a reçu aujourd'hui des télégrammes de cette nature.
Sur les lignes de 400 à 500 kilomètres, on peut passer jusqu'à 55 à 60 dépêches de vingt mots par heure; l'appareil Morse fournit à peu près la moitié de ce nombre. Ch. Bo^eups.
— ï.a suite prochainement. —
HO
CHRONIQUE
Les orages du %8 juin, dans le midi de la France. — La ville de Montpellier a eu particulièrement a souffrir de cette grande perturbation atmosphérique. Les éclairs se succédaient si rapides, que pendant une partie de la nuit, l'atmosphère ;i été sillonnée d'une manière continue par une lueur sinistre et blafarde. Le tonnerre grondait avec un véritable fracas. Les paratonnerres de l'église Sainte-Anne et de la préfecture ressemblaient de loin à des sillons électriques enflammés. Une véritable trombe de grêle a pris en écharpo la ville du nord-ouest au sud-est. Depuis de longues années, dit l'Union nationale, nous n'avions pas vu un pareil ouragan. Les dégâts sont immenses. Un nombre considérable de toitures et surtout de couvertures vitrées sont dans le plus déplorable état. Parti, vers onze heures, do l'arrondissement de Saint- Pons, l'ouragan passait, à ouïe heures et demie, au nord de Uéziers, puis s'infléchissait, à minuit, sur la lisière de celui de Lodève. Le là il atteignait l'arrondissement de Montpellier, qu'il visitait de minuit et demi à une heure, pour aller s'éteindre, entre une et deux heures, dans le département du Gard. La grêle n'est tombée qu'en petite quantité à Nîmes, mêlée à une pluie diluvienne. La veille, un orage semblable traversait le département des Hautes-Pyrénées. L'Ère nouvelle, de Tarbcs, nous apprend que plusieurs communes des cantons de Vie, Ilabastens, Pouyastrucct Tournay ont été fort maltraitées parla grêle, ïarhes et les localités environnantes ont eu également à souffrir du fléau. La grêle est tombée en telle quantité à Tarbes, que c'est par pelletées qu'on la poussait des trottoirs sur la chaussée des rues. M. Gh. Martins, qui a décrit l'orage, dit que quelques-uns de ces grêlons étaient gros comme des noix.. Dimanche matin, on pouvait voir encore les jardins et les promenades publiques jonchés de branches et de feuilles d'arbres. Beaucoup de maisons, dont les façades sont tournées au sud-ouest, ont eu leurs vitres brisées. Nous donnerons dans notre prochaine livraison de plus amples détails sur ces grêlons.
I,es orages et les coups de foudre des ©et ÎO juillet, a Paris. — On est entré, à partir du 9 juillet, dans une série d'orages qui ont considérablement gêné l'observation de la comète Coggia, au moment où elle offrait le plus grand intérêt, car elle se rapprochait rapidement du soleil. A Paris les coups de foudre ont été nombreux quoique les accidents aient été relativement insignifiants. La température s'était élevée jusqu'à 35", 7 à l'Observatoire national. Elle est descendue jusqu'à 19", 3 moins de deux heurs après. La chute thermométrique produite par cette première pluie a donc été de "16°,4, mais le rafraîchissement n'a été que temporaire. Le soir la température était remontée à 25°. L'orage du 9 était accompagné d'une trombe de poussière soulevée par des vents tourbillonnants d'une grande énergie, et donnait à la ville de Paris l'aspect d'Alger en temps de eiroco. En moins d'une heure le vent qui soufflait du sud avait passé au nord, en prenant par l'ouest, où il est retourné avant le coucher du soleil. Le 10, au matin, il était au sud-ouest. La quantité d'eau tombée, pendant la première journée d'orage, a été de 1,000 hectolitres par hectare, soit de 8 millions d'hectolitres pour la ville entière. La quantité d'eau tombée dans la soiré du 10 a été encore plus grande.
Les coups de foudre qui ont accompagné l'orage du 9 ont été nombreux mais à peu près inoffensifs. Le seul accident sérieux a été la paralysie temporaire d'une
jeune fille renversée par un coup de foudre, dans l'avenue Bosquet, à 6 h. 20 m. I.a foudre est tombée, un peu avant, sur le n* 88 du boulevard de l'Hôpital, attirée sans doute par le voisinage de l'église qui n'a point de paratonnerre. Mais le fluide s'est borné à faire des dégâts insignifiants et à ramoner quelques cheminées. Des phénomènes de transport à distance ont été ronstatés. Des pierres détachées de la corniche ont été projetées dans la cour du n° f>2. La fille du concierge a été renversée, sans éprouver aucun mal, mais ses souliers ont été également enlevés et retrouvés à quelque distance.
La foudre est tombée en plusieurs endroits, me Groix- Nivert, n° 24, dans un débit de boisson, où elle a produit 1a fusion d'une petite mesure de plomb. Un buveur qui portait un verre à ses lèvres l'a laissé tomber.
Un autre phénomène de fusion a été observé dans un troisième coup de foudre, tombé rue Blaînville, 6, chez une marchande de ballons d'enfants. Un jet de gaz a été allumé à la suite de la fusion du plomb, et un commencement d'incendie, heureusement arrêté à temps, en est résulté.
Suivant des on- dit, que nous n'avons pu vérifier, la foudre serait également tombée à la place Blanche. Ce qu'il y a de certain c'est qu'une rangée d'arbres du boulevard de Clichy porte des écorchures. L'écorce a été enlevée à tous sur une longueur assez grande.
Ce phénomène de transport semble indiquer le passage d'une étincelle électrique dans le voisinage. La foudre serait tombée sur un camion du chemin de fer.
lia mort d'un grand joueur d'échecs. — Le jeu
d'échecs est si en honneur parmi les savants, que nous ne pouvons nous empêcher de dire quelques mots de regret à propos de la mort de M. Slaunton, un des champions de l'Angleterre. Ce rival de notre Philidor est né à Londres en 1810. lia reçu son éducation à Oxford. Quoiqu'il n'ait pas fini ses études et qu'il n'ait pas pris sc».i grades, il était très-populaire dans cette grande université. On lui doit une édition de Shakespeare, des mémoires sur Shakespeare, des corrections de passages falsifiés, etc., etc., it un ouvrage remarquable intitulé : les Grandes écoles anglaises. M. Slaunton devint célèbre dans toute l'Europe comme joueur d'échecs de première force, à la suite de ses victoires sur M. Saint-Amant. Ses publications sur les échecs sont le Manuel du joueur d'échecs, publié en 1847, la Pratique des échecs, publié en 1800, et les Tournois d'échecs publié en 1852. C'est lui qui dirigeait la partie des échecs dans l'Illustrai ion anglaise depuis la fondation de cette feuille. Il essaya de publier des articles hebdomadaires dans Notes and Querries, sur ce sujet intéressant, mais les communications qu'ilrcçutdeses lecteurs furent si nombreuses, qu'il dut bientôt renoncer à son dessein.
Artillerie prussienne. *— L'Ostsee Zeitung annonce que le ministre de la guerre d'Allemagne a commandé à l'usine Krupp un canon à coin de 37 centimètres qui doit être l'ait avec le bloc d'acier pesant 52.500 kilogrammes que l'on a tant remarqué à l'exposition de Vienne. Ce nouveau canon dit la Revue maritime sera du même calibre que le Krupp de 1 ,000 livres de l'exposition de Paris, mais il sera plus puissant et portera une charge de poudre plus de deux fois plus grande. Jusqu'à présent, le canon le plus fort de la marine allemande était de 24 centimètres, fabriqué pour le Kôntg Wilhelm; aucun des autres navires n'avait de pièces de plus de 21 centimètres. Les nouvelles frégate» Preussen, Grosser, Kurfûrst et Friedrich der Grosse doivent cependant êfre armées de canons de 2$
centimètres, et les deux frégates, actuellement en construction à Londres, porteront probablement du 28 centimètres. Ces dernières pièces (à l'exception du 1,000 livres mentionné ci-dessus et actuellement à Kiel) sont les plus gros canons employas à la défense des côtes d'Allemagne. L'Ostsee Zeitung remarque que ces canons, quoique bons dans un combat à courte portée, seraient tout à fait incapables de défendre un port contre lu bombardement de navires tels que lu Pierre-le-Grand des Russes ou le Fury et la Dévastation des Anglais, puisqu'ils sont incapables de percer une plaque de 12 à 14 pouces à des distances de 1,000 à 1,500 mètres. Le nouveau canon de 37 centimètres, d'autre part, pourra percer une plaque de 15 pouces à une distance de 2,000 mètres.
Procédé de coiiserviUion des boln. — Le Scientific Anmican indique le procédé suivant qui donne, dit ce journal, d'excellents résultats: Prendre de l'huile de lin, la faire bouillir et y introduire du charbon de bois en poudre, jusqu'à ce que le mélange ait pris la consistance semipâteuse d'une peinture ordinaire. Préparer le bois sous la tonne qu'il doit conserver et y appliquer ensuite une seule couche de la peinture ci-dessus, la laisser sécher avant la mise en place. Le bois ainsi revêtu se conserve indéfiniment, il est inaccessible à la pourriture.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 13 juin 1874. — Présidence de M. Bbhtrasd.
Angstrom. — M. Angstrom vient de mourir dans sa 65" année. Il était professeur de l'Université d'Upsal et, seulement depuis quelques mois, associé comme correspondant à l'Académie des sciences de Paris. Son nom restera illustre, car Angstrom avait énoncé la théorie de l'inversion du spectre bien avant que M. Kircbhoff y fût arrivé lui même, pour en tirer, comme on sait, les applications les plus merveilleuses. Le physicien suédois a toujours su apporter dans l'étude de ces délicats phénomènes toute la précision que comporte la science la [dus élevée. Si son grand ouvrage : Étude du spectre normal du soleil est rangé au premier rang îles travaux de ce genre, ce n'est pas seulement parce que, au lieu des 450 raies connues jusque-là, on en trouve 2,000; c'est encore, et surtout, parce que l'auteur, sans reculer devant l'immensité de la lâche, a calculé la longueur d'onde de chacune de ces raies.
Tonnerre en boule. — Les éclairs en boule ne sont pas assez fréquents pour qu'on néglige de les enregistrer, surtout lorsqu'ils viennent se faire voir en plein Paris. Jeudi dernier, -9 juillet, pendant l'orage que tous les Parisiens ont essuyé, le tonnerre en boule a exercé ses ravages dans la paisible rue des Postes. I)<s compteurs à gaz ont été brûlés et on a dû lutter contre un commencement d'incendie.
Cristallisations électro-capillaires. — Avec une activité que nous avons déjà tu l'occasion de faire admirer à nos lecteurs, M. Becquerel, le doyen des physiciens français, continue l'élude des actions électro-capillaires. On sait que ce nom s'applique aux réactions prenant naissance dans les pores mêmes d'une membrane qui sépare deux liquides mutuellement actifs. Dans ses précédents mémoires, l'auteur s'était surtout occupé des réductions métalliques. Aujourd'hui il élurlie la formation et la cristallisation
de substances oxydées; rien n'est changé dans l'appareil, mais il faut choisir des corps dont le contact ne développe qu'une force électro-molrice relativement faible. La plupart des oxydes métalliques ont été ainsi obtenus en petits cristaux ; 51. Becquerel cite surtout le protoxyde de manganèse dont la conservation est difficile, à cause de sa tendance à se sur-oxyiler. L'alumine cristallise très-bien et reproduit, par conséquent, le corindon naturel. En faisant réagir le plomhile de potasse sur le bichromate delà même base, on obtient du chromalo de plomb cristallisé. M. Becquerel a même préparé ainsi trois chromâtes différents dont l'un n'est pas connu en minéralogie.
Si l'on s'arrange de façon à ce que la force électromotrice soit insensible, on obtient des corps plus complexes, rappelant ceux que SI. Frémy a obtenus antérieurement , par un dispositif très-analogue. Ce qui est remarquable, dans ce cas, c'est la tendance des cristaux à prendre la forme aciculaire. On s'en rend compta en remarquant que chaque cristal commence par une membrane qui tapisse l'intérieur du pore de la membrane; cette sorte de tube s'allonge ensuite progressivement tout en restant creux. M. Becquerel a de semblables aiguilles de sulfate de chaux qui ont plusieurs décimètres de longueur. 11 pense que le fait explique la formation dans l'organisme vivant des concrétions, calculs ou raphides, dont la structure est ou fibreuse ou en aiguilles.
Mer algérienne. — L'Assemblée nationale va être saisie d'une proposition tendant à faire accorder un crédit de 25,000 francs à l'étude du lac projeté de l'Aurès. M. de Lesseps est assuré que l'entreprise du capitaine Roudairc aura l'appui non-seulement du gouverneur de l'Algérie, mais au.*si du bey de Tunis, qui apprécie très-bien l'importance de l'entreprise, M. Le Verrier est d'avis que celle-ci doit être encouragée par tous les moyens et sans qu'on se laisse arrêter par les craintes de toute nature que ne manquent pas de répandre et d'entretenir les ennemis jurés du progrès. On se rappelle combien il y eut à lutter, lors des études relatives au canal de Suez, contre ceux qui prétendt'iit que la mer Bouge avait un niveau de 9 mètres supérieur à celui de la Méditerranée. Us en concluaient que, l'ouverture du canal ouvrait la route à une avalanche d'eau dont les effets seraient épouvantables. Tout compte fait, on a trouvé que les deux cours ont sensiblement le même niveau.
Pour la mer algérienne on a fait l'objection inverse, prétendant que le niveau de la Méditerranée difière à peine do celui du sol à inonder : il en résulte que le travail aurait simplement pour résultat un grand marais salant. Mais M. lloudaire a reconnu que la nouvelle mer aura 27 mètres de profondeur et sera conséquemment parfaitement navigable ; l'actif explorateur a pu du même coup dessiner sur la carte les rivages du futur lac. Sa longueur est de 100 lieues, sa largeur de 15. Il n'y aura qu'un très-petit nombre d'oasis submergées', 4 nu 5 millions suffiront pour eu indemniser les propriétaires. On peut se demander quelles seront, au point de vue général, les conséquences météorologiques de cette surface d'eau substituée à la surface du désert. Sans aller ju r qu'à supposer que le climat de l'Europe en soit notablement alfecté (la nier ne donnant que 28 milliards do mètres cubes d'eau par évaporation) il faut bien reconnaître qu«, l'économie du pays lui-même sera profondément modifiée. On en a pour prouve ce qui s'est produit dans l'isthme de Suez où la pluie jadis absolument inconnue est maintenant fréquente. Il est clair qu'il pleuvra aussi sur les rives de la nouvelle mer et les 80 mètres d'épaisseur de terre végé-
laïc qu'on y voit soul gui-uiiLs de l'extraordinaire* fertilité que reprendront rapidement ces régions autrefois si riches et maintenant desséchées. Stanislas Mel'.mer.