‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 77 sur 229 · LES MONTAGNES · texte numérisé non relu

LES MONTAGNES

i'ar Albekt Dimaigxe '.

« Depuis le commencement île ce dix-neuvième siècle, qu'on appellera le siècle des sciences nalunlles, l'élude et l'admiration des grands spectacles

de la création sont à l'ordre du jour dans toutes les classes de la société. Le sentiment de la crainte qui dominait jadis à l'aspect de tout phénomène majestueux dont on ignorait les causes, a fait place à celui du bonheur qu'éprouve l'homme à ^c sentir vainqueur delà nature et maître de ses secrets. »

Cetle impression, dont nous parle M. Dupnigne,

Lac d'.'Estiiiiien

et ([lie l'homme éprouve à la vue des choses de la nature, est réelle; l'illustre Mumboldt l'avait déjà signalée en parlant de la joie secrète que nous procurent les grandes scènes du inonde. Plus que jamais l'homme s'efforce de lire les énigmes cachées dans

1 1 vol. in-8°, caitcs en couleur et illustrations dans le ,cxte 4 -— 2* édition revue et augmentée. — Tuurs. A. Marne et fil». 1374.

les entrailles du sol, enfouies datif les profondeurs des mers, ou reléguées dans les hautes régions atmosphériques; celte passion du vrai, qui anime le savant, est commuiiieutivc, elle dépasse les limites de la science pure, pour envahir le domaine des gens du monde et de tous les esprits, avides de connaître la nature. Aussi le public ne manquet-il l pas d'accueillir favorablement les livres comme celui

de M. Dupaigne, où les admirables spectacles dont notre globe aboutie, sont présentés d'une façon méthodique, étudiés avec les ressources puissantes de la science moderne. De quel précieux concours sont au touriste la géologie, lu physique, la chimie et les différentes branches du savoir humain! Ces monta' gaes grandioses s'éclairent d'un jour tout nouveau

pour le voyageur, qui suit les mouvements des glaciers, qui sait reconnaître leurs moraines, dévoiler les preuves de leurs glissements, et méditer les causes , de leur [ roductiou. Ces massifs imposants deviennent -des ossuaires immenses pour celui qui y rainasse I des fossiles, qui cherche la Iruce des coquilles dont I \h son' remplis, ils apparaissent comme les témoins

I l ; Ile iàê mmM :

Chasse au chamois.

des révolutions du globe, comme le m us je où sont en partie relégués les débris des êtres antérieurs!

M. Dupaigne passe d'abord en revue le tableau des grandes chaînes de montagne , mais il nous décrit surtout celles qui dominent lu territoire français. 11 commence par donn r une idée exacte des différents systèmes de cartographie employés pour la représentation des m n'.n^uv, puis il transporte le

lecteur, à travers les chaînes des Vosges et du Jura, au

' milieu des glaciers des Alpes et parmi les pies escar-

i pés des Pyrénées. Les descriptions sont éclaircies par

de fort belles illustrations d'une exécution parfaite,

comme on peut s'en convaincre en jetant les yeux

sur les spécimens ci-contre. — La première gravure

représente le "beau lac d'/Escliincn, près de Kander-

j sterg, eu Suisse; la seconde nous montre un de ces

terribles combats de l'homme contre H 'in offensives victimes qu'il détruit sans pitié. Le chamois, partout traqué dans les montagnes, ne tardera pas, en effet, à grossir la liste des espèces disparues de la scène du monde. Inévitable conséquence de la concurrence vitale et du combat pour la vie !

M. Dupaigiie, on le voit, envisage les montagnes sous tous les points de vue, eu savant et souvent même en artiste, car il sait mêler aux choses de la science le parfum de la littérature. Les volcans lui offrent le sujet de chapitres intéressants, ainsi que les phénomènes géologiques actuels, où l'observateur assiste à la démolition lente des montagnes par les érosions des eaux, par les éboulements et les avalanches. Après le monde physique, il fallait aborder le monde vivant; aussi la flore et la faune des montagnes, les hommes des montagnes eux-mêmes, avec leurs mœurs, leurs industries et leurs chasses, forment-ils le complément de celte œuvre intéressante.

CHRONIQUE

I.e grand prix du phylloxéra. — L'Assemblée national» ;i adopté lu loi dont la teneur Suit :

Art. 1". Un prix de trois cent mille francs (300,000 fr.), auquel pourront venir s'ajouter les souscriptions volontaires des départements, des communes, des compagnies et des particuliers, sera accordé par l'Etat à l'inventeur d'un moyen efficace et économiquement applicable, dans la généralité des terrains, pour détruire le phylloxéra ou en empêcher les ravages.

Art. 2- Une commission nommée par le ministre de l'agriculture et du commerce sera chargée : 1° de déterminer les conditions à remplir pour concourir au prix ; 2° de décider, s'il y a lieu, de décerner le prix et à qui il doit être attribué.

Iflorsurc de la vipère. — Parmi les ouvrages offerts récemment à l'Académie de médecine, nous signalons spécialement la brochure de M. Fredel, présentée par M. La-

lioulbène. Celte brochure est relative à la morsure de la vipère, sujet qui a occupé, comme on sait, la compagnie dans une de ses dernières séance?. Elle débute par la relation d'un cas où la morsure de la vipère de nos pays a amené la mort le cinquième jour, et l'indication succincte de quelques faits analogues. Une lettre de M. Yiaud-Grand- Marais, adressée à l'auteur, rappelle les cas de mort qu'il a publiés de son côté et que M. Laboulbène avait déjà signalés à l'Académie. L'opuscule de M. le docteur Fredel, dît la Cazette de médecine, contient aussi des détails intéressants sur les moeurs de la vipère, qui n'attaque presque jamais que lorsqu'elle est provoquée ou croit l'être (te sujet de l'observation cité tout à l'heure avait été pourtant mordu pendant son sommeil), et sur un moyen de traitement analo <:ue à celui qu'on préconise également contre la morsure des chiens enragés, à savoir l'exercice forcé. Il paraît que lorsqu'un Indien a été atteint parla dent du naja, « ses compagnons s' arment aussitôt de fouets et de bâtons et se mettent à lui donner la chasse pendant plusieurs heures. » Dans une circonstance semblable , uu chirurgien-major d'un régiment de ci payes attacha le blessé Ma selle de son cheval et lui fit faire ainsi plusieurs lieues au trot de sa

moulure. Cas courses forcées, suivies de l'ingurgitation d'une grande quantité de rhum chaud ou d'autres boissons diaphoniques, amènent souvent, dit-on, la gnéiïsom M. Laboulbène nous a raconté qu'un pourvoyeur de vipères au Jardin des Plantes, dès qu'il se sentait mordu, ce qui lui arrivait assez souvent, avalait force vin et eau-de-vic et se livrait ensuite à une course effrénée.

■.es «^mous monstres île Wool-tvicli. — Quand l'empereur de Russie visita dernièrement l'arsenal de "Woolwich, près Londres, ou lui fit voir celle imposante collection de canons en acier, qui lancent des projectiles contenant 150 livres de poudre. On a donné à ce tvpe le nom fantaisiste de: Woolwick infant. Leur nombre s'élève environ à cinquante, grands et petits. Le plus Fort de tous ceux qui étaient dans les rangs de celte formidable artillerie, pèse 58, 000 kilog.; les plus petits échantillons sont du poids de 20,000 kilog. On ne peut s'empêcher, en voyant cette rangée de pièces d'artillerie, accompagnée de quelques-uns des types de projectiles les plus perfectionnés, de songer aux énormes sacrifices qu'impose à la marine anglaise la nécessité de ces redoutables perfectionnements.

BIBLIOGRAPHIE

L'astronomie pratique et les observatoires en Europe et en Amérique, depuis le milieu du dix-septième siècle jusqu'à nos jours* par .MM. C. André et G. Râïêt. — Deuxième partie. Ecosse, Irlande et colonies anglaises. 1 vol. in-18. Paris, Gauthier- Villars, 1870.

Premières leçons de photographie, par L. Perrot de Chaume ex. 2° édition revue et augmentée. 1 brochure in-18. Paris, Gauthier- Vi.lurs, 1974.

Traité des paratonnerres. — Leur utilité. — Leur théorie. — Leur construction, par A. Cau.acd. Paris, Ducheret 0°, 187/*.

Ce livre est l'œuvre d'un patricien qui parle de l'important sujet des paratonnerres en homme qui en a construits dans de bonnes conditions. Aussi lit-on avec fruit ce travail consciencieux, qui sera éminemment utile à tous ceux qui veulent préserver les édifices des terribles dangers de la foudre.

Séante du 43 juin 1874. — Présidence de M. Bemband.

Comète. — La comète est morte, vive la comète ! à peine l'astre chevelu de M. Coggia a-t-il déserté notre ciel pour un hémisphère plus heureux, que 31. Borclly signale un nouveau nomade interplanétaire. Une dépêche, datée de Marseille, en annonce la découverte faite dimanche dernier, vers dix heures du soir. Lundi, le directeur de l'Observatoire, M. Stephan, a fait une observation dont les résultats seront enregistrés dans les Comptes rendus de l'Académie. La nouvelle comète progresse rapidement dans la direction du nord-ouest.

Propriété optique de la chlorophylle. — On a signalé depuis longtemps déjà les bandes d'absorption auxquelles la matière verte des feuilles donne lieu dans le spectroscope. M. Edmond Becquerel rattache à ces phénomènes

des faits en apparence Lieu différents et qui servent à les expliquer. On sait comment le spectre lumineux s'imprime sur la plaque daguerrienne : c'est la partie violette seule et les régions voisines qui sont influencées. Pourtant, disons-le en passant, après une très-longue exposition, tout le spectre apparaît ; mais, chose très-curieuse, ses deux moitiés sont écrites, pour ninsi dire, en caractères différents. Toules deux déterminent la réduction de l'argent contenu à l'état décomposés haloïdes sur la plaque, mais dans la moitié du violet cet argent réduit se présente comme une poudre noire et terne, tandis que dans l'autre moitié il est blanc et brillant.

Mais revenons fi l'expérience première où l'exposition n'est pas Irès-prolongée et où une partie seulement du spectre se photographie. Si sur la plaque sensible on associe l'iodure d'argent à une petite quantité de chlorophylle, on constate que le résultat est profondément modifié, des bandes apparaissent dans la région tout à l'heure préservée et ces bandes actives coïncident exactement avec les bandes d'absorption de la chlorophylle observée au spectroscope. M. Edmond Becquerel parait disposé à expliquer ce curieux résultat en admettant que la chlorophylle communique à l'iodure d'argent la faculté d'être décomposé par des rayons qui précédemment étaient sans action sur lui. En tous cas, il y a là une voie nouvelle ouverte aux recherches et nous ne doutons pas que la pho- (ogra i hie n'en tire parti.

Météorologie algérienne. — Au retour de sa seconde mission scientifique en Algérie, M. Charles Sainte-Claire Deville donne d'importants détails sur le réseau météorologique qui bientôt couvrira notre colonie africaine. 35 stations de premier ordre seront munies de bons instruments et un nombre très-considérable de stations secondaires y centraliseront leurs résultats. Parmi celles-ci les unes auront un thermomètre, les autres, plus nombreuses, seront complètement dépourvues d'instruments, mais les observateurs y noteront l'état du temps et les grands mouvements de l'atmosphère.

En ce qui concerne les stations principales, on apprendra avec intérêt que la création de 28 d'entre elles est déjà assurée par les allocations votées par les commissions départementales. 14 sont même déjà installées et on y opère; 11 autres ont leur matériel rendu en Algérie et les derniers travaux d'aménagement seront bientôt terminés. Enfin il est certain que vers le commencement de l'an prochain le service sera en pleine activité. La création d'un pareil ensemble présente de nombreuses difficultés. M. Deville a tenu à visiter lui-même tous les points où les stations devront être établies, et il se prépare, en février prochain, dans une dernière exploration, à compléter ce travail considérable.

Qrthose sodique. — Déjà nous avons mentionné le travail de M. Charles Vélaîn, relatif aux roches volcaniques des iles de la Galitte et de Rachgoun sur la côte d'Algérie. Le même auteur donne aujourd'hui l'analyse d'un feldsphath contenu dans les trachytes de celte dernière île. Tous ses caractères en font une orlhose, et cependant il renferme au lieu de potasse une quantité de soude tout à fait exceptionnelle. ,

Nous ajouterons que M. Vclain est sur le point de partir en qualité de géologue avec l'expédition chargée d'observer le passage de Vénus à l'île Saint-Paul. Cette expédition est, comme on sait, commandée par le commandant Mouchez et son voyage durera sept mois. L'île Saint-Paul est un ancien cratère de forme quadrilatère, affaissé d'un côté par

où la mer pénètre. La passe étroite ne peut admettra qu'une barque, et l'entrée en est extrêmement difficile. Les voyageurs sont résignés d'avance, vu la saison, à attendre au moins une dizaine de jours une embellie favorable. On utilisera d'ailleurs le temps et, par exemple, tout est arrangé pour que des sondages puissent être faits jusqu'à des profondeurs de 1 ,800 mètres : la zoologie et b paléontologie ne peuvent qu'en retirer de grands profits.

Fibrine soluble. — Tout le inonde sait que la fibrine du sang se dissout très-facilement dans l'eau salée ; mais jusqu'ici on n'a pas su séparer le sel de cette liqueur et obtenir par conséquent une dissolution pure de la matière fibrineuse. M. Gauthier y arrive par l'emploi dudialyseur. Quelques traces d'acide cyanliydrique empêchent la substance animale de sa putréfier durant l'expérience, qui est nécessairement un peu longue.

Gaz du sang. — Puisque nous sommes dans le sang, restons-y. M. G reliant, plaçant du sang dans le vide et le chauffant à 40°, s'aperçut que des gaa s'en dégageaient. L'expérience bien faite montra que ces gaz résultent du mélange de l'acide carbonique avec l'hydrogène et l'azote sans trace d'oxygène. En recommençant à chauffer le même sang, on obtient de nouveau du gaz et cela presque indéfiniment. C'est ainsi que 100 grammes de sang chauffés tous les jours donnèrent en 21 jours 1 003 centimètres cubes de gaz; la matière n'étant pas en fermentation, elle ne répandait aucune odeur putride et le microscope n'y décelait aucun animalcule. Les globules ne jouent aucun rôle dans cette réaction, due sans doute à un dédoublement de la substance albuminoïde.

Guérisondu charbon. — Nos lecteurs se rappellent que, d'après M. Davaine, la pustule maligne est guérie chez les animaux par l'injection intra-veineuse de certaines substances, telles que l'iode ioduré à faible dose. Un jeune vétérinaire, M. César, donne à ce résultat de laboratoire une magnifique sanction clinique. Sur ses conseils, ou administra le remède ci- dessus à un mégissier atteint à la poitrine et aux paupières d'un œdème charbonneux en présence duquel les médecins avouaient leurs secours inutiles. Après un traitement peu prolongé, l'effroyable maladie fut vaincue. Bien des malades changeraient volontiers leur médecin contre ce vétérinaire.

-•• Germes de soufre. — Déjà M. Gernez a fait connaître les germes de sulfate de soude; voici son expérience actuelle, qui est très- intéressante. On prend une dissolution sursaturée de soufre dans la benzine et on y jette uu cristal microscopique de soufre octaédrique ; aussitôt il se produit dans la liqueur des cristaux ayant la forme d'octaèdres. Dans une autre portion de la même dissolution, on jette un cristal toujmrs microscopique de soufre prismatique; aussitôt des prismes de soufre se déposent. M. Pasteur qui présente le travail en conclut que dans sa solution le soufre n'a aucune forme cristalline en particulier (c'est d'ailleurs visible à l'œil nu) et que ces cristaux microscopiques, véritables germes de cristaux, engendrent - des prismes ou des octaèdres.

Paléontologie végétale. — M. Sch imper vient de terminer un véritable monument scientifique. C'est son Traité de paléontologie végétale dont M. Brongniart présente aujourd'hui le dernier volume à l'Académie. L'ouvrage se compose de trois énormes volumes iu-8* et d'un atlas de 110 planches dessinées avec le plus grand soin. 11 ne

termine par une récapitulation des plantes fossiles rangées d'après leur situation géologique, propre à rendre les plus grands services aux géologues.

Stanislas Mlumkr.

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