MATHIEU
La mort de M. Mathieu, décédé à Paris, le 5 mars 1 875, à l’àge de quatre-vingt-douze ans, est une grande perte pour la science astronomique, qui lui doit une remarquable Histoire de l'Astronomie au dix-huitième siècle , ainsi qu’une féconde impulsion donnée au Bureau des Longitudes et à son Annuaire. Nous ne saurions mieux retracer la vie de cet illustre savant français qu’en reproduisant les principaux passages du discours que M. le général Guillemaut a prononcé sur sa tombe :
« Mathieu (Claude-Louis) naquit à Mâcon, le 15 novembre 1785; son père, simple ouvrier menuisier et sans fortune, ne put l’envoyer que dans une petite école, où l’on apprenait seulement à lire et à écrire, et à un cours gratuit de dessin. Lejeune Mathieu s’y lit promptement remarquer par sou habileté, sa facilité au travail et son esprit d’ordre, qu’il tourna bientôt du cùlé des mathématiques, qu’il étudiait seul. Les difficultés étaient grandes, mais il lisait tous les jours, dans la préface de I ’Ahjèbre de
Lacroix, ccs belles paroles de d'Alembert : « Allez « eu avant, la foi vous viendra. »
« Ayant entendu parler de l’École polytechnique, il résolut d’y entrer, marcha eu avant, se rendit à Paris presque sans ressources, se logea au Marais dans une petite chambre qui lui avait été offerte sous l’observatoire de Delambre, suivit les cours gratuits de l'École centrale des Quatre-Nations, y obtint le premier prix de mathématiques et, l’année suivante, en 1803, fut admis dans un très-bon rang à l’Ecole polytechnique.
« Peu de temps après, à la veille de jouir du fruit de scs peines et de son travail, il risqua de tout perdre, en refusant, avec son ami François Arago et trente-quatre autres de ses camarades, de signer les registres ouverts pour l’adhésion à l’empire. Mais ils étaient tous en tète de la liste de leur promotion, et Napoléon I er lui-même 11 e crut pas devoir sacrifier de pareils sujets d’élite.
« Mathieu devint ensuite élève de l’Ecole des ponts et chaussées, secrétaire de l’Observatoire, membre de l’Institut, membre du Bureau des longitudes, professeur d’analyse et de mécanique à l’Ecole polytechnique et enfin examinateur de sortie.
« Mathieu était beau-frère de François Arago; comme lui, il partagea sa vie entré la science et la politique. Mâcon, sa ville natale, l’élut député, sans interruption, de 1835 à d 848. Après la révolution de Février, 127,000 électeurs sur 132,000 votants, dans le département de Saône-et-Loire, l'envoyèrent à l’Assemblée constituante, où il termina sa carrière parlementaire. Les paroles et les écrits, les votes et les actes de ce savant, de cet homme de bien, furent toujours en faveur du peuple, dont il n'a jamais oublié qu’il était sorti.
« Les dernières années de sa vie ont été consacrées à la science; mais, plus que tout autre, il s’intéressait aux affaires de son pays, et, lorsqu’à plus de quatre-vingt-dix ans la vue commençait à lui faire défaut, sa fille, madame veuve Laugier, dont le dévouement a été au-dessus de tout éloge, passait les journées à lui lire les feuilles publiques, et, avant de mourir, le vieux patriote a pu apprendre, avec la plus vive satisfaction, que la République, qu’il avait toujours aimée et défendue, était enfin le gouvernement légal de la France.
« Son fils, Charles Mathieu, a pu lui fermer les yeux; lui aussi, élève de l’Ecole polytechnique, directeur de la manufacture des tabacs de Dieppe, est digne de son père, qui va reposer à côté de son beaufrère, François Arago, de sou gendre, Ernest Laugier, qui, était aussi nu des vôtres, messieurs de l’Institut, que vous avez perdu trop tôt et que vous pleurez tous encore aujourd’hui.
« Quand on se trouve en présence de tombes d’aussi grands citoyens que les Arago, les Laugier, les Mathieu, on s’incline avec respect; mais les caractères se relèvent en songeant aux exemples qu'ils nous ont donnés ; on cherche à les imiter et on devient meilleur. »