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LES MACHINES VOLANTES

Toutes les tentatives que l'homme a faites jusqu'ici pour voler au moyen d'ailes artificielles, ont

été ou ridicules ou funestes. Et comment pourrait-il en être autrement, surtout quand les appareils sont munis d'organes grossiers, mal façonnés, dont rien n'assure la stabilité dans le milieu atmosphérique. Comment un inventeur peut-il avoir la folle audace

Appareil volaut de Letuir, mort le 27 juin I -Soi.

Appnreil valant île <le Groof, mort le 9 juillet 184.

de s'élancer dans l'abîme aérien, avec une telle machine sans que des expériences préliminaires exécu-

l Voy. la Mort de l'homme volant, p. 138.

î' innée, — 2* semestre.

tées, au moins près de terre, ne lui en aient démontré l'efficacité? Comment un esprit, que n'égare pas le trou! de de la folie, peut-il avoir la témérité de munir ses bras d'ailes énormes sans se demander si

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ses muscles sont capables tic les faire battre avec la force prodigieuse que nécessiterait la station dans l'air, du poids do son corps accru du poids de l'appareil?

Demandez aux [ihysiologist.es qui ont soumis à des investigations minutieuses le mécanisme du vol des oiseaux ou des insectes, s'ils n'entrevoient pas des difficultés, sinon tout à fait insurmontables, au moins d'une importance considérable, dans la solution de ce problème du vol artificiel. Quelques chercheurs ne désespèrent pas cependant, et M. le docteur Marey notamment, qui a attaché son nom à l'étude du vol naturel, est persuadé que l'on peut arriver à construire des machines qui imiteront l'oiseau « ce type admirable de la locomotion aérienne. » Nous avons toujours reconnu, pour notre part, que bien souvent le mot « impossible » doit èlrc rayé du dictionnaire de la science. Nous n'avons jamais ignoré que l'apparition d'une découverte est fréquemment la réali- ] sation d'une utopie de la veille, mais nous ne saurions cependant nous empocher d'avoir la persuasion que bien des ballons planeront longtemps encore audessus des nuages avant d'y rencontrer des hommes volants ou des machines volantes. Nous croyons même, à vrai dire, qu'un ballon-allongé, muni d'une hélice propulsive, pourrait bien se diriger au scinde l'air, avant que les adeptes ùaplus lourd (pie l'air aient encore exécuté leur première ascension.

L'infortuné homme volant, dont on a précédemment annoncé la mort tragique, n'avait. pas la prétention de s'élever dans l'atmosphère; il espérait y descendre d'un ballon au moyen d'ailes qui formeraient parachute, et qui, susceptibles d'être mises en mouvement, permettraient de régler la chute dans une direction déterminée. Il y a vingt ans environ un aéronaute nommé Leturr, avait déjà eu cette idée qui évidemment n'offre rien d'irréalisable. Cet inventeur avait été plus prudent que deGrooff; il se fixait à un parachute, ce qui semblait devoir lui assurer au moins le retour à terre sans encombres, et il faisait mouvoir des ailes formant rames, dans l'espoir d'imprimer au système une direction voulue. Noire première gravure représente le priucipe de cet appareil dont les détails de construction ne sont pas bien connus. L'expérience faite par Leturr, eut lieu à Crémorne, à Londres, comme celle de de Groof; elle eut le même dénoùment quoique la cause de la mort de l'inventeur ait été toute différente. Quand l'aérostat qui avait enlevé l'appareil fut près du sol, l'aéronaute anglais ne comprit pas que Leturr lui criait de détacher le parachute. Leturr, qui était attaché à une longue corde de quatre vingt mètres, fut lancé contre les arbres, et se fracassa la tète. Il perdit connaissance et tomba violemment à terre, où son cadavre, mis en lambeaux, fut ramassé au milieu des débris de sa machine.

L'appareil de de Groof diffère considérablement du précédent; notre deuxième gravure donne une idée des dispositions que l'inventeur avait donnée aux organes qui le composent. C'est un châssis rectan-

gulaire en bois, au milieu duquel le pilote de ce terrible navire se tient debout. Deux ailes, de dix mètres de longueur chacune, sont fixées à la partie supérieure de ce châssis ; elles tendent à se relever sous l'action de ressorts de caoutchouc, fixés à une pièce de bois qui domine tout l'appareil. L'homme les abaisse en tirant des cordes, et quand il cesse d'agir, les caoutchoucs les relèvent. A l'état de repos le système doit former parachute, et une troisième palette concave, formant la queue de cet oiseau fantastique vient s'ajouter aux deux ailes latérales. Tout aéronaute qui a sondé du regard les profondeurs de l'atmosphère, sentira le frisson delà terreur, eu songeant au moment où l'infortuné de Groof s'est séparé de l'aérostat qui l'avait enlevé dans les airs, eu envisageant par la pensée cet instant funeste, où le malheureux a rompu lui-même le fil auquel sa vie était attaché ! Et s'il est conduit à blâmer lu folie de cette entreprise, l'insuffisance du mécanisme, la ridicule disposition des ailes, il n'en éprouvera pas moins une admiration réelle pour cet homme, victime d'une témérité qui a quelque chose de sublime, puisqu'elle était inspirée par une grande idée. Gaston Tissahdier.

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