‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 66 sur 229 · JUIN · texte numérisé non relu

JUIN

Les navigateurs ont souvent observé des trombes •d'eau sur l'Océan, mais ces curieux phénomènes météorologiques, se manifestent un peu plus rarement à la surface des fleuves. Un consciencieux observateur, M. R. Peyton, a été témoin le 16 juin dernier, d'un spectacle étrange, qui s'est offert à ses yeux, aux environs de Cologne. Au lever du soleil, le vent soufflait avec une violence exlrêmc, le ciel

ctfiit couvert de nm'es épai^es, et la pluie tombait en abondance.

M. Peyton, en suivant les bords du Rhin, ne tarda pas à être frappé d'étoimernent en remarquant une grande colonne de vapeurs atmosphériques qui descendait des hauteurs de l'atmosphère et tombait jusqu'à la surface du fleuve. Elle formait un cylindre vaporeux, du plus bel effet, noir et obscur dans ?es parties élevées, clair, brillant et presque éclatant, à sa base qui se perdait dans les eaux. Tout à coup le vent redouble de violence, l'air se précipite avec force à travers le Rhin, et s'élance de la rive gauche à la rive droite; la colonne de nuages se met à tour-

Trombe «l'eau observée sur le lUiiu, le 16 juin 1874. (D'après un croquis de M. 11. Peyton.)

ner sur elle-même avec une vitesse extraordinaire, et bientôt l'eau est aspirée en une spirale légère, qui s'élève avec grâce jusqu'au milieu des vapeurs aériennes. La trombe ainsi formée, ne tarde pas à s'incliner sur sou axe, et se dirige vers la rive gauche, où l'observateur peut la contempler de très-près. Il remarque ipie l'eau du fleuve, à la base de la colonne liquide est dans un état d'agitation extraordinaire, comme si elle était soumise à l'ébullitiou. Mais voilà que la colonne est rompue subitement; un intervalle vide la sépare en deux tronçons ; le cône d'eau, s'abaisse à vue ri'œil, tandis que le cône supérieur de vapeurs, s'élève clans les nuages. Il ne reste bientôt plus de vestige de ce remarquable phénomène.

.Notre gravure montre l'aspect de la trombe du 10 juin, au moment où elle s'offrait dans sou développeî* année. — 2" semeslre.

ment complet; c'est à dessein que la colonne d'eau inférieure est représentée tout à fait blanche, car elle présentait presque l'aspect d'une veine de mercure, tant elle était éclatante. Elle était parfaitement cylindrique, comme le jet qui s'échappe du tonneau de nos porteurs d'eau. Cette belle trombe, mince, élancée, se reflétait dans l'eau du fleuve comme dans un miroir, et offrait à l'œil un tableau saisissant.

L'aspect métallique des trombes d'eau, a souvent frappé les observateurs, et notamment le célèbre auteur des Lusiades, qui nous décrit le phénomène en véritable savant et en grand poète ;

« J'ai vu, dit l'écrivain portugais,... non mes yeux ne n'ont point trompé ; j'ai vu se former sur nos tètes, un nuage épais, qui, par un large tube, aspirait les eaux profondes de l'Océan. Le tube

à sa naissance n'était qu'une légère vapeur rassemblée parles venls; elle voltigeait à la surface de l'eau. Bientôt elle s'agite en tourbillon, et sans quitter les flot?, s'élève eu un long tuyau jusqu'aux cieux. semblable à un métal docile, qui s'arrondit et s'allonge sous la main de l'ouvrier. »

On voit que la trombe du Rlun est digne do fixer l'attention ; elle vient grossir la liste des curieux phénomènes qui se sont récemment présentés aux météorologistes et aux astronomes : grêlons extraordinaires et coups de foudres violents, ont successivement troublé notre atmosphère, tandis que la comète découpe le ciel de son aigrette flamboyante, et que Vénus se prépare à son passage sur le disquu solaire. La besogne ne manque pus aux observateurs et aux amis de la nature. Gastos Tissakdier.

L AJ1AISSE3IEST PROBABLE

DU DÉBIT DES EAUX COl'ItAXTES

DU SUD-OUEST T)F. LA FRANCE DATs'S i/ÉTH

et l'automne DE 1874.

Ce (pie MM. Bel grand et Lemoine viennent de dire ' pour le nord de la France, et plus spécialement pour le bassin de la Seine, est parfaitement applicable au sud-ouest et en particulier aux bassins de la Garonne et de l'Aiiour.

Eu effet, depuis les mois d'octobre et de novembre qui ont été fort pluvieux, les six mois de décembre à mai ont été, pour trois, exlraordmairement secs, et pour les trois autres assez secs ; de sorte que l'ensemble de ces six mois n'a fourni qu'une quantité «Veau très-faible, relativement inférieure m Ame à celle. qui est tombée dans le nord de la France.

Dans le bassin da la Seine, celle-ci ne représentait guère plus de la moitié de la pluie qui tombe moyennement dans l'année. Dans le sud-ouest delà France, lu quantité d'eau tombée pendant ces six mois atteint à peine les deux cinquièmes de leur quantité moyenne. C'est ce qui résulte des observations faites à 1 h'eole de Botanique de Bordeaux par moi-même, et à Morcenx par M. Claverie, directeur des écoles de la Compagnie du Midi, comme le montrent les chiffres suivants, où les quantités de pluies sont indiquées en millimètres :

Quantité moyenne annuelle à Bordeaux, 9GI5 ; à Morcenx, il 12. Quantité moyenne de décembre à mai, à Bordeaux, 490; à Morcenx, 583. Moitié de cette quantité à Bordeaux, 248; à Morcenx, 291.

Pluie de décembre (1875), 10; janvier (1874), 23; février, 41 ; mars 21 ; avril, 53; mai, 43. Total pour Bordeaux, 191. — Pluie de décembre (1875), 15; janvier (1874), 44; février, 50; mars, 54; avril, 65, mai, 50. Total pour Morcenx, 258.

Cette période de pluie pendant les six derniers

4 Voy. n« ù&, 11 juillet 1874, p. 83.

mois paraît bien s'être étendue dans toute la plaine du sud-ouest et sur les Pyrénées, car M. Schrader fils vient de me dire que, sur ces montagnes, la neige, peu abondante il y a quinze jours, était à 500 ou 600 mètres au-dessous de son niveau habituel autour de Cauterets, et que les cimes du Marbori en étaient déjà presque entièrement dépouillées.

Une pareille sécheresse n'est pas toutefois sans exemple à Bordeaux. Pendant les cent soixante années qui se Polit écoulées depuis l'année 1714, où des observations pluviométriques ont été commencées, elle a été déjà constatée : d'abord en 1750 et 1768 [): ridant les cinquante-sept années d'observations faites de 1714 à 1770 par Sarrau de Boynet et Sarrau de Vezins; ensuite en 1779 et 1781, pendant les quinze armées d'observations faites de 1770 à 1790 par le D r de Lamotho; enfin en 1804 et 1874, pendant les trentes-deux années d'observations faites à partir de 1812 par M. Abria, doyen de la Faculté des Sciences. En tout donc six fois eu cent-trois années d'observations, soit moyennement une fois tous les dix-sept ans. V. IUclis.

LES LKGOISTES

La presse anglaise a beaucoup parlé dans ces derniers temps des quatre principaux chefs de la secte deslégumistcs, qui existe eu Angleterre, et qui proche l'abstention de toute liqueur fermentéeen même temps que de toute nourriture animale. Presque tous ces sectaires partagent à la ibis l'opinion des Bra finîmes qui ne touchent jamais à la viande, et des musulmans qui ont, s'ils sonL fervents, le vin et l'eaude-vie eu horreur. Le plus célèbre est le frère du célèbre Ncwuian, dont les controverses religieuses firent tant de bruit il y a quelques années, l' rancis iN'ewman ne se convertit au tégnmisme qu'en 1808, après avoir fait de nombreux voyages dans l'Orient. Il condamne de plus l'usage du tabac. 1! prétend être arrivé delà sorte à digérer plus facilement et à mieux apprécier le bonheur de vivre. 11 approche de 70 ans et jouit d'une sauté excellente. C'est un littérateur distingue qui a été élevé à l'Université d'Oxford où il fut fellow du collège BalLol. Pendant près de 20 ans il eut une chaire de latin à l'Université de Londres. M. Pitman, âgé de 00 ans seulement, est légumiste depuis 54 ans. C'est un ancien maître d'école, inventeur d'un système de sténographie quia eu quelque succès. 11 mène la vie retirée d'un anachorète au milieu des plus populeuses cités anglaises La vue des crimes commis par les bouchers en fait un misanthrope. M. Gibson Ward est un propriétaire du comté de Ross, né à Birmingham, en 1815; il jouit d'une grande vigueur physique, d'une voix sonore et d'une véritable éloquence. C'est l'orateur des meetings en pleiu vent. C'est lui qui décrit, en style pittoresque, le danger de manger de la viande pourrie auquel les légumistes échappent. Jl excelli dans l'art

d: peindre les ravages produits par les trvcliines. Quoiqu'il ait déjà cinquante six ans on le prendrait encore pour un jeune homme.

M. John Davie est le directeur de l'institution hydrothéra[)ii|ue de Me 1 rose. Comme on le voit il veut frire accepter l'eau, non-seulement comme breuvage mais encore à peu près comme unique médicament. M. Davie est, en outre, membre actif du parti de la paix à tout prix, du désarmement universel. Général ornent les végétariens appartiennent à d'autres confréries sociales, politiques et religieuses. Leur nombre est considérable, m.is ils ne sont point encore parvenus à faire fermer un seul de ces lieux de perdition qui se nomment les abattoirs, ni à faire laisser le prix de la viande sur un seul marché d'Angleterre.

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