DE M. F. SIEMENS
La question des cimetières et do la crémation, a donné lieu, depuis plusieurs années, à des débats intéressants et souvent passionnés. A l’étranger, eu Angleterre, aux États-Unis, en Allemagne, les partisans de la restauration de l'ancienne coutume de a combustion des cadavres, semblent devenir de jour en jour plus nombreux. Cela est affirmé par des publications anglaises, et notamment par YEngineerinrj. Il est vrai que quelques-uns de ces documents doivent nous être suspects, car l’un des savants
d'oulre-Manchc qui traite cette intéressante question, prétend que la crémation se pratique souvent à Paris, et ouc l’on se sert à cet effet des cornues des USINES A gaz!
Si la Compagnie parisienne n'a jaina : s distillé h corps d’aucun Parisien, il n’en est pas moins vrai qu’en Allemagne, M. F. Siemens a imaginé un four à crémation, construit à Dresde, où il a été employé avec succès. Nous nous proposous de décrire la construction et le mode de fonctionnement de ce four, sur des renseignements que M.Carl Pieper, de Dresde, a fournis à Y Engineering. Mais, auparavant, nous devons rappeler brièvement quelle est la constitution chimique du corps humain et quels sont les éléments qu'il donne à la combustion.
Four à crémalion de M. F. Siemens.
Le corps humain, d’après M. 11. Fleck à qui l’on doit un remarquable travail sur sa constitution, est, en moyenne, composé des parties suivantes:
Eau 58,5
Substances combustibles .... 52,5
Matière minérale 9,0
Si l’on tient compte des composés chimiques de la matière combustible, et de la chaleurqu’ils développent par leur combustion parfaite, on arrive à reconnaître que ces composés produisent, pour un corps humain du poids moyen de 70 kilogrammes, une chaleur équivalente de 200,400 unités thermales, c’est-à-dire une quantité de chaleur capable d’élever de 1 degré Falir. un poids d’eau de 200,400 livres.
On pourrait croire qu’une telle chaleur suffise à évaporer l'eau contenue dans le corps humain, et que celui ci, une fois enflammé, devra continuer de brûler. Mais par la même raison qu’un morceau de bois contenant plus de 25 p. 100 d’eau ne peut pas brûler
S - ioik'c. — {•' semestre.
une fois enflammé, sans être soumis à la chaleur fournie par un foyer extérieur, le corps humain, de même, n’entretiendra pas sa combustion s’il ne reçoit un supplément de chaleur. 11 ne sera donc point consumé, sans le secours d’une source de calorique étrangère, après que la dessiccation complè’.e aura eu lieu. Les faits précédents résultent des expériences exécutées à Dresde; ces expériences ont démontré en outre que la substance des muscles et des autres parties du corps, étrangères à la matière graste, est incapable d’alimenter la combustion par elle-même. Les os présentent un obstacle plus grand encore à une semblable combustion.
Si un corps humain est exposé aux flammes d'un gaz ne contenant pas d'oxygène libre, comme, par exemple, les flammes intérieures d’un bûcher funéraire, ou celles du goudron, du pétrole, du gaz de i’éclairage, etc., et si cette source de chaleur est insuffisante pour élever jusqu’au point d’ignition 1a température des gaz dégagés par les chairs, celles-ci se transformeront en fumées, douées d’une forte
odeur cmpyreuniatique : la combustion sera incomplète. Si, au contraire, les gaz dégagés sont portés à une température convenable, sous l’influence de l’oxygcno de l’air, ils brûleront (en tant qu'ils soient combustibles), avec une llamme claire , aussitôt qu’ils seront en contact avec l'atmosphère. La combustion sera complète.
On peut considérer celte température d’ignition comme approchée de 750“ centésimaux. Si, après avoir obtenu cette température, l’on introduit dans la chambre de crémation de l’oxygène libre en surabondance, une combustion parfaite aura lieu, et les gaz échappés par la cheminée, ne contiendront plus que de l’acide carbonique, de la vapeur d’eau, l’azote de l’air, avec une petite proportion d’oxygène, et des quantités d’acide sulfureux et nitreux, tellement laib'es que leur odeur ne sera pas appréciable.
L’appareil de SI. F. Siemens remplit parfaitement ces conditions, nécessaires à la complète combusfiondu corps humain. Nous eu donnons la figure explicative.
Ce nouveau four comprend trois parties :
1° La chambre de combustion C;
2° Le cendrier I) ;
5° Le régénérateur R.
La chambre de combustion est amenée préalablement au degré de température exigé pour une combustion complète, au moyen de la chaleur fournie par le régénérateur.
A la partie inférieure de celui ci, deux canaux distincts, dont l'un d’eux est représenté un A, amènent l'un, du gaz combustible, l’autre de l’air atmosphérique. Le gaz brûlant au milieu de l’air, produit une llamme qui échauffe les divers étages de briques réfractaires superposées dans le régénérateur, eu passant à travers tous les passages qui s’y trouvent ménagées.
La flamme qui sort à la partie supérieure pénètre dans la chambre de combustion C par un conduit latéral, les produits sont ensuite expulsés par la cheminée Ë.
Lorsque les briques réfractaires sont assez échauffées (après un intervalle de quatre heures environ, on obtient le îouge brillant), on intercepte l’arrivée du gaz ; le fourneau est prêt pour l'opération de la crémation.
Le corps à biûler, placé dans une bière, glisse à l’aide de rouleaux représentés à la droite de notre gravure, dans la chambre de combustion G. La porte est refermée, les briques étant au degré voulu de température pour que la crémation commence, l’air arrive seul sous le générateur, s’échauffe en passant à travers les carneaux incandescents, met immédiatement cil ignition le corps et entretient si puissamment la combustion que, dans l’espace d’une heure ou de cinq quarts d'heure, toutes les parties combustibles sont consumées ; il lie reste que les cendres et les os calcinés. Ceux-ci sont retirés par une porte pratiquée dans le cendrier, dont les dimensions sont assez grandes pour déterminer une diminution lo-
cale dans le tirage, et empêcher ainsi l’entrainement des cendres dans la cheminée.
Pendant cette opération, la chaleur développée par la combustion du corps sert à maintenir la température dans la chambre de combustion.
Si la crémation s’applique à un corps de petite dimension développant moins de chaleur, celui d’un enfant, par exemple; on a la faculté de laisser entrer une certaine quantité de gaz dans la chambre, par le tube F. Cette précaution est aussi employée avec succès, lorsque la chambre n’a pas été convenablement chauffée dès le commencement.
Pour opérer la crémation d’un second corps, il suffit de recourir à l’emploi du gaz combustible au début de l’opération, afin de ramener le régénérateur et la chambre de combustion au degré primitif. La température de la chambre de combustion ne doit pas s’élever beaucoup au-dessus de 750 degrés centésimaux, sinon les cendres seraient en partie réduites en fusion.
Au lieu d’employer un gaz combustible, on peut placer une grille ordinaire sous le régénérateur et brûler du charbon de bois, ou tout autre corps combustible.
Suivant lus données de l’expérience poursuivie jusqu’ici, il semble qu’il y ait quelque différence pour le temps de la combustion des corps de différents âges et de diverses natures ; il est à présumer que la combustion est facilitée par l’abondance de la matière grasse.
La quantité de charbon nécessaire pour échauffer le régénérateur et effectuer la crémation complète d’uu seul corps est d’environ neuf quintaux dans le fourneau à gaz. Pour une seconde opération, suivant immédiatement la première, une quantité beaucoup moindre est sulfisantc. Gaston Tissandier.