‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 84 sur 229 · NOUVELLES RECHERCHES DU DOCTEUR JOUSSET DB I1ELLESME · texte numérisé non relu

NOUVELLES RECHERCHES DU DOCTEUR JOUSSET DB I1ELLESME

Le nom du scorpion est aussi connu que sa nature, ses mœurs, sa manière d'être, et les propriétés de son venin sont ignorées et obscures. Jamais être vivant n'a tant excité l'imagination des naturalistes anciens qui nous rapportent à son sujet les contes les plus étranges. Les faits bizarres dont le scorpion passe pour être la cause sont bien souvent encore accueillis favorablement par de crédules observateurs; il ne manque pas de paysans qui, suivant l'ancienne doctrine d'Ans tote, ont la persuasion que le scorpion enfermé dans un cercle de charbons ardents se donne volontairement la mort ; il en est. d'autres qui croient, avec Galien, que la salive humaine est un poison mortel pour cet être singulier.

Malgré les travaux do Swammerdam, de Lceuwenhock, deMautpertuis. cf, plus récemment de M. M. Guyon et de M. Blanchard, la question des propriétés du venin du scorpion est restée fort obscure. M. le docteur Jousset deBellesme a su, grâce à la rigueur de ses expérimentations, y jeter une vive lumière.

Ce savant naturaliste, qui a publié ses belles recherches dans les Annales des sciences naturelles, commence par passer succinctement en revue les plus intéressantes espèces que comprend le genre scorpion, et à parler do ses mœurs, de ses propriétés, non plus guidé comme jadis par l'imagination, mais par la scrupuleuse étude des fails.

Le scorpio europœus est petit, de couleur sombre mêlée de gris et de noir ; sa longueur ne dépasse pas 3 ou 4 centimètres ; il est extrêmement commun dans le midi de la France, où il habite les maisons, les vieux murs ; sa petite taille le rend assez iiioffensif. Le scorpio occilanus est beaucoup plus rare. C'est aux environs de Montpellier, de Perpignan, de Nîmes et de Marseille qu'on le rencontre le plus fréquemment. 11 atteint 7 ou 8 centimètres de longueur, de la bouche à l'aiguillon. Le scorpio occitanus est très-redoutable. Il habite exclusivement la campagne et on le trouve dans les terrains vagues et sablonneux, tapi sous les pierres, attendant que la nuit soit venue pour aller à la recherche d'une proie.

Ces deux espèces sont les seules que l'on trouve en France. Le scorpio afer, qui atteint parfois une longueur de 12 à 1 5 centimètres est originaire d'Asie, et il se rencontre communément en Egypte, en Algérie et surtout en Tunisie. Enfin, certaines régions de l'Afrique et du Sénégal offrent encore deux espèces particulières, le scorpio funestes et le buthus imperator, qui heureusement est fort rare, car il atteint des dimensions considérables, et peut être considéré comme un être extrêmement redoutable.

L'espèce que M. Jousset de Bellesme a surtout étudiée est le scorpio occilanus, dont la piqûre est

déjà fort dangereuse et même souvent mortelle comme celle des scorpions africains. Ce scorpion est un animal nocturne, il fuit le grand jour, il aime les endroits frais et humides; on le rencontre fréquemment sous des pierres siliceuses ou calcaires, dans les endroits sablonneux propres à la culture du pin. Le scorpio occilanus ne lait pas de galeries sout.erra i nos sous les piei res iju'il a choisies connue abri. « 11 se borne, s'il n'y existe pas quelque cavité naturelle , à y creuser une simple gouttière peu profonde, que l'on voit parfois tapissée de filaments analogues à ceux des araignées, et dans laquelle il se tient pelotonné sur liti-mèrue et immobile. Il est toujours seul ; les petits quittent la mère de trèsbonne heure et vont s'établir à quelques pas de là. On trouve dans cette petite bauge de nombreux débris d'insectes, resle du repas du scorpion, et quelquefois la vieille peau de ranimai, qui mue absolument comme les serpents, sortant de son vieil épidémie comme d'un doigt de gant.... >> De tout temps, le scorpion a été reconnu pour un animal venimeux; aussi a-t-il toujours été l'objet d'une véritable terreur superstitieuse de la'part des habitants des campagnes. — Les paysans du Midi sont fréquemment piqués par le scorpio

Habitation du scorpion (Scorpio occitanus).

Habitation du scorpion ( la |>ierre sous laquelle il s'abrite est enlevée, pour montrer la galerie où se tient l'animal dan? soii altitude naturelle).

européens , mais cette piqûre n'est pas grave, elle peut être assimilée à celle de la guêpe et du

Action du venin du scorpion sur le sang.

1. Globules normaux du sang de grenouille. — 2. Globule, qui commencent à s'altérer en contact avec le venin pur. — 3. Altération plus profonde <ie=> globules, aptes cinq minutes

de contact.

est tendue comme dans un vaste phlegmon, quelquefois couverte de pustules. On voit alors survenir de la lièvre, des frissons, de l'engourdissement, de l'impossibilité absolue de mouvoir le membre affecté ; enfui des vomissements, du hoquet, des convulsions, des syncopes, du tremblement musculaire, et d'autres troubles du système nerveux. »

L'appareil venimeux du scorpion est tout à la fois un appareil de sécrétion et d'inoculation. Il est situé au bout de la queue très-mobile de l'animal, et apparaît comme une arme redoutable qui sert au scorpion soit pour attaquer sa proie et pour la tuer, soit pour se défendre contre un ennemi. C'est improprement que l'appendice postérieur du scorpion est désigné sous le nom de queue, car il n'est autre en réalité que l'abdomen rétréci.

Le tube intestinal le traversent aboutit à un orifice anal, situé entre le cinquième anneau et la vésicule à venin. La vésicule à venin constitue le sixième anneau , c'est une ampoule arrondie qui se termine par un aiguil Ion creux, corné, recourbé, fort aigu, à travers lequel s'échappe le venin, sécrété par deux glandes accolées l'une contre l'autre.

La partie antérieure du corps de l'animal est terminée par deux pinces analogues à celles des crustacés. Situées de chaque côté de la bouche, elles jouent le rôle de pattes-mâchoires et d'organes de préheu-

iïelon. Il en est tout dif-

férammentde celle du scorpio occitanus. «C'est d'à- I sion. La bouche est dépourvue des mandibules à

bord, dit M. Jousset de Bellesme, une douleur vive et ' '' ' '......

cuisante, de la rougeur de la peau, et une tuméfac-

tion s'éteudant en général à tout le membre. Le lieu de la piqûre noircit, La douleur est tellement vive qu'Erhenbcrg qui l'a éprouvée, a prétendu qu'il iallait lui attribuer les accidents nerveux graves qui suivent la blessure eue? les individus faibles. La peau

crochet qui caractérisent les araignées et qui sont en relation avec une glande venimeuse. Aussi la morsure du scorpion est-elle complètement inoffensive.

« L'attitude naturelle de la queue du scorpion dit M. Jousset île Bellesme, est d'être recourbée. A l'état de repos, et lorsque l'animal se croit à l'abri de tout

danger, il la laisse reposer par terre, sur le côté, soit à droite, soit à gauche de son corps. C'est au moyen de l'extension brusque de cette queue qu'il va lancer son aiguillon contre les corps qu'il veut percer. Pour peu qu'il soit mis en éveil par un mouvement inattendu ou qu'il aperçoive une proie, ses pinces se dressent en avant, sa queue se relève et se tient arrondie comme une anse au-dessus de son corps, de telle sorte que l'aiguillon est suspendu au-dessus de sa tète, prêt à frapper dans toutes les directions. 11 faut avoir vu un scorpion se défendre, quand on

l'irrite, pour avoir une idée de la vigueur, de la souplesse et de la sûreté d'un pareil instrument.

« L'appareil venimeux du scorpion lui sert principalement à se rendre maître des proies dont il fait sa nourriture et qui sont souvent volumineuses... Je tenais en captivité un scorpion de forte taille (Û ro ,07) que je nourrissais de mouches depuis quelque temps. Dans le but de varier sa nourriture, je lui donnai un jour une araignée de jardin de la grosseur d'un pois. 11 la saisit vivement et la piqua au thorax. Mais une goutte de sang qui jaillit de la plaie empêcha proba-

Le scorpion (Scorpio occilanus). Grandeur naturelle.

Moment l'inoculation du venin. Toujours est-il que l'araignée tenue entre les pinces du scorpion, fit la morte, comme ces animaux en ont l'habitude. Mais, au moment où celui-ci trompé par son immobilité, la portait à sa bouche, elle enfonça rapidement ses mandibules dans la basede la pince gauche. Le scorpion la lâcha brusquement, puis la reprit, la piqua de nouveau et cette l'ois elle succomba bel et bien. Le vainqueur n'eut pas le temps de jouir de sa victoire ; après quelques instants, il se ramassa sur luimême et parut très-iucommodé. Une heure après, il était sur le liane, les pattes rétractées sous l'abdomen, agitées de mouvements convulsifs, la queue allongée et le tronc courbé en arrière. Enfin, il offrait tous les symptômes d'une violente attaque de tétanos. Ce i se pas a t à six heures du soir; il resta

toute la nuit dans cet état. Je craignais fort de le perdre ; mais le lendemain matin, il reprit la facilité de ses mouvements, et vers midi mangea une mouche de fort bon appétit. »

Ce fait paraît démontrer que si le scorpion a l'habitude de piquer indistinctement toute espèce de proie, cette précaution lui est très-utile, surtout dans les luttes constantes qu'il livre avec les araignées dont il fait sa proie favorite.

Il suffit d'exciter un scorpion, ou de lui présenter une proie, pour voir paraître près de la pointe de l'aiguillon une fine goutelette d'une liqueur limpide: c'est le venin. M. Joussetde Bellesme.parune méthode particulière de ligature, a pu conserver des scorpions, et recueillir chaque jour cette gouttelette de venin, qui lui a permis de compléter ses belles

observations par des expériences physiologiques d'un grand intérêt.

Le savant observateur démontre d'abord que la piqûre de l'aiguillon d*un fort scorpion est inoffensive si l'orifice en est bouché par un vernis, c'est-à-dire si le venin ne s'échappe pas. — Les expériences ont été faites sur des mouches, qui continuaient à vivre après la piqûre de l'aiguillon sans venin, qui mouraient toutes au contraire dans le cas où le liquide s'échappait librement. M. JoussettleBellosrnc prouve ensuite que, contrairement ù l'opinion des anciens, le venin agit très-énergiqueineut même quand il est séparé du corps de l'animal, et que le proverbe: Morte la bête, mort le venin, repose sur de fuisses observations. Les venins se conservent au contraire presque indéfiniment.

Un grand nombre d'expériences ont été exécutées surdes grenouilles vertes ou rainettes, sur des chiens, des pigeons, etc.; 6 décimilligrammes de venin frais de scorpio occilanus ont été notamment inoculés dans la cuisse d'une rainette. Cet animal tombe d'abord ù la renve"Eo,la peau de ses membres inférieurs prend mie couleur rouge violacée, le membre piqué s'immobilise, la respiration se ralentit, puis devient saccadée et intermittente, enfin l'agonie ne tarde pas à se manifester, puis la mort après cinquante-sept minutes.

En soumettant à l'inspection microscopique une goutte de saug de grenouille, mise eu contact avec le venin du scorpio occitanus, M. Jousset de Bellthniic a observé que les globules se déforment et s'agglomèrent en une masse visqueuse comme l'indique une de nos gravures : ces observations ont conduit le savant docteur à expliquer l'action du venin qu'il étudie sur l'économie. — Ce venin a pour effet de faire perdre aux globules du sang la propriété qu'ils possèdent à l'état normal, de glisser les uns sur les autres. Ils s'agglutinent et forment de petites masses qui mettent obstacle à la circulation en obtruant les vaisseaux capillaires et qui par conséquent déterminent la mort.

La piu ûrc du scorpion est donc d'un gravité particulière ; la thérapeutique, en effet, est impuissante à en combattre les effets, puisqu'elle ne saurait rendre aux globules du sang agglutiné par le venin leurs propriétés normales, nécessaires à l'entretien de la vie. L. Lhékitier.

L'ASSOCIATION FRANÇAISE

rou» l'avancement des sciences.

Session de Lille.

La réunion de l'Association est fixée cette année à Lille; la session durera du 20 au 27 août. M. Wiirtz, membre de l'Institut, doyen de la Faculté de médecine de Paris, qui est cette année le président de l'Association, dirigera les travaux du congrès : un comité local, sous la présidence de M. Kulilmaun, correspondant de l'Institut, s'est chargé des disposi-

tions à prendre pour l'installât ion du congrès et de la préparation des excursions scientifiques qui sont toujours un des attraits de ces réunions. Cette année, il est question d'une excursion à Boulogne, d'un autre à Anzin, et peut-être, pour finir, d'une excursion à Bruxelles.

Le congrès s'occupe de toutes les questions scientifiques et l'Association publie chaque année les comptes rendus des travaux présentés; de plus des questions d'un intérêt général sont traitées dans des séances ou des conférences qui réunissent les membres des diverses sections. Les travaux déjà annoncés promettent une session intéressante; de plus, des savants étrangers eu assez grand nombre assisteront au congrès et y prendront une part active.

Enfin la plupart des compagnies de chemins de fer, désireuses de contribuer à l'avancement des sciences, accordent aux membres de l'Association, se rendant au congrès, une réduction de moitié sur le prix dos places, aller et retour 1 .

La Nature enverra à ces grandes assises scientifiques un rédacteur spécial, qui donnera sinon un compte rendu complet, au moins une indication des questions les plus intéressantes qui auront été traitées, des excursions qui auront été faites, et surtout de la physionomie générale du congrès.

LES IIKCE.NTS MODKLES

D'ARMES A. FEU DE L'INFANTERIE

(Suite. — Voy. p, SI <"X 75.)

Nous nous bornerons, pour des raisons déjà connues, à donner une exposition des récents modèles adoptés, en négligeant de parler de ceux qu'ils doivent successivement faire disparaître. Nous ferons cependant une exception en faveur du fusil Dreyse, qui marque le premier emploi dans les armées d'armes se chargeant par la culasse. Nous présenterons également deux modèles de fusil à répétition, le fusil suisse Wettcrli et le fusil Winchester en usa»e aux États-Unis d'Amérique. Nous croyons devoir en parler, parce que le fusil à répétition marque peutêtre le sens des perfectionnements à poursuivre actuellement dans l'armement des troupes. Ces armes " en effet, munies d'un magasin à cartouches, qui viennent elles-même s'introduire automatiquement dans le canon par le reu d'un organe du mécanisme, créeraient une très-grande simplification ; et s'il était possible d'obtenir les avantages de ce système, sans rien sacrifier des autres conditions qu'on exige actuellement d'une bonne arme de guerre, nul doute que son adoption ne serait décidée presque immédiatement en principe par toutes les puissances. Ou

1 Pour tous les renseignements s'adresser:

A Paris, à M. C.-M. Gariel, secrétaire du conseil, 7G, rue de tiennes.

A Lille, à MM. Gosselet el Tei'i|iicni, professeurs à la Faculté des sciences, secrétaires du comité local.

peut donc s'attendre à de nouvelles recherches dans cette direction.

Voici quelques renseignements sur les divers modèles d'armes que nous nous proposons d'examiner.

Les dessins que nous donnerons pour chaque arme consistent généralement en utio coupe longitudinale suivant l'axe de l'arme et dans une sorte de perspective cavalère des parties de l'arme en arrière du plan coupant,. Ce mode de représentation nous a

roiDS

hNVKLOPI'E DE

Page 1