FLOUE DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE
Dans une intéressante communication, faite à l’Académie des sciences, le 21 décembre 1874, M. Ad. Brongniart, l’illustre savant et doyen de la section de botanique, exposait la première partie d’un résumé de l’état de la végétation de la Nouvelle-Calédonie.
Sur une étendue relativement restreinte, puisque cette île a 80 lieues de long sur 10 à 12 de large, il cft peu de points du globe qui présentent autant d’attrait au naturaliste ; mais la botanique y tient certainement le premier rang comme quantité d’espèces nouvelles. Sa position diagonale, par rapport à l’équateur, ainsi que sa constitution géologique et la nature de sa flore, la rattachent beaucoup plus au système des îles de la Mélanésie toutes orientées dans la même direction et probablement dues au même soulèvement géologique (les Nouvelles-Hébrides, l'archipel des îles Salomon, la Nouvelle- Irlande et peut-être la Nouvelle-Guinée), qu’au continent australien dont elle est proche.
On sait que le capitaine Cook découvrit cette nouvelle terre en \ 774 et qu’il lui donna, en souvenir de sa patrie, le nom de Nouvelle-Ecosse ou Nouvelle-Calédonie. Ce navigateur célèbre était accompagné clans son exploration, de quelques naturalistes
qui ont atlaché leur nom à la science et particulièrement G. Forstcr, auquel on doit d’exacts renseignements et des observations précieuses pour le temps où elles furent faites. H publia le résultat de ses recherches en 1 786.
Vingt ans plus tard, Labillardicre, que l'Académie ne. comptait pas encore dans son sein, accompagnait d’Eutrecasteaux et linon de Kermadec qui commandaient l’expédition à la recherche du malheureux Lapeyrousc en 1792. Ce savant a laissé de beaux travaux iconographiques et descriptifs résultant de ses pérégrinations à la Nouvelle-Hollande et à la Nouvelle-Calédonie, et notamment sur cette dernière localité son Sertum austro-cale- < lonicun , ou sont décrites et figurées environ cent plantes nouvelles , choisies parmi les plus belles ou les plus curieuses. Un laps de temps considérable s’écoula, avant que d’autres richesses scientifiques vinssent s’ajouter aux précédentes; car à partir de cette époque, l’histoire de la Nouvelle- Calédonie appartient presque entièrement aux snndaliers, aux pêcheurs de Licites de mer ou Holothuries qui fréquentaient seuls ces parages, et surtout enfin aux missions catholiques qui s’y fixèrent d’abord en 1845. Mais ces missions durent subirbicn des I épreuves, aussi abandonnèrent-elles plusieurs fois i leur courageuse entreprise, Au milieu de populations I félones et anthropophages, les missionnaires payèrent souvent de la vie leurs tentatives de conversion. Ces atroces coutumes sont aujourd’hui complètement éteintes ou peu s’en faut, et, ce qu’il y a d’étrange, c’est à une de ces affreuses scènes de cannibalisme qu’on doit la prise de possession trop tardive de la Nouvelle-Calédonie.
Eu 1852, le commandant de la marine française, comte d’Harcourt, était en vue de Balade, pointe nord-est de la Calédonie, où avait autrefois abordé Cook, lorsque quelques hommes de son équipage, craignant de descendre sur la grande terre, choisirent une petite île du voisinage et mirent pied à terre avec confiance. - A peine les deux officiers qui commandaient l’embarcation sont-ils sur le rivage, qu’une centaine de sauvages cachés dans les broussailles fondent sur eux, armés de lances, de casse-tête, de haches, etc., avant qu’ils aient eu le temps de se reconnaître. Déjà l’un d’eux a reçu la mort d’un coup dehache à la tête. En vain cherchet-on au milieu des cris les plus féroces et d’un pêlemêle indescriptible, à saisirles armes et les munitions, on n’en a pas le temps ; une grêle de Iraits pleuvent sur la troupe composée d’une quinzaine d’hommes. Quelques-uns essayent de fuir à la nage, mais ils sont massacrés en revenant au rivage. Ces sinistres nouvelles connues à bord du navire qui était en vue, amenèrent de la part du commandant de justes représailles. On sacrifia quelques sauvages, les récoltes et les villages furent détruits. C’est, d’après le rapport fait par le comte d’Harcourt sur cette lugubre aventure, que le gouvernement français se décida à prendre définitivement possession de la Nouvelle-Calédo-
nie. Ce fut le conlre-amiml Febvrier-Despointes qui, à bord du vapeur le Phoque, arbora le pavillon français à Balade, le 24 septembre 1 853, alors que le navire de la marine anglaise V Herald, négociait depuis quelques jours avec le chef de l’ile des Pins, en vue do cette conquête. Il paraît que sans les efforts d’un missionnaire français, qui avisé des intentions du gouvernement, retarda autant qu’il le put la décision du chef canaque, la Nouvelle-Calédonie nous échappait, comme naguère la Nouvelle-Zélande.
L’origine et les mœurs des habitants de cette île ont été tracées dans plusieurs publications par Cook et Labillardière, et récemment par MM. Vieillard et Deplanche et le R. P. Montrouzier : ce serait s’exposer à des redites en les rappelant ici. Après avoir cru tour à tour aux récits les plus contradictoires des voyageurs ou des colons, sur la valeur territoriale et les avantages qu’on peut espérer du pays qui nous occupe, on est aujourd’hui fixé sur ce point. Comme toutes les îles montagneuses 1 et de nature éruptive, les plaines à peu près seules sont cultivables. Les pluies torrentielles entraînent dans les vallées les matières fertilisantes, qui se rencontient sur les parties élevées, et la roche bientôt à nu, n’a plus que ses anfractuosités garnies d'une végétation spéciale, qui paraît être la véritable dore spontanée. C'est là qu’on trouve des Myrtacées, des Proteacées, des Casuariuées, des Epacridées, etc., qui sont spéciales à la Nouvelle-Calédonie. Puis vers le milieu inférieur des hauteurs, et s’étendant souvent jusque dans les vallées, viennent les forêts de gigantesques Dammara et A' Araucaria, conifères propres à ces régions australes (fig. 1).
D’ordinaire, sous les tropiques, les fougères croissent de préférence dans les parties basses, sombres et humides; là, par une coïncidence atmosphérique, ou rencontre certaines espèces, quelquefois arborescentes, qui apparaissent en quantité innombrable, à une altitude qui correspond à celle des nuages, et conséquemment, l’air plus saturé d’humidité, favorise le développement de ces cryptogames.
Le terrain ferrugineux abonde en Calédonie ; Pile des Pins surtout a son sol presque entièrement formé d’argile imprégnée d’oxvde de fer. Comme on le pense, la végétation est particulière à ce milieu, et les cultures y sont pauvres. Puis, en dehors des terrains d’alluvion, qui font de certains points de la Calédonie une terre bénie, le tuf inadréporique forme le fond des vallées et entoure l’île à une grande distance, d’écueils redoutables, qui, pendant longtemps sans doute, en éloignèrent les navigateurs.
L’île Lifou, la plus grande des îles Loyaity 1 , qui sont distantes de 15 à 20 lieues et dépendantes de notre colonie, est, paraît-il, une immense cuvette de carbonate de chaux madréporique, recouverte
1 Le mont Iliimboldt, le pic le pins élevé de l'ilc à 1650 mètrès d’altitude.
* Voy. la carte de la Nouvelle-Calédonie. *— année 1873, page 21 G.
seulement d'une mince couche argileuse, qui permet d'y faire un peu de culture et d'y voir de maigres et basses forêts. Or, sur une surface d’environ 1,500,000 hectares que comprend la Nouvelle- Calédonie et dépendances, c’est à peine si un quart peut être mis on culture. Il ne faudrait donc pas, par optimisme, considérer cette possession comme une inépuisable terre de Channan; mais, étant bien répartie et dans les mains d'habiles colons, la propriété prospérera, ce qni, d’ailleurs, paraît déjà démontré pour l’élevage du bétail et la culture de la canne à sucre.
L’introduction do la canne doit être bien ancienne, si elle n’est spontanée en Calédonie, car elle est inséparable du canaque. Un indigène ne se met jamais en route sans avoir un morceau de canne à la main, qu’il mâche et qui lui lient lieu de breuvage, car il boit très peu; puis il jette les restes çà et là sur son [iassage, et voilà l’origine d’une nouvelle touffe de cannes à sucre qu’on rencontre à chaque pas. Cette précieuse graminée est si répandue, que l'on en compte une quarantaine de variétés, désignées par leurs noms indigènes.
Comme ou le pense bien, un pays dépourvu d’animaux pouvant servir à la nourriture est presque excusable de l’atroce coutume d’anthropophagie. Un chef canaque, dînant un jour à bord d’un navire français, manifestait sa satisfaction en mangeant du veau rôti. « On dirait, do l’homme, # disait-il en faisant claquer sa langue. Réprimandé sur cet ignoble goût pour la chair humaine, il répondit : < Vous avez des animaux que vous mangez, et nous n’en avons [as. Quand nous avons mangé de l’homme, nous nous sentons plus forls, plus vaillants. # Cependant la pêche, à laquelle ils se livrent avec adresse, leur offre ses ressources. Aussi la base de la nourriture consisle-t-eîle en Ignames, représentées I par une demi-douzaine d’espèces ou de races et en ■ Taras, c’e^t-à-dire deux ou trois espèces d'Aroidées i à rhizome féculent, cultivées avec soin dans les sols humides. Ces deux plantes, mais surtout la première, sont l’objet de tous les soins de culture. Le Dioscoreaalata est l’espèce la plus répandue. Huit à dix mois suffisent pour que les tubercules aient atteint un développement convenable, et il est rapporté que l'on en voit assez souvent du poids de 8 à 10 kilogr. Ces légumes se mangent cuits.
C’était surtout à l’occasion de la récolte des Ignames, qui est une solennité en Calédonie, que le moindre prétexte servait à faire la guerre à une tribu voisine, ou qu il était dangereux pour des étrangers de s’aventurer un peu loin. Une fête de récolte où l’on mangeait de l’homme et surtout largement, était un légitime point d’orgueil pour une tribu. Les chefs et la haute société avaient seuls le droit de goûter à ce mets défendu à la basse classe, à moins qu’il ne fût abondant; dans tous les cas il était prohibé pour les femmes, qui son# considérées en Calédonie comme une racé inférieure chargée de toutes les fonctions pénibles.
Après les végétaux dont nous avons parlé, le Bananier, niais surtout le Cocotier entrent dans la consommation de chaque jour ; plusieurs variétés sont cultivées. On sait que ce palmier affectionne les bords de la mer. Les autres plantes utiles sont secondaires pour un peuple paresseux et qui n’a presque pas besoin de vêtements. Néanmoins, ils en emploient plusieurs pour leurs besoins quotidiens. Ils font avec adresse du feu en frottant vivement deux morceaux de bois d Hibiscus. Avec l’écorce battue du Mûrier à papier (Broussonetia papyrifera), employée dans toute l'Océanie, ils {confectionnent des ceintures, des ornements pour la tête ; il en est de même du Thespesia populnea.
C’est aussi l’écorce d’une légumincuse grimpante , le Pachyrrhisus an gu laïus, qui, par sa ténacité considérable, leur sert à faire des filets de pêche. Quoiqu’ils recherchent les bois durs de certaines Myrtacées et de Casuarina pourleursarmes de guerre , ils n’apprécient guère leur importance , si ce n’est pour la construction de leurs cases.
Un des arbres les plus estimés en Calédonie est le Niaouli des canaques , Melaleuca viridiflora , espèce à peine distincte du M. leucadendron de la Nouvelle-Hollande. Les espaces couverts par cette utile Myrtacée sont considérables, son bois est résistant et cependant d’un travail facile ; sa présence en Calédonie indique les terres propres aux pâturages. L’écorce souple et feutrée qui se détache du tronc sert aux habitants à calfeutrer leurs cases, à calfater les pirogues, à faire des torches, etc.
On attribue au Niaouli les propriétés assainissantes et vivifiantes qu’on ne conteste plus aux Eucalyptus ; le fait est probable, mais non suffisamment justifié. Ce qui frappe, puisque ce nom A'Eucalyptus est prononcé, c’est que ce genre qui est représenté par un nombre énorme d'espèces en Australie, 140 environ, n’a pas encore été signalé en Calédonie, quoique cette île soit située entre 20° et 23" de latitude australe, c’est-à-dire dans la ligne médiane du continent australien, et à 300 lieues seulement de distance.
Peu d'années après la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie, commencèrent des explorations isolées et dues à l’initiative privée de quelques naturalistes. M. Pancher le premier, ancien employé du Muscuin, puis jardinier botaniste du gouvernement à Taïli et enfin à Port-de-F rance, consacrait ses loisirs à faire des excursions dans les environs de Nouméa. Mais retenu par un service exigeant, il n’obtenait que rarement l’occasion d’herboriser au loin. Néanmoins , et dans ces conditions défavorables , la science doit beaucoup à ce laborieux botaniste. Presque simultanément, M. Vieillard, médecin de
la marine, explorait les points divers de la Calédonie où l’appelait son service ; c’est ainsi qu’il herborisa largement à Balade et sur nombre de localités de la côte sud-est. Les deux voyages successifs de M. \ieillard, dont la Calédonie était devenue un lieu de prédilection, et qui jouissait d’un grand crédit près des canaques , rapportèrent plus qu’aucune des explorations précédentes.
Le musée des colonies doit à M. Vieillard quantité d’objets ethnographiques curieux.
Peu de temps après son collègue, M. Deplanche, envoyait au ministère de la marine, qui déjà avait reçu un envoi collectif des deux précédents naturalistes , une caisse énorme de ses récoltes de plantes sèches, dont les spécimens doubles furent offerts au Muséum.
Quelques autres personnes contribuèrent à augmenter ces collections, et notamment le capitaine Baudoin, M. Marie commissaire de manneetM. U. Delacour, chirurgien.
Emerveillé d’un aussi grand nombre de genres et d’espèces nouvelles, M. Brongniart, qui déjà avait publié seul, puis en collaboration avec M. A. Gris, un certain nombre de types nouveaux sur la flore de ce pays, engagea l’administration du Muséum à y envoyer un voyageur à ses frais. MM. Bâillon, Nylander, etc., s’étaient aussi signalés par des travaux analogues. M. Balansa fut désigné et resta 3 ans à la Nouvelle-Calédonie et à Lifou. Les matériaux qu’il rapporta étaient superbes. Placé dans de meilleures
Fig. 1.— Araucaria Montana.
conditions que ses devanciers, il put parcourir des iocidités jusqu’alors inexplorées. Mais il est à remarquer que tous ces envois ne procuièrent que peu ou point de graines capables de germer. Cependant nous sommes certains qu’il y a là de fructueuses entreprises pour l’horticulture.
M. Brongniart, après un laborieux travail de comparaison avec la llore des îles voisines, a constaté de curieux rapports entre ces différents centres de végétation. Très-rarement trouve-t-on les mêmes espèces dans notre colonie et, à la fois, eu Australie. Quand une espèce est affine avec celles qui abondent dans
fatalement une contraction à tout végétal qui s’y trouve à l'état spontané.
Les Acacia cités plus haut, à peu d’exceptions près, sont tous en Australie à feuilles modifiées ; c’est-à-dire que par une sorte de rétraction, les folioles élégantes qu’on remarque sur les espèces de l'Inde, d’Afrique, etc., ont disparu pour être remplacées par un pétiole ou support de la feuille, prodigieusement développé, et présentant leurs surfaces latéralement : c’est ce que les botanistes appellent phyllodes. Les Eucalyptus eux mêmes, lorsqu’ils sont jeunes, ont les feuilles opposées en croix.
l’une des deux localités ; là se borne l'analogie. Ainsi un genre qui ici, sera représenté par un nombre d’espèces relativement important, ne sera là qu’à l’état de témoins. Indépendamment des Eucalyptus cités plus haut, on peut prendre pour exemple, les Acacia.
Ce genre comprend, en Australie, près de 300 espèces. Et bien il ne s’en trouve que deux en Calédonie.
Parmi les Myrtacées, les genres Fremya et Cloezia, ont chacun six ou huit espèces, mais elles sont toutes calédoniennes, tandis que les genres Melaleuca , Callistemon , etc., si abondants en Australie , ne sont qu’à l’état d’introduction dans notre colonie. Les Protéacées des genres
Fig. 2. — Duljouzetia cainpanulata
ce qui est le propre de l’immense majorité des Myrtacées, mais bientôt par une sorte d'idiosvncrasie inexplicable, les rameaux qui annonceraient le passage à l’état adulte, prennent des feuilles alternes et dont la surface n’est plus parallèle, mais bien perpendiculaire au sol, et cela se remarque pour beaucoup d’autres types.
On pourrait dire que la Calédonie est un lieu d’atterrissement, où les terres avoisinantes ont envoyé des sortes de représentants de leur végétation , presque jamais identiques mais analogues. Les mêmes rapports existent aussi avecles îles australes de l’Inde.
La quantité considérable de Rubiacées
Banksia , llakea , etc. , si répandus en Australie , manquent complètement ici. On peut taire la même remarque pour la famille des Palmiers et celle des I’andanées. Enfin, le genre Casuarina, qui caractérise si bien, par son absence apparente de feuilles et son aspect triste, la végétation australienne, n’est plus indiqué en Calédonie, que par un petit nombre de types, mais différents de ceux d’Australie, quand aux espèces spontanées.
Personne n’ignore le cachet particulier de la végétation australienne, rappelé dans maintes publications et par les nombreuses plantes qu’on cultive de ce beau pays dans nos serres et nos jardins. Robert Brown, le premier, a signalé l’effet étrange que lui produisirent les forêts de la Nouvelle-Hollande lorsqu’il y aborda. On dirait que la nature a fait subir
calédoniennes en sont une preuve frappante, les Sapindacées, Rutacées, etc., également. On sent bien qu'il y aussi quelques relations, mais très-faibles, avec le Cap de Bonne-Espérance, et ce fait est digne d’être mentionné. On cultive depuis longtemps dans les orangei ies une Saxifragée arborescente, le Cunonia capensis. C’était la seule espèce qu’on eût jamais connue, et voilà qu’inopinément on en découvre cinq espèces nouvelles en Calédonie! Généralement les nouveautés de cette flore sont rarement isolées. Si l’on met la main sur un genre nouveau, il est plus que probable qu’il ne sera pas monotype; on le trouvera presque toujours composé de cinq, six, dix espèces qui sont bien caractérisées.
M. Brongniart, dans le seul groupe des palmiers, se rapportant aux trois genres : Kenlia, Kentiopsis
et Cyphokentia, a reconnu une vingtaine de nouveautés, il en est de même pour les Pandanées. M. Bâillon a constaté les mêmes rapports pour les Euphorbiacées; le genre l’hyllanlhm a fourni 45 espèces nouvelles; le même savant a fait un genre nouveau sous le nom de Balanops composé de 0 espèces. La place à assigner à ce genre singulier ne peut pas encore être désignée. Enliu H. Bureau pont les Morées, M. Besclicrelie pour les Mousses, M. Fournier pour les Fougères, ont obtenu le même résultat.
Comme on le voit, la richesse botanique de ce pays ne peut être comparée à aucun autre point du globe pour une étendue aussi restreinte; peut-être l'Afrique centrale? mais plus vraisemblablement .Madagascar qu’on a toujours cité pour sa fécondité eu types nouveaux.
Le relevé des plantes néo-calédoniennes signalépar M. Brongriiart à l’Académie est réparti de la manière suivante : Cryptogames Amphigèn n s, comprenant les Algues, les Lichens, Champignons, environ 500 es- ' pèces. — Cryptogames Autogènes : Mousses, Hépatiques, Fougères, Lyeopodiacées, etc. 405. • — Phanérogames Monocotylédones, dont les familles les plus importantes sont les Graminées, Cyperacées, Pal- ! miers, Pandanées, Liliacées, Orchidées, Nayadées, ■ etc., 552. — Phanérogames Dicotylédones, notamment les Conifères, Artocarpées, Lauriuées, Proléacces, Rubiacées, 210. — Apoeynées, Verbenacées, Sapotacées, Araliacées, Saxifrngées, Tiliacées, Sapîudacées, Euphorbiacées, 121; Rutaeées, Myrtacées, 100. — Légumineuses, etc., etc., forment un total ; d’environ 1,700 espèces. 11 n’est pas douteux que des recherches nouvelles n’augmentent encore quelque peu ces chiffres.
Dans une mer ou les coraux abondent, les crustacés devaient être nombreux et les publications de M. Alph. Milne-Edwards, sur la Faune Carcinologie de la Nouvelle-Calédonie, ont amené des résultats aussi heureux qu’en botanique.
Une aussi grande quantité de richesses végétales pouvaient-elles permettre des conquêtes à l’horticulture? La chose n'est pas douteuse. Cependant les importations de belles plantes intéressant l’amateur sont presque milles, si on en excepte quelques introductions par le commerce anglais.
Il y a quelques mois seulement, M. Linden, un des horticulteurs belges des plus distingués et des plus instruits, frappé, en consultant les herbiers du Muséum, des résultats que l'horticulture pouvait attendre des végétaux calédoniens, et surpris qu’après une occupation de vingt ans, tout était encore à luire comme introduction, n’hésita pas à y envoyer M. Pancher qui s’offrit à revoir le pays qu’il avait habité 10 ans. 11 y a certainement là la fortune de plusieurs horticulteurs. Les familles qui fourniront le plus, seront les Fougères, les Palmiers, Pandanées, Aroïdées, plusieurs Draccena. Puis les imposants conifères ; Araucaria, Dammara, Dacrydium, Vodocarpus, etc. Les Rubiacées, Verbenacées, Araliacées, mais surtout les Saxifragées de la tribu des Cuno-
niacées. Certains genres tels que les Cunonia, Geissois sont des arbres à fleurs et à feuille.; superbes; ou en peut dire autant des Tiliacées de la section des Elœoearpées ; les genres Etæocarpus, Dubnuzetin (fîg. 2) sont splendides pour la plupart. Enlin les Myrtacées et les Légumineuses ne présentent pas moins d’intérêt. Il y aurait encore à citer plusieurs groupes intéressants, comme les Orchidées, Euphorbiacées, Clusiacées, etc., mais ils ne viendraient qu’eu seconde ligne.
On a prétendu, lors de la conquête de la Nouvelle- Calédonie que son sol renlèrmait des mines d’or. C’était à l’époque où la fièvre des placers était encore à l’état épidémique. Aujourd’hui , on a sagement renoncé à considérer toutes les terres nouvelles qu’on foule, comme des succursales du Potosi ou de la Californie; nous pourrons dire au voyageur, à l’émigrant en quête de faire fortune, qu’une mine [dus certaine et plus féconde s’étale à ses yeux surpris : qu’il songe à la belle et généreuse végétation de notre nouvelle colonie !