‹ La Nature 1875 S1Chapitre 13 sur 224 · LES COTTAGES DES ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

LES COTTAGES DES ÉTATS-UNIS

Nous sommes enclins, en général, à considérerles Américains des Etats-Unis comme des gens qui cherchent à faire fortune le plus vite possible par des moyens hasardeux et qui dédaignent les recherches de la vie civilisée. En réalité il y a aux Etats-Unis

comme deux sociétés juxtaposées, l’ime qui délrichc les solitudes du Far- West, qui lave les sables aurifères, qui improvise, au milieu du désert, des villes de bois et de carton où les pionniers enrichis et les mineurs heureux jouent, s’enivrent et se battent ; l’autre qui, dans les Etats de l’AtlauLique, colonisés depuis plus de deux cents ans, a pris à peu près l'allure régulière des nations européennes. Celle-ci sait

Ferme modèle sur la frontière du Cauaiia.

Collage de IS’ewport

Cottage de New-port.

Maisoù de colon français au Canada,

jouir des richesses qu’elle a acquises par le travail; elle unit le luxe de la France au confortable de l’Angleterre; ses mœurs deviennent de jour en jour plus polies, presque raffinées; elle habite des villes somptueuses ; elle a des littérateurs, des savants, des artistes, voire même des journaux illustrés qui valent ceux de l’ancien monde. Elle conserve cependant son originalité, sa physionomie propre. Nous voudrions en donner pour preuve aujourd’hui quelques spécicimens de l’architecture usuelle. Une construction

élégante est un luxe durable et qui ne s’improvise pas.

Comme contraste, montrons d’abord la cabane primitive des Français canadiens ; elle est en pièces de bois horizontale avec un toit très-inclinê à cause de la neige. C’est l’installation la moins coûteuse et la plus simple, et, ce qui le prouve, c’estqu’onen construit encore, car on en voit qui assurément n’ont pas deux cents ans d’âge. Dans la même contrée, près de la frontière qui sépare l’Etat de Vermont de la pro-

vince de Québec, voici une ferme modèle d’une construction bien autrement soignée. Labâtisseest unpou massive, à cause de la rigueur du climat, mais elle est ornée de larges portiques où l’on peut se tenir en plein air à l’abri du vent, de la pluie ou du soleil.

Les autres dessins représentent des maisons dans \ la petite ville de Newport, sur la cote de Rhode- Island. Newport fut une des premières colonies européennes. Les premiers qui s’y établirent étaient des Quakers persécutés par les protestants intolérants du Massachussets. Des juifs y vinrent ensuite et en firent ! une cité commerçante. Aujourd'hui c’est surtout une : station balnéaire où se donnent rendez-vous en éLé les habitants de Boston, de New-York, de Chicago. C’est pour eux ce que sont Trouville et Dieppe pour nos Parisiens. On y compte environ cinq cents cottages dont la plupart se louent pour labeïlesaison aux étrangers qu’attirent lu mode et la douceur du climat. On voit par les dessins que la fantaisie s’est donnée carrière dans ces constructions. Où les architectes américains prennent-ils leurs modèles ? Un peu partout ; la dépense ne leur importe guère, car ils travaillent pour des gens riches; mais, pour faire bien, l’argent ne suffit pas, il faut encore du goût; ce sentiment ne paraît pas être inconnu aux Américains.

Page 1