‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 83 sur 229 · LES COMBINAISONS MÉTALLIQUES · texte numérisé non relu

LES COMBINAISONS MÉTALLIQUES

ue l'hydrogène.

Les chimistes savent que certains gaz, tels que l'ammoniaque, l'acide chlorhydrjque, l'hydrogène sulfuré, etc., sont absorbés facilement par le charbon. L'expérience classique qui permet de montrer cette propriété, consiste à introduire dans une cloche de gaz, placée sur le mercure, un morceau de charbon de bois chauffé au rouge. Lorsque ce charbon est suffisamment refroidi, le mercure ne tarde pas à s'élever dans l'éprouvette. Le volume des gaz absorbés dans ces conditions est ■variable. Tandis que le charbon n'absorbe que 1 .75 de son volume d'hydrogène, il peut absorber 55 volumes d'acide carbonique, 55 d'acide su If hydrique, 85 d'acide chlorhydrique, et jusqu'à 90 volumes d'ammoniaque. Cette singulière absorption des gaz par le charbon permet d'expliquer quelques-uns des caractères spécifiques de ces corps. C'est ainsi que le rôle efficace que joue le charbon dans la filtration est dû. à ses propriétés absorbantes et notamment à l'action qu'il exerce sur l'hydrogène sulfuré, gaz qui se dégage de presque toutes les matières en putréfaction ; c'est encore par le fait de sa condensation dans les corps poreux, notamment dans la mousse de platine et dans le plâtre, que l' ammoniaque peut se transformer en acide azotique, et déterminer la formation du salpêtre ou des matériaux salpêtres.

Ces propriétés ne sont pas particulières au charbon

de bois ; des travaux récents ont en effet montré que les gaz peuvent être condensés par certains métaux, comme le platine, le fer, l'acier, le palladium, etc.; M. Cailleteta montré, par exemple, que des pièces de fonte ou d'acier pouvaient absorber une certaine proportion d'oxyde de carbone ou d'hydrogène, pour perdre ensuite ce gaz à une haule température, le dégagement du gaz produisant alors à la surface du métal des boursouflures qui, dans certains cas, mettent la pièce fondue hors d'usage.

M. Graham, qui s'est beaucoup occupéde cettequestion, a désigné ce phénomène sous le nom d'occlusion des gaz. Les recherches si curieuses qu'il a faites à cet égard remontent déjà à plusieurs années; mais comme les belles expériences de MM. Troost et llautcfeuille, publiées dans un des derniers numéros des Comptes rendus de l'Académie des sciences, fixent do nouveau l'attention du monde savant, nous allons revenir sur ce sujet.

M. Henri Sainte-Claire Deville est le premier chimiste qui ait constaté l'absorption des gaz par les métaux, et leur passage à travers les parois métalliques ; de concert avec M. Troost, il a pu montrer par une série d'expériences élégantes que l'hvdrogène et l'oxyde de carbone sont susceptibles de traverser les corps poreux et même les parois d'un tube de fer ou d'acier chauffé au rouge, de manière à déterminer tin vide partiel à l'intérieur de ce tube. Comment ce passage a-l-il lieu? Y a-t-il simplement diffusion ou action élective? Si le passage s'effectuait par simple diffusion, les lois de Graham 4 sur l'écoulement des gaz seraient applicables, et l'hydrogène, par exemple, dont la densité est infiniment plus faible que celle de l'acide carbonique, devrait s'écouler plus vite que ce gaz ; au contraire, l'acide carbonique passe plus vile à travers une membrane humide que l'hydrogène, à cause de la solubilité plus grande du premier gaz dans l'eau, le phénomène de dissolution précédant celui du passage du gaz. Il en est de même peur l'hydrogène; ce gaz est d'abord absorbé par le fer, grâce à l'affinité qu'il a pour ce métal, puis, la température s'élevant, il se produit une véritable dissociation, et le gaz s'échappe dans l'atmosphère.

Le platine au rouge jouit des mêmes propriétés absorbantes; il est curieux de constater que le volume du gaz absorbé peut varier avec l'état physique du métal : tandis qu'un lil de platine peut absorber un cinquième de son volume d'hydrogène, la mousse de platine peut en absorber environ un demi-volume et le platine forgé cinq volumes. Si l'on tient compte de la température à laquelle a lieu l'expérience et du volume restreint des pores du métal, la pression que subit le gaz occlus élans le platine doit être de 15,000 atmosphères, d'après les calculs de M. Odling. Ces données étant admises, il est facile de donner l'explication du fait de l'incandescence du platine en pré-

1 La loi de Graham s'énonce ainsi : La diffusion des gaz à travers une paroi poreuse est eu raison inverse do la racine carrée îles densités.

sencc d'un jcl d'hydrogène; la pression énorme à laquelle est soumis le gaz suffit pour déterminer l'élévation considérable de température qui rougit le platine.

En se reportant, en effet, à l'expérience du briquet à air dans laquelle on condense le gaz au moyen d'un piston mobile à l'intérieur d'une éprouvette de verre à parois résistantes, et en admettant les hypothèses de Poisson sur la constitution physique des gaz, le calcul montre que, seulement pour une variation de volume de 1 à 100, c'est-à-dire pour une pression de 100 atmosphères, l'élévation théorique de la température doit être de 2,730 degrés.

Outre le foret le platine, le cuivre, l'antimoine, l'argent, l'or, L'iridium se conduisent de la même manière avec l'hydrogène, mais aucun do ces métaux n'approche, à cet égard, du palladium.

Il appartenait à l'illustre chimiste anglais Graham, dont tous les travaux sont empreints d'une originalité si saisissante, de montrer avec quelle facilité le palladium absorbe l'hydrogène, et de prouver pardes observations successives la nature essentiellement, chimique de cette action.

Lorsqu'on place nu fil de palladium dans l'hydrogène, il peut absorber, à la température de 100*, jusqu'à. 9^0 fois son volume d'hydrogène, en même temps qu'il subit un changement notable de volume ; si on réalise cette absorption au moyen d'une lame de palladium fixée par une de ses extrémités à un axe vertical, et placée comme électrode négative d'une pile dans une solution d'acide sulfurique, on voit la lame s'enrouler en spirale autour de l'axe, par suite de l'allongement d'une seule de ses extrémités.

Kn étudiant les propriétés du palladium ainsi hydrogéné, on trouve qu'il a subi une série de métamorphoses dans ses propriétés physiques et chimiques. L'alliage de palladium et d'hydrogénium (c'est ainsi que Graham appelle l'hydrogène à l'état de condensation), a une densité de 11,79, tandis que celle du palladium est de 12,38; de même, la conductibilité électrique et la ténacité ont diminué dans une nota 1)1 e proportion.

Enfin le palladium, qui est par amagné tique, devient magnétique lorsqu'il a subi l'action de l'hydrogène.

Quant à ses propriétés chimiques, l'alliage possède celles de l'hydrogène, mais toutefois singulièrement exagérées. Le nouveau corps réduit le calomcl (prolochlorure de mercure), transforme les sels ferriques en sels ferreux, et se combine à l'iode et au chlore, à l'abri de la lumière. En cherchant sa composition, Graham a trouvé que l'hydrogène est uni au palladium dans des proportions qui sont voisines de celles d'équivalent à équivalent.

Ainsi, l'union de ces deux corps détermine la formation d'un corps doué de propriétés nouvelles; il y a donc eu action chimique. Eu. Landiuk.

— La suite prochainement- —

Page 1