LEURS EFFETS PHYSIOLOGIQUES
Tout corps solide qui devient liquide, tout liquide qui devient gazeux absorbe de la chaleur : les mélanges réfrigérants sont tous basés sur un de ces deux changements d'efat. Qu'on dissolve dans l'acide chlorhydrique du sulfate de soude hydraté, on aura un abaissement de température considérable ; en effet, l'eau solide contenue dans le sulfate passe à l'état liquide au moment où le sulfale, décomposé par l'acide chlorhydrique, se métamorphose en chlorure de sodium qui cristallise sans prendre d'eau de cristallisation ; or, l'eau ne peut passer de l'état solide à l'état liquide sans absorber de la chaleur; elle l'emprunte aux corps environnants qui se trouvent ainsi singulièrement refroidis.
L'appareil Carré, qui a joui pendant quelques années d'une véritable importance industrielle, est basé sur la liquéfaction du gaz ammoniac, puis sur le retour de celui-ci à l'état gazeux, et c'est précisément au moment de la vaporisation du liquide qu'a lieu un refroidissement suffisant pour déterminer la formation d'une masse de glace considérable. Aujourd'hui on fait particulièrement usage, dans les appareils réfrigérants, de mélanges de glace et d'acide sulfurique ; une communication toute récente de M. Berthelot à l'Académie des sciences (séance du 27 avril 1874) est venue de nouveau attirer l'attention sur le refroidissement possible à l'aide de ces deux substances.
On sait qu'on obtient très-aisément dans les laboratoires, en hiver, des cristaux d'acide sulfurique bihydratê (S0 5 IIO ■+- 110) , ce sont ces cristaux que M. Berthelot emploie, il les mélange avec de la glace et il calcule le refroidissement obtenu qui résulte de la différence entre la chaleur absorbée : 1° par la glace liquéfiée par sa combinaison avec l'acide sulfurique; 2° par l'acide sulfurique se liquéfiant également et la chaleur dégagée par la combinaison de l'acide sulfurique avec l'eau. En employant 58 grammes d'acide sulfurique et 155 grammes d'eau , M. Berthelot calcule que le refroidissement sera de 52'»,6. Si, au lieu de prendre le mélange à la température ordinaire, on l'employait déjà refroidi, à 20° par exemple, on trouverait un abaissement de température de 60° environ, et, par suite, le mélange atteindrait, à la fin de l'expérience, une température inférieure à — 80°. — Tels sont au moins les nombres que le calcul fournit, mais, en général, les résultats d'expérience sont inférieurs à ceux qu'il permit de prévoir, et bien que M. Berthelot espère que par un emploi plus judicieux des ressources qu'indique la théorie, on doive aller plus bas que 100° et. approcher davantage de ce zéro absolu, que les doctrines actuelles semblent fixer vers 273°; nous n'y sommes pas encore.
On sait que ces basses températures agissent très-
énergiquement sur l'organisme ; s'il est possible de conserver dans la main quelques flocons d'acide carbonique solide, qui n'apparaissent qu'autant que la température s'abaisse à — 78°, on est sérieusement brûlé quand on comprime ces flocons entre les doigts; la peau est désorganisée à leur contact comme elle le serait par un fer rouge. Toutefois l'effet frigorifique produit sur l'organisme varie singulièrement, suivant la nature de la substance froide qui arrive au contact de la peau ou des muqueuses, et un savant chimiste belge, M. Melsens, a l'ait dans ces derniers temps de curieuses expériences sur ce sujet. 11 les a communiquées, l'été 1 dernier, à l'Académie de Belgique, et nous croyons intéressant de les résumer ici. — M. Mclsens a remarqué que 1" eaude-vie refroidie à — 20°,6 présente un goût trèsagréable ; les personnes à qui il en avait fait goûter, abaissée ii une température de — 30 à 55° par un mélange déglace et de chlorure de calcium, la trouvaient plus douce, plus moelleuse, plus fine que l'eati-de-vie prise à la température ordinaire. On peut même abaisser davantage encore la température des liquides alcooliques, sans qu'ils exercent sur la langue aucune action fâcheuse; refroidis à l'iùde d'acide carbonique solide, le rhum, le cognac se congèlent partiellement, prennent l'aspect de sorbets, et il faut les déguster, comme des glaces, en se servant de cuillers en bois, une cuiller en mêlai produirait une sensation Irès-désagréable qui pourrait aller jusqu'à la brûlure.
Quand on laisse ignorer aux personnes à qui on fait prendre ces sorbets alcooliques la température à laquelle ils se trouvent, il leur est imposible.de croire qu'ils viennent de supporter sans inconvénient le contact d'une substance portée à une température assez basse pour produire l'effet d'une véritable brûlure.
Quand on abaisse la température des liquides alcooliques jusqu'à — 60°, les dégustateurs commencent à éprouver la sensation du froid ; M. Melsens a expérimenté jusqu'à — 71°; beaucoup de ses auditeurs ont pris avec plaisir de gros glaçons de rhum amenés h cette température; mais, en général, quand la quantité était considérable, l'effet a été analogue à celui d'une cuillerée de soupe prise un peu chaude. 11 est remarquable que de l'eau-de-vie, refroidie à — 71° c, mise sur l' avant-bras, le cautérise légèrement, mais ne brûle pas comme le fait la pâte d'éther et d'acide carbonique solide.
Comment expliquer ces effets curieux? sont-ils dus à un phénomène analogue à ceux qu'on observe dans la calélàction, et les alcools refroidis restent-ils enveloppés d'une certaine quantité de vapeur qui empêche leur contact avec les organes, comme une goutte d'eau jetée sur un métal porté au rouge cerise reste suspendue au-dessus de lui sans arriver jusqu'au contact et, par suite, sans se volatiliser immédiatement? cela est probable, mais des études plus prolongées que celles qu'a fuites le savant belge sont nécessaires pour le démontrer. M. Melsens n'a si-
gualé, an reste, ces faits qu'à titre de curiosité, et l'importance du sujet qu'il traite dans le mémoire
dont nous avons extrjit les résultats précédents , froidies.
l'empêche de s'arrêter davantage sur les effets physiologiques des boissons alcooliques fortement re«
Observatoire naval des Etats Dnis, à Washington.