RÉCAPITULATION, MŒURS ET INDUSTRIE DES MOUNDS-BUILDERS
D’anciennes traditions répandues chez les Delawares nous apprennent que les Alléyhans , ou
Mounds-Buihlcrs, étaient une nation puissante, qui s'était fixée dans la grande vallée de Mississipi et de ses affluents, lorsque, à une époque indéterminée mais très-lointaine, les Iroquois et lus Delawares, jaloux de sa puissance, s’arnièrent pour l'écraser, et parvinrent à l’anéantir.
Mais à l’époque de sa grandeur, elle formait une population nombreuse, active, adonnée aux travaux de l’agriculture et des arts industriels. — Les Mounds-Builders connaissaient le cuivre et l’em- I il oyaient eu même temps que la pierre pour fabriquer leurs armes et leurs instruments de travail ; ils connaissaient le plomb, mais ils ignoraient l'usage du bronze et du fer. Ils excellaient dans la sculpture des pipes et dans l’art céramique: mai< ils ne nous ont laissé, en fait de monuments , que ces monticules artificiels qui leurs servaient tout à la fois de citadelles , d’enceintes sacrées , d’autels pour les cérémonies religieuses, de tombeaux pour les morts ou de simples symboles.
Mais ils travaillaient le cuivre à froid, bien que la fusion des objets de cuivre exposés aune forte chaleur sur les autels des sacrifices , eut pu les mettre sur la voie de procédés céramiques plus rationnels et plus expéditifs.
Leurs relations commerciales s’étendaient au nord jusqu’aux monts Alléghanys, qui leur fournissaient le mica par eux tant recherché, et même jusqu’au Lac Supérieur, d’où ils tiraient le cuivre natif nécessaire à leur industrie. Us trafiquaient aussi, probablement par voie d’échange, avec les régions tropicales de l’Amérique du Sud, et, soit dans 1 art sculptural, soit dans les arts industriels, ils étaient parvenus à un degré du civilisation bien supérieur à
celui où sont arrivés les Indiens actuels. Quoi qu’en aient dit certains archéologues, admirateurs enthousiastes, bien plus que sévères critiques et amis sincères de la vérité, il est prouvé aujourd’hui que les
Mounds - Builders n’avaient aucune idée des hiéroglyphes et encore moi n s de l’écriture alphabétique. On ne doit donc accorder aucune confiance, sous ce rapport, à certaines tablettes de pierre sculptées, dont les ornements bizarres ont été pris d’abord pour des caractères chinois ou égyptiens. À plus forte raison rejetons-nous les prétendus documents histo- 1 riques inscrits, disait-on, sur cette curieuse' variété naturelle de mica, qui a reçu des minéralogistes le nom très-bien appliqué de variété graphique ou hiéroglyphique. D’un caractère doux et essentiellement pacifique , les Mounds-Builders immolaient cependant à leurs dieux des victimes humaines; ils brûlaient aussi en l’honneur du Grand Esprit la feuille du tabac réduite en poudre; ils lui faisaient de riches olfrandes. Chose étonnante ! on n’a pas trouvé une seule idole , ni dans les enceintes sacrées , ni dans les tertres sépulcraux. Les tombeaux gigantesques que, du leurs propres mains , les Mounds-Builders élevaient aux chefs de la nation, les objets qu’ils plaçaient à coté du cadavre de ces mêmes chefs, témoignent tout à la fois de leur respect pour les morts et de leurs croyances en une vie autre que cette vie de misères, à laquelle nous sommes tous condamnés.
Consacraient-ils aux dieux, commelepenseWilson, les prémices de leurs récoltes, en signe de reconnaissance? Les offraient-ils en faisant de solennelles processions dans ces longues avenues, qui reliaient entre
LA NATUUE.
eux les tertres funéraires de la cité îles tombeaux (Mound-Cily)'! Le fait est possible, niais en pareille occurrence, l’imagination peut aussi se donner libre carrière et substituer le rêve à la réalité. Nous n’msisterons donc pas sur ces détails, quelque intéressants qu’ils soient, et nous terminerons cette étude en disant quelques mots des caractères ethniques des Mounds-Builders.
CARACTÈRES ETHNIQUES DES MOUNDS-BUILDERS*
Malgré un assez grand nombre de poi traits représentés sur leurs pipes, il n’est pas facile, ou plutôt il est impossible, jusqu'à présent, dedire avec certitude à quelle race appartenaient les Mounds-Builders. Les opinions émises à ce sujet sont d'un vague désolant ou tout à fait contradictoires. Cette race est-elle entièrement éteinte ou a-t-elle scs représentants, ses témoins dans la race rouge actuelle? Nous inclinons vers la première de ces alternatives.
Fort heureusement pour la science, la vallée du Scioto nous a conservé presque intact, et par une sorte de miracle, un crâne à forme très-caractéristique, que les ethnologues regardent, avec plus ou moins de raison, comme le type crânien de ce peuple étrange à tant d'égards. En voici les particularités essentielles : grande hauteur verticale, faible diamètre intéro-postéricur, diamètre inlra-pariétal prédominant, aplatissement considérable de la région occipitale, front large et arqué, os des pommettes saillants, face élargie, nez proéminent, mâchoires massives et très-développécs. Nous avons donc sous les yeux un crâne éminemment brachycéphale (c’est-à-dire à diamètre longitudinal plus faible que le transversal); mais pouvons-nous le considérer, avec l’illustre auteur des Crania americana, comme le type parfait de la conformation crânienne commune à toutes les tribus anciennes ou modernes qui ont occupé, ou qui occupent encore le sol américain, à partir du Cap ïïorn jusqu'au Canada ? Telle n’est pas l’opinion de Wilson, telle n’est pas non plus la nôtre. Dieu qu’on ait trouvé deux ou trois autres crânes appartenant incontestablement aux anciens Mounds- Builders, et se rapprochant beaucoup de celui qui vient d’èlre décrit, il me paraît impo-sible de trouver en eux la forme tj pique de tous les crânes américains. D r N. Joly, de Toulouse.