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LE GUANO

Le Guano, constitué principalement par les excréments d’oiseaux pélagiens, forme sur divers îlots de l’océan Pacifique des amas si considérables que quelques voyageurs ont cru devoir en attribuer l’origine à une époque géologique antérieure à la période actuelle, lluinboldt inclinait vers cette opinion; mais des observations plus récentes, et particulièrement celles de notre savant confrère M. Boussingault, tendent à prouver que ces dépôts sont dus

* Voy. table de la 2* année, 2* semestre : Explosion de Saint-Denis.

aux oiseaux de la faune aqualique actuelle dont le nombre, est incalculable dans ces parages et dont les excréments se conservent à raison de la rareté des pluies.

L'existence de cadavres d’oiseaux trouvés enfouis dans le guano et y ayant conservé leurs parties molles vient îi l'appui de cette manière de voir, et il était intéressant de savoir si ces animaux appartiennent à des espèces qui vivent actuellement dans cette partie du globe. Notre confrère M. Barrai en ayant reçu plusieurs échantillons et ayant bien voulu les donner au Muséum d'histoire naturelle j’en ai fait étudier attentivement les caractères zoologiques.

L’un de ces oiseaux, en quelque sorte momifié, est le Cormoran décrit par Lesson sous le nom de Graculus Gaimarclis qui est commun sur la côte du Pérou ; un autre est le Sula piscator do Linnée, grand palmipède qui ne diffère que peu du Fou de nus côtes et qui fréquente toutes les parties de l’océan Pacifique; un troisième est une espèce de la famille des Pétrels appartenant au sousgenre Pélécanoïdes de Lncépède (le P. Garnoli de Lesson), enfin le quatrième est le Manchot, qui est propre à la côte occidentale de l’Amérique du Sud, et qui est connu des ornithologistes sous le nom de Sphcniscus Humboldlii.

il y avait aussi parmi ces débris quelques fragments d’os de mammifères provenant d’un phoque h oreilles, probablement l'Otn ia jubala de Desmarest. Ainsi tous ces animaux appartiennent à des espèces qui vivent actuellement dans la région où se trouve le guano. Mais ils s’étendent beaucoup plus loin au Sud, et si l'on ne rencontre pas des dépôts de guano dans les îles des parties froides de l’océan Pacifique, c’est probablement parce que les eaux (iluviales empêchent la liente de ces oiseaux de s’y accumuler 1 . Milne-Edwarbs.

LES LIMÜLES

Il n’est personne, ayant visité un des aquariums de Paris ou de Londres, ou même d'un jardin zoologique, qui n’y ait vu ces curieux animaux; ils ressemblent à une casserole un peu déformée, et luttent gauchement contre les glaces ou les obstacles qui se trouvent à côté d’eux. Ces limules présentent comme anatomie des particularités aussi originales que leur figure. Nous sommes heureux de suivre, pour en rendre compte succinctement, un très-remarquable travail de M. Alphonse Milne Edwards, inséré dans les Annales des sciences naturelles, et qui a eu le légitime retentissement qu’il méritait.

Les limules ont un mode d’organisation si spécial, dit le savant professeur, qu’elles ne peuvent prendre légitimement place dans aucune des classes établies jusqu’ici dans le règne animal. Elles représentent aujourd'hui encore, de la manière la plus fidèle, un type zoologique qui existait déjà dans les mers de la période jurassique. Or, pour ne pas détruire l'homogénéité des classes des crustacés et dos arachnides, il convient de former une classe particulière des mérostomds. A l’époque géologique trèsancienne dont nous parlions tout à l’heure, le type des niérostomés, dont dérivent les xiphosures, était

4 Coiiimnniralion faite à la Société centrale d’agriculture de France, dans la séance du 25 novembre 1874.

représenté par un grand nombre d’animaux, parmi lesquels on peut citer les ptérygotus et peut-être les trilobiles.

Il ne faut pas croire que ce classement des limules ait été aisé à faire, à cause de leurs caractères ambigus : elles ont cté longtemps confondues avec les crabes par Clusius, Rumphius, Seba, etc. Linné les plaçait dans le genre monoe, à côté des Daphnies, des Cypris, Cytlopes et autres Crustacés inférieurs.

Tout, nous le constatons, est étrange chez ce singulier animal; tout, jusqu'à sa distribution actuelle à la surface du globe. La Limide polyphème est confinée dans la partie nord de l'océan Atlantique : elle se trouve dans les lagunes de Tcrminos sur la côte du Yucatan, État mexicain, dans la mer des Antilles et sur les côtes des États-Unis, dans la Floride et la Caroline. On ne la rencontre que là ; elle manque complètement sur les côtes adjacentes.

Maintenant, nous ne la voyons reparaître que bien loin de ces parages : il faut aller jusqu’aux Moluques, dans les mers de la Chine et du Japon, pour la retrouver, tellement semblable qu’on ne peut pas admettre que toutes les limules ne descendent pas d’une souche primordiale unique!

En effet, la nature ne paraît pas répéter dans ses créations l’identité sur des points éloignés; il n’est donc pas probable, dès lors, que le tvje organique dont dérivent les limules de la période jurassique, les limules actuelles de l’océan Atlantique et celles de l’océan Pacifique, ne soit pas un, et que les races actuelles soient le résultat des.trois créations zoologiques distinctes quoique semblables.

Mais, dans l’état actuel de notre globe, l’isthme de Panama et les autres contrées du continent américain d’un côté, les mers glaciales de l’autre, rendent, pour nos limules, toute communication impossible entre la station atlantique et la station asiatique. Comment expliquer, dès lors, que les descendants des limules polyphénies aient pu émigrer jusque dans les mers du Japon et des Moluques? Comment expliquer la supposition contraire, que les descendants de l'une quelconque de ces dernières aient pu aller continuer dans le golfe du Mexique et sur la côte orientale des Etats-Unis la race limule polyphème?

Nous touchons évidemment ici l'une des questions les plus intéressantes que puisse soulever l’histoire naturelle générale.

Faut-il penser que la séparation entre les races locales, — variétés permanentes en espèces secon • daires, peu importe la manière de les désigner — date d’une époque où les terres du nouveau monde n’avaient pas leur configuration actuelle, où les eaux chaudes ou tempérées de l’Atlantique se mêlaient aux eaux du Pacifique sans passer par les régions polaires? Non, car aucune communication de ce genre n’a existé depuis l’émersion des terrains tertiaires qui occupent le fond du golfe de Darien, et qui s’étendent de là vers le sud-est jusque sur le littoral de la Nouvelle-Grenade, baigné par l'océan Pacifique! U faut nécessairement conclure que les ancêtres com-

muns des limules américaines et des limules asiatiques ont apparu avant la période tertiaire signalée tout à l’heure.

Si donc nous trouvons une grande lacune entre nos limules simultanées et les limules de l’époque jurassique — Solenhofen, — c’est probablement parce que les terrains marins de la période crétacée, accessibles aujourd’hui à nos investigations, ont été formés au sein de mers profondes, tandis que les limules ne sont que riveraines. On peut donc regarder comme probable que nos limules sont des espèces dérivées des jurassiques, au lieu d’élre des espèces primor-

Limule, tuc en dessu',

diales, ce qui supposerait des créations multiples d’un seul et même type zoologique.

Quoi qu’il en soit de ces déductions assurément imprévues et intéressantes, nous devons arriver aux bizarreries de structure de ces curieux animaux. Tout d’abord, il faut constater que l’appareil circulatoire des limules est plus parfait que chez aucun animal articulé, parce qu’au lieu d’ètre répandu dans des lacunes interorganiques, le sang veineux est à peu près partout renfermé dans des vaisseaux particuliers. Mais ce n’est pas tout. Une des singularités les plus frappantes de cet appareil vasculaire consiste

en dessous, et de c£i5

dans ses relations avec le système nerveux. Effectivement il loge, dans l’intérieur de ses gros troncs, toute la partie centrale de cet appareil, ainsi que presque tous les nerfs, dans une étendue considérable de leur trajet.

I.e cœur, sous la forme d’un long vaisseau longitudinal, est trôs-développé, et les troncs artériels qui en partent sont au nombre de onze. Ces artères ne sont pas seulement appliquées sur le système nerveux, comme chez les scorpions, ou développées à la surface de ce système de façon à le recouvrir, elles le logent dans leur cavité. Aussi, partout masqué, ce système est-il très-difficile à étudier.

Ce qui mérite également d’être constaté, c’est que par suite des anastomoses très-nombreuses entre les

vaisseaux, on peut constater, chez la limulc, plusieurs cercles circulatoires artériels complets.

Il nous est impossible d’entrer dans les anomalies nombreuses que présentent nécessairement la place et le jeu de ces organes si singulièrement agencés. Qu’il nous suffise de résumer cette anatomie savante eu disant que les limules diffèrent beaucoup moins des scorpions que des crustacés, par conséquent la classe des mérostomés serait plus proche de celle des arachnides que des crustacés. Ces animaux cependant se distinguent des premières par leur mode de respiration, leurs yeux composés, l’absence d’appendices frontaux, etc., et tout autant de tous les autres articulés par la disposition de leur système circulatoire. H. de la Blvnchèbb.

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