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INSTRUMENTS DE MUSIQUE DES CHINOIS

Notre intention est de présenter dans les lignes suivantes une courte description des principaux instruments de musique des Chinois et d'exposer quelques détails sur leur origine et leur fabrication.

L’admirable monographie du père Amiot, qui forme le sixième volume de ses mémoires sur la Chine, les

travaux de Williams, Bridgmann, etc., nous rendent la tâche facile.

11 est bien étonnant qu’un peuple aussi enthousiaste de la musique que les Chinois, qui la considéraient comme la science des sciences, qui la cultivaient aux époques les plus reculées, aient aussi peu réussi dans la fabrication des instruments destinés à exprimer, d’une manière sensible, les mélodies gracieuses ou terribles dont est remplie la tête de tout habitant de l’Extrême-Orient. « Quand je fais résonner les pierres sonores qui composent mon king, les animaux viennent se ranger autour de moi et tressaillent d’aise, disait à Chun l’inimitable Kouei. #

« Voulez-vous savoir si un royaume est bien gouverné, si les mœurs de ceux qui l’habitent sont bonnes ou mauvaises? voyez si la musique y est en honneur. » O11 peut voir par ces extraits quelle importance les Chinois attribuaient à la musique, ce langage dont tous les hommes se servent pour exprimer les sentiments dont ils sont affectés, langue si mobile et si variée (pii fournit à chaque passion des accords distincts et particuliers.

Les sons ont été divisés par les Chinois en huit espèces différentes, qui sont produits par la peau tannée des animaux, la pierre, le métal, la terre cuite, la soie, le bois, le bambou et la calebasse. Chacune de ces sortes de sons, considérés comme ayant une existence propre et qui ne pouvaient être confondus ensemble, était rendue par des instruments particuliers, celui de la peau par les tambours, celui de la pierre par les liing, celui du métal par les cloches, celui de la terre cuite par les hinen, celui de la soie par les kin et les chê, celui du bois par les yu et les tchou, celui du bambou par les flûtes et les koans, celui de la calebasse par les clieng.

L’origine du tambour et des instruments où était employée la peau tannée des animaux se perd dans la nuit des temps. Aux deux extrémités d’une caisse en terre cuite, on tendit d’abord la peau dont on devait tirer le son, tel fut le premier tambour ; on l’abandonna bientôt à cause de sa fragilité, de sou poids, et de la difficulté qu’on avait à le manier. La terre fut alors remplacée par le bois : le cèdre et le sandal dans le nord de la Chine, le mûrier dans les provinces méridionales. Nous ne décrirons pas en détail les huit sortes de tambours en usage sous les trois dynasties Ilia, Chang et Tchcou, parce qu’ils 11e diffèrent que par les dimensions ou par quelques détails insignifiants de construction. Le lecteur pourra voir par la figure 1 que le ninen kou, dont on se servait sous la dynastie de Tcheou, avait la forme d’un baril. Une pièce de bois non revêtue d’ornements et se terminant par un pied, traversait le corps de l’instrument pour le soutenir. Ou y avait joint deux petits tambours d’une forme particulière et qui étaient pendus de chaque côté du tambour. Certaines de ces grosses caisses, comme le ya-kou et le po-fou, affectant la forme cylindrique, étaient remplies de balles de riz, c’est-à-dire de cette enveloppe qui se détache

du grain lorsqu’on le moud. Le son qu’ils rendaient était doux et assourdi ; aussi les employait-on dans les cérémonies religieuses.

Les Chinois sont, croyons-nous, les seuls qui aient songé à tirer parti du son que rendent certaines pierres. Ils ont minutieusement analysé ces sons qui tenaient le milieu entre le son du métal et celui du bois; ils ont meme taillé ces pierres suivant les règles mathématiques, propres à leur faire exprimer de véritables tons, et fabriqué les instruments connus d’abord sous le nom de kieou et plus tard sous celui de king. I . a pien-king est un assortiment de seize pierres, disposées comme le sont les cloches représentées dans la figure 5, et qui formaient le système de sons employés par les anciens Chinois dans leur musique. Pour rendre le son plus grave, on diminuait l'épaisseur de la pierre jusqu’à ce qu’il fût juste; pour le rendre plus aigu, on prenait au contraire sur la longueur. On s’est souvent demandé quelles étaient les [lierres employées à la fabrication de ces instruments, pierres qui étaient données en tribut, plus de 2000 ans avant J.-C., par certaines provinces de la Chine. Certains auteurs ont cru y reconnaître une sorte de marbre noir, et l’éditeur du père Amiot affirme qu’un king, construit en France avec du marbre noir de Flandre, était presque aussi sonore que ceux de la Chine. C’est ici le lieu de rappeler que la Nature, 1873, p. 16, a enregistré la découverte faite près de Kendal, dans le Westmoreland, de pierres musicales qui, frappées d’un morceau de fer ou d’une autre pierre, rendaient des sons bien différents du bruit sourd produit par un caillou ordinaire; on serait même parvenu, avec huit de ces pierres, à obtenir une octave très-nette et très-distincte.

Si l’art de fondre le métal et de l’appliquer aux usages domestiques ou guerriers est presque aussi ancien que le monde, sou application à la musique est plus moderne, et c’est en Chine qu’on la rencontre pour la première fois. « Les Chinois, dit le père Amiot, sont peut-être le seul peuple de l’univers qui se soit avisé de fondre d’abord une première cloche, pour en tirer ce son fondamental sur lequel ils devaient se régler pour avoir douze autres cloches, qui rendissent exactement les douze demi-tons qui peuvent partager l’intervalle entre un son donné et celui qui eu est la réplique, l’image, c’est-à-dire l 'octave; et enfin de former un assortiment de seize cloches pour en tirer tous les sons du système qu’ils avaieut conçu et servir d’instruments de musique. » Il y avait trois sortes de cloches : les po , les tê et les pien-tchung . On frappait sur les po-tchung, les plus grosses de toutes, et dont on ne se servait qu’isolées pour donner quelque signal aux acteurs; les têtclning, un peu moins grosses, servaient à marquer la mesure. Enfin les plus petites, connues sous le nom de pien-tchung (fig. 5), formaient un assortiment de seize cloches aplaties, qui faisaient un instrument complet. Four les accorder on avait égard à la hauteur, à l’épaisseur et au diamètre ; si

elles donnaient un son trop bas, on retranchait sur la hauteur; si un son trop liant, on amoindrissait l’épaisseur jusqu’à ce qu’on fût arrivé exactement. Le mélange dont elles étaient fondues fut toujours le meme : six livres de cuivre rouge et une livre d’étain. *•

A peine connurent-ils l’art du potier que les Chinois l’employèrent à la création de nouveaux instruments de musique. Entre les deux moitiés insérées l’une dans l’autre d’un œuf d’oie et d’un œuf de poule, ils coulèrent, comme dans un moule, une terre à porcelaine très-fine, bien pétrie et à demi liquide. Puis le moule élant rempli de terre fut placé dans un fourneau où il resta jusqu’à parfaite cuisson. La pointe de cet œuf en terre fut alors percée et, lorsqu’on souffla dans cette ouverture, il en résulta un son mélodieux et assez grave, qui fut le Icming de hoang-tchoung ou fa, c’est-à-dire le ton fondamental, le principe des autres tons qu’on obtint en perçant cinq trous, trois sur la partie antérieure de l'instrument et deux sur la partie opposée. Cet instrument, appelé hinen , fut perfectonné sous les Tcheou et fut alors percé de six trous; on eut ainsi, avec le sou grave que donne l’instrument, les sept tons différents qui constituent la gamme.

Les Chinois n’avaient pas encore trouvé l’art d'employer la soie à la fabrication des étoffes, qu’ils savaient en tirer des sons mélodieux. Le plus ancien et le plus primitif des instruments où elle fut en usage fut une simple planche, sur laquelle avaient été tendues quelques cordelettes de soie tordue entre les doigts. Mais cette planche, sous des mains habiles dirigées par un esprit réfléchi, ne tarda pas à se courber en voûte ; les cordes furent plus soigneusernent tressées, leur grosseur, leur nombre et leur longueur furent déterminés par des règles fixes, qui trouvèrent leur applieation dans la construction du kin et du chê. 11 y avait trois sortes de le in de grandeur différente, mais louies avaient sept cordes; celui dont on se sert encore aujourd’hui le plus ordinairement mesure cinq pieds, depuis le chevalet sur lequel appuyent les cordes ju-qu’à la queue; il offre d’ailleurs avec le chê, dont nous donnons la représentation dans la figure 4, la plus grande analogie; lu seule différence sensible consiste dans une plus grande diminution de largeur de la table harmonique dans le kin.

Le chê, dont il y a quatre sortes ne différant entre elles que par la grandeur, possède vingt-cinq cordes. Celui dont l’usage est habituel a neuf pieds de long et six pieds trois pouces de large (anciennes mesures françaises) entre les deux chevalets.

Le kin est l’un des instruments les plus anciens que l’on connaisse, et « les Chinois, tant anciens que modernes, ont donné les éloges les plus pompeux à cet admirable instrument. Le haut, le bas, le dessus, le dessous, les côtés, les sept cordes dont il est monté, les trois octaves qu on peut tirer de chacune de ces cordes,... en un mot, la construction du kin , sa forme, disent les Chinois, tout en lui est doctrine,

tout y est représentation ou symbole. Les sons qu’on en tire, ajoutent-ils, dissipent les ténèbres de l’entendement et rendent le calme aux passions ; mais, pour en recueillir ces précieux fruits, il faut être avancé dans l’ctude de la sagesse. Les seuls sages doivent toucher le kin, les personnes ordinaires doivent se contenter de le regarder dans un profond silence et avec le plus profond respect. » Nous avons tenu à citer textuellement ces paroles du père Amiot, parce qu’elles marquent bien le caractère mystique des conceptions musicales des Chinois.

Le bambou est très-répandu en Orient; aussi n’cst-il pas étonnant que les Chinois aient songé 5 en

tirer parti. Us s'aperçurent bien vite que plus le tuyau dans lequel on souillait était long, plus le son qu’on en tirait était grave ; mais que quand les longueurs de divers tuyaux de même calibre étaient ou doubles ou la moitié les uns des autres, les sons se confondaient, de manière qu’ils paraissaient ne faire entre eux qu’un seul et meme son, et n’étaient en effet que la représentation, l’image et proprement la répétition à l’aigu ou au grave les uns des autres. Ils coupèrent donc des tuyaux de toutes les grandeurs, et reconnurent que les sons intermédiaires entre un son donné jusqu'à sa répétition au grave ou à l’aigu étaient au nombre de douze; ils lièrent

donc à côté les uns des autres les tuyaux qui les donnaient; mais, comme il arrivait souvent que l’exécutant prenait un tuyau pour l’autre, on les sépara, de manière qu’il y eût entre chacun d’eux un son entier, et l’on posséda ainsi deux instruments à six tuyaux chacun : le yang, qui représentait ceux qui possédaient dans le premier instrument les numéros i , 5,5, etc., et le yn ou réunion des tuyaux classés sous les n 08 2, 4, 6, etc.

Bientôt eut lieu une nouvelle transformation : le yang et le yn furent réunis, non plus par une simple cordelette, mais au moyen d’une petite planche; le nombre des bambous fut alors porté de 12 à 16, et ce nouvel instrument prit le nom de siao.

Ce fut seulement plus lard que les Chinois imaginèrent de tirer d’un seul tuyau, percé de plusieurs

trous, des tons différents. Le yo avait un ton fixe et déterminé dont il ne sortait jamais. Mais il n’était pas facile d’attraper l’embouchure de cet instrument, ouvert aux deux extrémités, percé dans sa partie inférieure de 5 ou 6 trous. Lorsqu’on lui fit une embouchure, il prit le nom de ty. Les Chinois inventèrent encore une sorte de Dùte traversière fermée des deux bouts, ayant l'embouchure au milieu de sa longueur, et percée de trois trous de chaque côté de cette embouchure. Ce fut au moyen de ce tahé que Ling-Lun trouva les douze demi-tons renfermés dans les limites d’une octave, et qu’on appelle les douze lu.

La calebasse, appelée pao par les Chinois, ressemble à la gourde de nos pèlerins; en la choisissant comme instrument de musique, les habitants du

Céleste-Empire obéissaient encore à une idée mystique ; ils voulaient remercier le ciel de leur avoir donné les herbages et les légumes, et l'instrument, fait avec la calebasse, était spécialement destiné à accompagner les hymnes qui chantaient ce bienfait. Comme on peut le voir par la figure 3, la calebasse recevait directement le son et le distribuait aux tuyaux. L’extrémité qui pénétrait dans le fruit était hermétiquement fermée avec un tampon , tandis qu'une petite fente de deux ou trois centimètres de longueur sur un de large tenait lieu d’ouverture; encore celle-ci était-elle recou verted’une mince

Fi S .

de tchâo, de ho et de tcheng, et le nombre de ses tuyaux a varié de 24 à 13.

Nous compléterons ces renseignements sur les anciens instruments chinois en reproduisant quelques figures et leur explication d’après un récent travail

de M. Dennys. La figure 2 représente une sorte de guitare appelée san-hsien , au ventre rebondi, large de trois ou quatre pieds sur un et demi ou deux de profondeur. Elle est recouverte d’une peau de serpent, sorte de boa trèsabondant dans les provinces méridionales de la Chine, cl qui atteint à Macao

une longueur de

feuille d’or, au milieu de laquelle était découpée une petite languette que le moindre souffle faisait aller et abattait avant de pénétrer dans le tuyau. Cet instrument a porté successivement les noms de yu.

Instrument à cloches.

quinze pieds. Les cordes sont tendues de la manière habituelle. Le san lisien accompagne ordinairement le peipa , sorte de guitare beaucoup plus grosse, au manche bien

moins long, et possédant quatre cordes, tandis que

le san-hsien n’en a que trois.

L ’urli-hsien est avec le ti-chin le seul instrument chinois qu’on joue avec un archet. Bien que moderne, il offre un aspect barbare; c’est, en un mot, un violon à deux cordes (voy. fig. 8). Ce qui correspond au manche du violon est une mince baguette de bambou, enfoncée dans un cylindre plus gros de bambou coupé d’un nœud à un autre. Des deux cordes, 1 une est plus courte que l’autre; elles sont tendues au

moyen de clefs ou chevilles en bois. Les crins de l'archet sont passés entre les cordes, ce qui ajoute à la difficulté de jouer correctement de ce violon. On ne l’emploie que dans les fêtes et jamais aux funérailles. C’est, peut-être, dans toute la Chine l’instrument dont ou joue le plus, mais la mélodie qu’il produit a pour les oreilles européennes une ressemblance frappante avec le grincement d’une roue mal graissée.

Le ti-chin, au lieu d’un cylindre de bambou, a

pour table harmonique ia moitié d’une noix de coco, ' dont l’ouverture est fermée par une planche trèsmince. C’est l’instrument favori des aveugles.

Enfin, nous avons représenté sous les figures 6 et 7 des instruments en pierre, tout à fait enfanlins, qui étaient autrefois fabriqués en jade.

CHRONIQUE

Cluli alpin français*. — Séance générale annuelle. — 11 n'y a guère plus d’un an que ce club est fondé, et cependant il a tenu l’été dernier le premier rang par le nombre des explorations alpestres, et des ascensions en montagne qui ont été exécutées sous ses auspices. La séance générale du 11 février dernier a eu lieu devant plus de six cents personnes. Après un compte rendu des travaux de la Société, le président a donné la parole à M. l’aul Bert, qui a parlé de ses remarquables éludes sur le mal (les monla/jnes, et qui a su captiver son auditoire par l’abondance de sa parole, et par l’importance des faits dont il a présente un tableau du plus haut intérêt. Nous renverrons à ce sujet le lecteur aux articles qui ont clé publiés ici meme en 187-4 1 . Après la conférence de M. Bert, MM. Monteflore et Bisson ont présenté à la réunion des appareils photographiques destinés aux voyages.

M. Yiolet-le-Duc a terminé la séance en donnant une description du grand massif du mont Blanc, qu’il explore depuis plusieurs années dans le but d’en dresser la carte.

Découverte de charbon en Amérique. — On a

(lécouvcrlréceminent en Amérique, dans le comté de Montgomery (Kentucky), uncnouvclle couche debouillequi, dil-on, est la plus puissante du monde entier. L’épaisseur de la veine varie de 12 à 13 pieds. La bouille extraite appartient à la classe des houilles grasses à longue flamme ; elle est de qualité supérieure et ne contient pas de traces de soufre. Elle brûle bien, et ne laisse d’autre résidu qu’une belle cendre blanche.

Recherche» de M. Aorman f.ockycr sur la constitution chimique du monde. . — M. J. Prestwich, professeur de géologie à l'Université d'Oxford, a ^ prononcé, en prenant possession de la chaire du professeur Philips, un discours sur le passé et l’ avenir de la gêo- I laijie. L’orateur a résumé d’une façon remarquable les idées et les opinions du professeur Philips. On sait que des i soixanle-quatre corps considérés comme simples, il n'y en a que vingt dont la présence ait été constatée dans la chromo-sphère à cause de l’existence des raies obscures correspondantes. Oïl trouve sur cette liste : Un gaz permanent, l’hydrogène ; deux métaux alcalins, le potassium elle sodium. Dans les métaux alcalino-terreux, le calcium, c strontium, le barium. Trois métaux de la famille du zinc, le magnésium, le zinc, le cadmium. Tous les métaux de la famille du fer, le manganèse, le cobalt, le chrome, le fer, le nickel, l’urane ; deux métaux de la classe do l’étain ; l’étain et le titane, un métal de la classe du plomb. Les mélaux de la classe du tungstène, de l'antimoine, de l’argent et de l'or ne sont point représentés, non plus que les métalloïdes, excepté l'hydrogène.

L’observation 1 1 la théorie ont conduit M. Lockyer à

* Voy. 1"' semestre 1874, pages 300, 333, 402.

admettre que ces éléments n’existent pas tous il la mémo hauteur dans l’atmosphère du soleil, mais que les diverses vapeurs s’élèvent k des hauteurs variables qui varient suivant tordre des poids atomiques. Ainsi en premier lieu l’hydrogène dont le poids atomique est un. Puis dans l’ordre suivant:

Le magnésium 12

Le calcium 20

Le sodium 23

Le chrome 20

Le manganèse 27

Le fer 28

Le nickel 29

Le savant astronome admet que les vapeurs des métalloïdes sont au delà de l’atmosphère métallique, et que les métaux nobles constiluent la substance même du soleil. C’est dans cet ordre que la nébuleuse solaire devait se trouver constituée quand la terre et les astres en faisaient partie. La conséquence est que les grosses planètes doivent être principalement constituées par la condensation des métalloïdes.

Les planètes inferieures doivent être composées d’éléments métalliques. C’esl ce qui expliquerait le faible poids spécifique des premiers et la grande masse des seconds.

La composition de l’atmosphère épaisse des planètes inférieures qui ne contiennent que peu de raies absorbantes semble confirmer cette manière de voir. La composition de la couche supérieure de la terre parait d’aecord avec cet ordre d'idées. La couche supérieure est formée :

D’oxygène 500/1000

De silicium 250/1000

Aluminium

Calcium

Magnésium

Potassium 227/1000

Sodium

Fer

Charbon /

Tous lus autres corps simples. . . 23/1000

Mais si on tenait compte de la partie liquide, la composition serait changée. En suppo. ant aux mers une profondeur de 2 kilomètres et en prenant la couche sur cette épaisseur, l'hydrogène entrerait dans une proportion plus grande cl l’oxygène acquerrait une prédominance telle que l’on pourrait dire qu'il caractérise pondéralement noire monde.

Le linromètre et le grisou. - Il résulte d’un travail présenté récemment à la Société royale de Londres, par il. K. -II. Scott, que les trois quarts des explosions de grisou qui ont eu lieu dans les mines du Yorksliirc, pendant les années 1871 et 1872, out été causées par des phénomènes purement météorologiques. Quand la pression atmosphérique diminue brusquement, ce qui arrive surtout lorsque les vents tournent au sud, ou lorsque, au plus fort de l’été, la chaleur est excessive, l’hydrogène carboné, qui se produit d'une façon continue parla décomposition spontanée de la bouille, s’accumule plus facilement, et la ventilation nécessaire pour disperser ce gaz se trouve entravée. Aux termes de la loi anglaise, dès que l’existence du gaz nuisible a été constatée dans une mine, un baromètre et un thermomètre doivent être placés k son entrée ; des instructions détaillées ont d’ailleurs été données relativement aux indications fournies par ces appareils.

Clilisaiion des vagues de l’Océan. — Dans la séance annuelle de la Société royale de Victoria, tenue le 27 août h Melbourne, le président, M. F.llery, s'est étendu longuement sur un mémoire de SI. R. S. Deverell, relatif à une machine mise en mouvement par les vagues. M. I)evi-rell, dit la Revue maritime, d’après le journal anglais Irort, a inventé, il y a quelques mois, un appareil ou moyen duquel on peut enregistrer les mouvements du navire à la mer. Les observations ont été suivies par son frère, qui a fait dans ce but le voyage d’Angleterre à bord du Norfolk. La durée du voyage a été de 2,026 heures; et, pendant ce temps, il y a eu 1,764,088 coups de roulis et 1,041,157 coups de tangage. Le nombre moyen des deux sortes d’oscillations a été de quatorze à la minute. Le nombre de degrés parcourus par les pendules enregistreurs a été de plus de quinze millions pour le roulis et d’environ cinq millions pour le tangage. M. Deverell considère comme parfaitement démontré que sur l’Océan, la houle, le mouvement du navire et le mouvement d’un corps suspendu dans le navire sont incessants : il y a donc là une énorme quantité de force susceptible d’élre recueillie. Peut-on la recueillir et l’utiliser à bord? M. Deverell affirmait dans son mémoire qu’il était possible de l’employer à la propulsion du navire, et il espérait que dans peu de temps il serait en mesure de présenter à la Société royale de Victoria une méthode pour la réalisation pratique de son idée.. M. lillery a ajouté que les instruments employés à bord du Norfolk avaient été achetés par M. Ressemer.

BIBLIOGRAPHIE

Cêographie de la France par voies de communications, par M. llsNitï Courtois. — 4 vol. in-18. Paris, Ch. Delagrave.

L’auteur de ce remarquable ouvrage s’est efforcé de faciliter l’étude de la géographie en suivant les chemins de 1er, les grandes voies de communication du monde moderne. Les quatre volumes publiés entraînent le lecteur d’un bout à l’autre des lignes du Midi, d’Orléans, de Paris à Lyon et à la Méditerranée, et de l'Ouest; des cartes coloriées se joignent aux descriptions, fruits de renseignements précis, recueillis par M. Courtois, dans toutes les localités, dont il donne un tableau détaillé, clair et attrayant.

Lettres physiologiques, par le professeur Carl Vogt. — 1 vol. in-8. Paris, Reinwald et C‘% 1875.

La librairie Reinwald vient de publier une édition française des Lettres physiologiques du professeur Cari Vogt. Ce livre de l’éminent savant genevois jouit d’une grande popularité en Allemagne; nous ne doutons pas de voir accueillir chez nous avec empressement l'ouvrage de cet ami intelligent de la France, qui presque seul a eu le courage de prendre notre défense en Allemagne pendant les événements de 1870 et 1871.

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 22 février 1875. — Présidence de M. FuÉitr.

Recherches sur la combustion. — L’influence que la pression exerce sur la combustion occupe M. Caillctcl. Le

résultat général oblenu en brûlant du sulfure de carbone, de l’alcool, des carbures d’hydrogène sous des pressions pouvant aller jusqu'à 35 atmosphères est que, d’une part, l’éclat de la flamme augmente considérablement, et d’autre part que la combustibilité de la substance qui brûle diminue d’une manière notable. L'auteur n’a pas encore pu étudier 1 hydrogène d’une façon satisfaisante, et l'on doit d’autant plus le regretter que l’élude de ce gaz à diverses pressions, intéresse non-seulement les chimistes, mais encore les astronomes qui font des recherches spectroscopiques.

Passage de Vénus. — C’est encore avec une très-vive satisfaction qu’on apprendra le succès de l’expédition envoyée à l’ile Saint-Paul. Malgré les difficultés sans nombre et un régime climatérique des moins favorables, les contacts intérieurs ont pu être obtenus d’une manière précise, et de nombreuses photographies ont été prises. C’est ce qui résulte d’uu télégramme de M le capitaine Mouchez, daté d’Aden le 10 février à 5 heures du soir. Il est impossible de ne pas rapprocher ce résultat heureux de l’insuccès éprouvé par M. Rouquet de la Grye; mais, comme l’a dit M. Frémy, dans une improvisation bien sentie, le courage et le dévouement il la science étant égaux dans les deux cas, la reconnaissance doit être la même.

Propriétés antiseptiques du borax. — Le borax est une des substances que M. Dumas a signalées comme arrêtant la fermentation et la putréfaction. M. Schnetz, reprenant cette question, commence par constater que le borax anéantit dans les tissus végétaux vivants tous les mouvements spontanés, et qu’il tue les animalcules microscopiques. Passant à l’application, l’auteur recommande la solution do borax comme propre à remplacer les liqueurs alcooliques dans la conservation des pièces anatomiques et des objets d’histoire naturelle : le sel pouvant se transporter en poudre pour être dissous sur place, so recommande spécialement aux voyageurs.

L'acide hyperruthénique. — On sait que l’oxyde inférieur de ruthéniuma été, de la part deM. Frémy, l’objet do belles études devenues classiques. Le degré supérieur d’oxydation, l 'acide hyperruthénique occupe MM. Henri Deville et Debray auxquels il a failli couler cher. Cet acide, bien que son radical reste solide jusqu’à la température de 2,500 degrés, fond à 40 degrés environ et présente déjà à 100 degrés une tension considérable. Or, les chimistes que nous venons de nommer, en ayant chauffé une quantité notable dans une cornue disposée sur un bain-marie, observèrent à 108 degrés un dégagement déplus en plus rapide d’oxvgène. Malgré leur empressement à éteindre le fourneau qui chauffait l’appareil, une explosion épouvantable se produisit, réduisant en poudre fine la cornue et le récipient ,

C’est même à l’énergie de l’explosion que les opérateurs durent de ne point recevoir d'éclats do verre. Le laboratoire se remplit d'une épaisse fumée noire, analogue à celle que donnerait la combustion de l’essence de térébenthine, mais formée soit de ruthénium métallique, soit d’un sous-oxyde de ce métal. En même temps, on sentit si vivement l’odeur de l’ozone que les personnes présentes pensèrent être suffoquées. A cette appréhension s’ajouta encore la sensation d’une sorte de brûlure de la peau, analogue à celle qu’éprouve la main dans une atmosphère d’acide carbonique. MM. Deville et Debray pensent que le ruthénium ne peut êLro maintenu dans la fumillo du platine. Il s’oxyde à chaud au contact de l'air à peu

piès comine l’antimoine, l’argent, le mercure, etc. D’un autre côté, il n’est pas associé au platine dans la nature, et son sulfure est mécaniquement mélangé au minerai de platine, palladium, iridium, rhodium, etc.

Fermentation alcoolique. — Nous notons d’une lecture de M. l’asteur que la théorie proposée par celui-ci au sujet des phénomènes do fermentation, après avoir été acceptée en Allemagne, est maintenant considérée de l'autre côté du Rhin comme absolument insuffisante.

Minéraux contemporains. — Les travaux d’aménagement des sources thermales de Bourlionnc-les-Bains ont nécessité le curage d’un puits romain, dans lequel plongent les tuyaux d'alimentation des pompes. Dans une épaisse boue noire on recueillit plus de 4000 pièces de monnaies romaines; la plupart sont en bronze; il y en a d’argent et quelques-unes tout en or. Dans la partie inférieure de celte masse, les pièces de bronze présentaient une altération profonde que M. Daubrée a soumise à une élude dont il communique les importants résultats. Les eaux de Ilourhonnc, dont ia température est de 0(1°, jaillissent du grés bigarré.

Miles ont sensiblement la composition de l’eau de mer; d’analyse chimique y décèle des chlorures cl des sulfates à raison de 7 à 8 grammes par litre.

Or, au contact du bronze des monnaies, les sulfates sc sont réduits et des sulfures métalliques ont pu cristalliser et sc concrétcr avec des allures identiques à celles que les mêmes minéraux présentent dans les gîtes métallifères. M. Daubrée signale la chalkosine ou cuivre sulfuré, la clialkopyrite ou pyrite cuivreuse, et la pbilipsite ou cuivre panaché, tous en cristaux parfaitement nets ou à l’état de ciment métallique réunissant, sous forme de brèche, les pierrailles du fond du puits. Si le cuivre des monnaies s’est ainsi sulfuré, il n’en est pas do même de l’étain ; celui-ci est resté h l’état d’oxyde, et il semble, comme l’a dit très-justement M. Daubrée, que la nature se soit plu à détruire l’œuvre des métallurgistes et à restituer les minerais memes d’où les éléments du bronze avaient été retirés. Tout le monde sentira l’extrême importance d’expériences de ce genre qui, datant de dix-huit siècles, montrent pour ainsi dire les gîtes métallifères en flagrant délit de formation. Stanislas Meunier.

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