DE L’UNIVERSITÉ DE LEYDE
Cette cérémonie a été célébrée à Leyde, le 9 février dernier en présence du roi et de la reine de Hollande. Un grand nombre de députations des Universités étrangères avaient répondu à l’appel qui leur a été fait par les professeurs de l’Université.
L'Académie a distribué 48 titres de docteurs honoraires. Si l’on en excepte la Hollande, qui s’est réservée 22 nominations, l’Angleterre a été la mieux partagée : on ne lui en a point accordé moins de huit. La France, qui vient eu troisième rang, en a eu sept. L’Allemagne en a reçu cinq, l’Italie, la Belgique, la Suisse, l’Autriche et les Etats-Unis chacun une.
Les sept savants français, nommés docteurs de l’Université de Leyde, sont MM. Henri Milne-Edwards, Littré, Ilegnault, représentant l’Institut de France, M. Descloizeau, membre de la Faculté des lettres do Paris, M. Grimaud, professeur agrégé de la Faculté de médecine, enfin M. Athanase Coquerel, pasteur protestant.
La députation française se composait de MM. Renan, Milne-Edwards , Würtz, Colmet Daage et ShSfner, représentant en même temps l’Institut et l’Académie de Paris. C’est M. Renan qui a prononcé une allocution au nom de nos concitoyens. Sa brillante improvisation a été, de l’aveu même des savants allemands qui étaient présents en nombre respectable, le succès de la cérémonie. C’est à M. Renan que les plus grands applaudissements ont été réservés. Le nom do Darwin, un des savants anglais revêtu do la qualité de docteur honoraire, a été également couvert d’applaudissements.
Les étudiants hollandais, au nombre d’environ 509, ont saisi les occasions, nombreuses il est vrai, pour protester de leur amour pour la patrie. Les allusions à la vaillante conduite des habitants de Leyde, ont excité, à plus d’une reprise, les plus chaleureuses acclamations. 11 est facile de voir que lu génération actuelle n’hésiterait point à rompre les digues pour conserver la Liberté.
Il n’est point inopportun de rappeler que la fondation delà vaillante Universitéde Leyde fut la récompense de l’héroïque conduite des Leydois, pendant le siège que le général espagnol Valiez fit pendant les années 4 573 et 1574. Noble récompense d une noble conduite, qui honore autant les hommes d’Etat qui la donnèrent que les citoyens qui la reçurent.
La ville s’empressa tellement de mettre à profit la libéralité des Etats généraux que l’Université, fondée en commémoration du 3 octobre 1574, put être ouverte le 9 février 1575.
On a conservé, dans la grande salle, le portrait de
tous les savants qui ont eu l’honneur de professer à Leyde. Ils sont rangés par ordre, dans la grande salle de l’Université. Ou en compte 343, parmi lesquels un grand nombre ont laissé un nom immortel dans la science. Ou y cite S'Gravesande, l'ami de Newton, le premier propagateur de sa doctrine sur le continent; Grotius, le créateur du droit public européen ; Bocrhaave, qu'on a justement appelé l’Aristote hollandais; Musclienbroœck, qui découvrit le pouvoir surprenant des condensateurs et inventa, par hasard, la célèbre bouteille de Leyde, etc., etc. Nos compatriotes sont glorieusement représentés dans celte liste, on y trouve Scaligerle jeune, Saumaise. Descartes passa à Leyde plusieurs années de son exil avant qu’il n’ait été appelé en Suède, par la fille du glorieux Gustave Adolphe, la célèbre reine Christine. C’est là, paraît-il, que Bayle rédigea plusieurs volumes de sa République des Lettres. Car ce qu’Amsterdam imprimait, était souvent pensé à Leyde.
Parmi les étudiants on citerait une infinité de noms illustres tels que le célèbre Evelyn Goldsmith, une des étoiles les plus brillantes de la littérature j anglaise. Si la théologie ne sortait de notre cadre nous parlerions encore d’Arminius et de Gomar, auteurs de doctrines rivales, qui agitèrent l'esprit des savants. Ces débats prirent naissance à Leyde et remplirent les échos de l’Europe lettrée.
\V. de Fokvielle.