LA NAT LH E
Depuis longtemps ces oiseaux ont été introduits en Europe ; ils se sont presque naturalisés dans le comté de Susse*. En France, c’est à M. Florent Prévost qu’on doit les premières tentatives d’acclimatation.
Ce fut en mars 18;>6 que ce naturaliste, cherchant à acclimater ce gibier, remit une paire de colins à M. Loryde Fontenelle; il les plaça dans un parquet d’accouplement; puis, un mois après, il les abandonna au milieu de son domaine du Gatinais.
Ces colins firent leur nid dans une luzerne, sur la lisière d’un bois, et une compagnie de quatorze petits se conserva presque intacte jusqu’à l’époque des chasses ; ils furent sans doute détruits, car, au printemps suivant, on n’en retrouva plus aucune trace sur la propriété de Fontenelle, ni aux environs.
D’autres essais d’acclimatation furent encore tentés dans le clos de Chalais , actuellement haras de Meudon, sur le coteau de Bièvre, près du bois de Verrières, puis en Bretagne, où ils ont prospéré ; les deux couples qui y furent transportés réussirent très-bien ; ils multiplièrent tellement que, pendant plusieurs années, le colin a été chassé sur quelques terres de cette province.
11 résulte des faits observés que ces oiseaux , élevés d’abord
avec quelques soins dans les faisanderies, pourraient, après deux ou trois générations, multiplier dans nos campagnes.
C’est un gibier d’un goût excellent; sa chair est blanche, elle est moins sèche et meilleure que celle du faisan.
Les habitudes du colin sont à peu près celles de la perdrix rouge; au moindre danger, toute la compagnie disparaît instantanément et ne reparaît que quand le danger c?t passé. Leur vol au départ est le même; ils s’élèvent perpendiculairement à 5 ou 0 mètres, et poursuivent leur vol horizontalement à grande distance. Ils se nourrissent de blé, de millet, d’avoine, et sont très-friands de chènevis et mangent beaucoup de verdure.
Depuis déjà quelques années, les amateurs se sont attachés de préférence à la multiplication du colin huppé de la Californie (C allipepla Californica). Il lut découvert pendant une des expéditions de l’in-
fortuné Lapcyrouse, ou du moins c’est dans les relations de ce voyageur qu'il en est fait mention pour la première fois. Il vit dans les bois et les forêts, perché sur les arbres et se réfugie sur les branches à la moindre alarme. Introduit en France par M. Deschamps, en 1 852, ce charmant oiseau s’est multiplié avec une rapidité prodigieuse dans les volières de MM. de Bothschild, Pomme, Saulnier et Gérard, d’où il s’est répandu dans toutes les faisanderies de l’Europe. M. Pichot, l’auteur du Jardin d'acclimatation illustré, dit que la ponte du colin huppé en captivité monte parfois à plus de cent œufs par couple. Mis en liberté, les colins n’ont pas toujours réussi comme on aurait été en droit de l’espérer. Ils supportent difficilement le premier hiver; que'qucs
amateursont tranché la difficulté en les reprenant pour les mettre sousdes murs à l’approche de la mauvaise saison, et pour les lâcher à l’approche du printemps. Dans le département de l’Ain, chezM. Coignet, l’acclimatation du colin huppé en liberté avait parfaitement réussi; il arrivaitfréquemment aux chasseurs d’en rencontrer des compagnies aux environs de Bourg. On cite également dans la Haute - Vienne plusieurs cas de réussite.
Les autres espèces de colins paraissent moins prolifiques que celles que nous venons de citer; il y en a beaucoup qui n’ont jamais été introduites en Europe et qui méritent d’être essayées. Le colin Sonnini a donné de bons résultats dans plusieurs jardins zoologiques, ainsi que le magnifique colin à plume lancéolée, si remarquable par les deux plumes longues et effilées qui ornent sa tête et qui. atteignant jusqu’à 10 centimètres de longueur, retombent gracieusement sur son dos. Aujourd’hui que les perdrix deviennent assez rares et qu’aussi nous sommes plus gourmands, il y aurait un véritable intérêt à recommencer d’une façon plus suivie l’acclimatation de ces charmants et excellents oiseaux.
Ernest Menauu
Le Propriétaire-Gérant : G. Tishasdikh.
Cuhdlil. — Tyy.et Eter. Cekt*.
y 80. — 12 DÉCEMBRE 1874.