‹ La Nature 1875 S1Chapitre 132 sur 224 · LES VOLCANS DE LA LUNE · texte numérisé non relu

LES VOLCANS DE LA LUNE

(Suite et fin. — Voy. p. 81 *)

Après avoir indiqué les principaux traits de la configuration de notre satellite, il nous fautcntrerd'mic manière plus intime dans le détail. Nous avons dit que le trait le plus accentué, le plus caractéristique c’est l’abondance des cratères. Nous nous sommes servi de ce mot, bien qu’il y ait le plus souvent une grande différence de forme et de hauteur avec les cratères terrestres, lesquels ne sont généralement autre chose qu’un orifice, une cavité au sommet d une montagne et dont le fond est plus élevé que la surface environnante. C’est le contraire qu’on rencontre le plus ordinairement dans les cratères lunaires, le fond étant sensiblement au-dessous du niveau moyen, la hauteur des remparts mesurée extérieurement n'étant que la moitié ou le tiers de la profondeur véritable du cratère. Quelques districts terrestres offrent cependant une ressemblance apparente avec certaines parties de la surface lunaire, ressemblances qui paraîtraient encore plus sensibles, si ces régions pouvaient être observées au télescope. L’exemple que l’on cite le plus ordinairement est le Vésuve avec le pays avoisinant désigné sous le nom de Champs phle'ijrëens. Cette ressemblance avait tellement frappé le professeur Phillips, qu’il appe- | lait la lune un grand champ Phlégréen. Nos lecteurs pourront d’ailleurs s’en rendre compte par l’examen des deux magnifiques photographies qui ont été faites sur des plans en relief, représentant côte à côte, le voisinage de Naples et le cratère lunaire Théophile et que nous reproduisons d’après le bel ouvrage de MM. Nasmytb et Carpenter (fig. 5 et 6). Le Vésuve est un des grands volcans européens, ce ne serait dans la lune qu’un de ces petits cratères à peine visibles autour de Copernic et des autres géants lunaires. Celte disproportion pourrait même faire douter du caractère volcanique des ciatères de la lune, si l’on n’y avait observé comme sur la terre ce cône central qui est aujourd'hui considéré par tous les savants comme le résultat de la force expirante d’éruption, comme le dernier effort d’une force qui n’est plus assez puissante pour rejeter loin de l’orifice les matières embrasées.

Ce ne sont pas là, du reste, les seuls traits de ressemblance et l’on est aujourd’hui absolument d’accord sur le caractère plutonieu des accidents de terrain qu'on observe à la surface de la lune. Examinons donc les conditions dans lesquelles s’ouvrent et se forment les volcans terrestres, nous obtiendrons ainsi, tout en ayant égard aux différences que les astronomes et les physiciens ont pu constater pour la lune, un terme précieux de comparaison.

L’origine des éruptions est attribuée à la force expansive des vapeurs : une ouverture se produit dans la croûte terrestre par laquelle sont projetées des cendres, des scories, de la lave qui, retombant autour de l’orifice, s’accumulent, forment une montagne

dont le centre est toujours en communication avec le siège de la force éruptive. La hauteur et la largeur du volcan dépendent et de la puissance de l’éruption et de la forme et du poids des matières projetées. Le volcan présente un cône tantôt parfait, tantôt tronqué, soi* que le sommet de la montagne, d'abord j terminé en pointe, ait été emporté d'un seul coup ou détruit insensiblement, soit qu’après un long intervalle une seconde éruption en soit venue altérer

Fig. 1. — Coupe de volcan.

Fig. 5 . — Coupe idéale d’un cône lunaire d’exsudation.

Les conditions n’ayant pas été les mêmes pour les deux sphères, il n’y a pas lieu de s'étonner des différences qu’on remarquera. La plus sensible consiste dans l’immense largeur des cratères lunaires et dans la puissance exceptionnelle qui a projeté à 40 kilomètres de distance ces monceaux, ces montagnes de scories. Soit, en efiet, qu à cause de 1 absence d’atmosphère, le refroidissement plus rapide de la croûte lunaire ait porté à un degré inconnu la force éruptive, soit que, pour la même raison, les matières projetées n'aient pas rencontré de résistance dans leur course à travers l’espace; enfin si l’on songe que

la forme. 11 peut alors arriver que le premiüi cratère soit relégué, comme importance, au second rang, comme on l’a vu pour le Vésuve, dans l'éruption de 1631, c'est alors que le grand cône, connu maintenant sous le nom de Vésuve, s’est formé aux dépens de la montagne primitive la Somma.

L’ère des éruptions volcaniques est depuis longtemps terminée dans la lune, il nous est donc impos- | sible do les apprécier autrement que par leurs elfeis.

Fig. 2. — Autre coupc de volcan.

Fig 4. — Cône de soulèvement dans la baie de Téuériile.

la force de pesanteur est six fois moins grande à la surface de la lune que chez nous, on ne s’étonnera plus des dimensions exceptionnelles de ces cratères.

La production de la vapeur par le contact de l’eau avec les matières en ébullition au centre de notre globe, telle est la cause généralement reconnue des éruptions terrestres. 11 ne peut en être de même dans la lune qui ne possède pas d’eau. Sont-ce des combinaisons chimiques a base sulfureuse, comme le prétend le professeur Dana? Est-ce, comme le veulent les professeurs Nasmyth et Carpenter, la solidification qui a causé ces éruptions successives?

Nous avons dit qu’une sorte de canal se formait ’ bord la vasque volcanique et forme un plateau uni tout d’abord, les matières en fusion, les pierres, (fig. 1 et 2). Tantôt, comme on peut le voir dans les cer.dres, scories, etc., retombent tout autour de ■ figures ci-contre, plusieurs ouvertures dans le cône l’ouverture et constituent une enceinte qui s’accroît central permettent aux matières en fusion de s’econlinuellernent ; l’orifice du volcan s’élargit par la chapper, tantôt plusieurs cônes se sont formés à l’inforce de l’explosion, puis quand celle-ci devient moins térieur du cratère primitif attestant l’interruption cl violente, les matières au lieu de retomber au dehors la reprise des mouvements éruptifs. On peut voir du cratère forment à l’intérieur un petit cône percé des exemples de ces formations successives dans un d’outre en outre ; souvent la lave remplit jusqu’au certain nombre de cratères lunaires: Copernic, Era-

tosthène, Gassendi, etc. Qu’un cratère possède un double rempart, on peut certifier qu’il y a eu deux éruptions d’inégale puissance, à moins cependant, et ce qui est assez rare, que le rempart intérieur soit dû àl’ébouleinent causé par les secousses volcaniques ou à la désagrégation engendrée par les alternatives successives de l’extrême froid et de l’extrême chaleur. U est arrivé aussi que des cratères parasites sont venus éventrer et bouleverser des cratères plus anciens ou que des myriades de petits cratères semblables aux petits bouillons qu’on voit à la surface '

d’une eau en ébullition et qui se seraient tout à coup solidifiés se sont serrés à côté les uns des autres eu constituant de véritables champs Phlégréeus.

Il est cependant certaines parties de la surface lunaire qui ne présentent pas aussi nettement les caractères volcaniques; ce sont ceux qu’on a désignés sous le norn de vallées ou de plaines entourées de remparts. On n’est point parvenu jusqu’ici à expliquer leur origine, et de toutes les suppositions qui ont été faites, nous ne rappellerons que celle qui les considère comme d’anciens cratères comblés par des

— Un coin de la surface lunaire.

Fac-similé de photographies de MM.

Fig. 6. — Le Vésuve et les champs Phlégréens. Nasrayth et Carpenter, obtenues sur des plans en relief.

débris dont on ne voit cependant pas de trace, hypothèse que rend également invraisemblable le caractère plat, uni de ces vallées.

Chose inexplicable, les chaînes de montagnes, les pics et les collines se pressent, s’accumulent dans la moitié septentrionale de l’hémisphère lunaire où les mers sont les plus nombreuses, lie ces différentes chaînes les plus importantes sont : les Apennins qui s’étendent sur une longueur de 020 kilomètres et se découpent eu 3,000 pics entre lesquels le mont Iluyghens s’élève à 18,000 pieds de haut; le Caucase qui est un prolongement vers le nord des Apennins et qui, bien que moins élevé, possède encore des sommets qui atteignent 11 ou 14,000 pieds de haut; les Alpes qui s’étendent entre le Cauca-o et le cratère Platon, qui contiennent 700 pics et qui enserrent des deux côtés une immense et magnifique vallée de 128 kilom de long sur 8 kilom.de large. 11 semblerait, dit M. Na-myth, qu’un corps étranger trèsvolumineux soit venu eu cet endroit labourer la surface de la lune et ait creusé ce profond sillon au milieu des montagnes.

Quant aux montagnes isolées, elles sont peu nombreuses, et nous ne citerons qu’un petit nombre de pics qui se dressent abrupts et sourcilleux à 7,000 pieds au-dessus d’une plaine unie. MM. Nasmyth et Carpenter, regardent les chaînes de montagnes comme des agglomérations de pics isolés; elles doivent, d’apres eux, leur origine, à la répétition des phénomènes qui ont engendré ces cônes isolés. Ils ne sont pas, comme on pourrait le croire, dus à des soulèvements de la croûte lunaire produits par des convulsions intérieures ; iis ont été bien plutôt produits par un procédé analogue à celui que nous avons exposé plus haut pour la formation des cratères centraux, c’est-à-dire par une faible émission de lave qui s’est ensuite solidifiée, par une sorte d’exsudation (fig. 3). Sur le globe terrestre, il arrive souvent que des masses de boue liquide assez considérables pour former des montagnes sont ainsi envoyées à la surface , entraînant avec elles les débris de roches brisées ou réduites en poussière. En 1797, près de Quito, des torrents do boue s’élevèrent dans les vallées jusqu’à (500 pieds de haut, barrant le cours des fleuves, donnant naissance à des lacs et changeant complètement, l’aspect de la contrée. Si le phénomène est moins violent ce sont des projections d’eau chaude qui déposent près de leur orifice des collines de boue ; telle est l’origine assignée par de Verneuil, à ces innombrables collines dç la Crimée qui s’élèvent de 100 à 300 pieds au-dessus du niveau environnant. Ce ne sont d’ailleurs pas là les seules ressemblances qu’il (aille noter entre ces montagnes isolées de la lune et celles de la terre; Dana, dans l’archipel Ilavaï, le prolesseur Piazzi à Bourbon, ont observé de véritables montagnes qui n’ont pas d’autre origine. Enfin, le professeur Smyth a reproduit, d’après une photographie, un cône de soulèvement dans la baie de Ténériffc (fig. 4), hattt de 70 pieds, de forme

parabolique, possédant au sommet une ouverture par laquelle la lave dont il est formé avait du s’échapper. Garriel Marcel.

Page 1