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GÉOLOGIE PITTORESQUE

VALLÉE DE l’àGLY (pYIIÉlNÉES-OHIEISTAI.Es) .

l orsqu’on pénètre dans une région de montagnes complexes comme les Alpes, les Pyrénées et leur

principal contrefort septentrional, les Corbières où les roches ont été disloquées et bouleversées à diverses reprises, les coupes deviennent insuffisantes pour donner une idée de la physionomie de la contrée. Le crayon doit s’efforcer alors de traduire les formes et les accidents variés, résultats compliqués des phénomènes dynamiques que les couches ont éprouvés : c’est l’aspect physique du pays qu’il faut rendre, car il est l’expression de sa constitution géologique. L’étude d'un terrain, entreprise au point de vue pittoresque et scientifique, tout à la fois est fort instructive et remplie d’attrait. Nous en donnerons ici un exemple qui, nous l’espérons, pourra servir de guide aux touristes géologues.

L’.Agly prend sa source au pied oriental du pic

Fig. 1. — Pont <le la Fons. — Parois crétacées. (Daprés un croquis de M. L. Rogniat.

de Bugarach, point culminant des Corbières (1231 mètres), à formes anguleuses et heurtées. Sa cime nue et coupée presque carrément, sa configuration abrupte lui donnent un air majestueux et lui impriment le relief spécial qui le font reconnaître à une distance considérable. La rivière, née dans le département de l’Aude, pénètre dans les Pyrénées Orientales par une profonde fissure à parois surplombantes, entaillée dans la chaîne crétacée de Saint-Antoine de Galamus.

Elle coule d’abord du N.-O. au S.-E., reçoit la Boulsanne à droite et la Désix, tourne à l’est, prend à gauche la Maury et le Verdouble, et va se jeter à la mer entre Torrelles et le petit port de Saint-Laurent.

A peine échappée de sa source, l’Agly s’est trouvée barrée par la chaîne principale des Corbières qu’elle a sciée en deux, en avant et en amont de

Saint-Paul de Fenouillet, pour se frayer un lit. Les deux brèches verticales, d’une effrayante hauteur, 150 à 200 mètres, donnent à celte région son caractère sauvage. La brisure supérieure, au désert de Saint Antoine, est à peu près inaccessible; la cassure inférieure qui, a empêché la plaine de Saint-Paul de se transformer en lac, présente une issue au pont de la Fou ou de la Fons. C’est un défilé très-étroit, à murailles verticales (fig. 1), par lequel la rivière achève de franchir le pays de Fenouillet, pour aller, toujours encaissée, par Latour, Estagel, Casas de Pena, Espira, jusqu’à Rivesaltes, et de là, élargissant son lit, jusqu’à la mer.

C’est principalement aux environs N. et S. de Saint Paul de Fenouillet que le touriste doit se porter pour examiner le rétrécissement de la vallée de l’Agly en défilés étroits, en fentes resserrées entre des escarpements crétacés taillés à pic. La gorge,

la crevasse où la rivière roule ses eaux devient, sur certains points, si étroite qu’elle est complètement inaccessible : des roches calcaires verticales ou surplombantes, nues et corrodées par les eaux, forment les parois intérieures de ses murailles élevées.

La vallée de l’Agly est formée par deux rides montagneuses ou petites chaînes calcaires trèsabruptes, qui courent à peu près parallèlement de l’est à l’ouest. L’étroite échancrure qu’elles laissent entre elles, et au fond de laquelle coule la rivière, présente des parois calcaires diversement inclinées, des pentes roides, des talus rapides, des murailles surplombantes ou verticales. Ici on ne remarque point les pentes douces de certaines vallées, qui s’abaissent pour ainsi dire insensiblement, depuis la

ligne de faîte jusqu’à la dépression où passe le cours d’eau, comme pour y aller doucement baigner leurs pieds rocheux. Dans la vallée de l’Agly tout est abrupt, tout est fièrement accentué. Les lignes des rochers calcaires se profileut d’une manière fière et sauvage; leurs arêtes coupées carrément déterminent des montagnes escarpées dont les flancs sont presque inaccessibles, ou offrent des défilés étroits que l’art a même de la peine à entailler pour y frayer un passage à l’homme.

Chaque fragment de chaînon est constitué luimême par une série de petits mamelons déchiquetés et fracturés; ces divers membres d’un ensemble montagneux, réunis en un tout, présentent une structure particulière qui donne à cette région des

Fig 2. — Ermitage de Casa-de-Pena. — Calcaires néocomiens. (D’après un croquis da M. L. Rogniat.)

Corbièrcs une physionomie spéciale; elle frappe l’observateur qui y pénètre pour la première fois. En remontant, la vallée de l’Agly commence à se rétrécir à partir de Rivesaltes et d'Espira, à disposer ses pentes sur ses parois intérieures, à montrer des talus inclinés. Déjà aux environs de Peyrestortes, de Baixas, de Calce, le relief du pays s’accentue en prenant des formes orographiques fièrement dessinées. Vers Casas-de-Pena, la rivière s’encaisse encore davantage entre des rides rocheuses crétacées, qui semblent vouloir étreindre l’Agly entre leurs plis. A partir de là, les crêtes prennent des formes de plus en plus tourmentées et déchirées; les escarpements abrupts qui se dessinent si fièrement le long de la vallée en gorges profondes, en passages impénétrables, commencent à se montrer. Les altitudes croissent rapidement et quelquefois brusquement. Rivesaltes est à 13 mètres d’altitude.

Peyrestortes, distant de 3 à 4 kilomètres, est déjà à 38 mètres ; Calce, à une faible distance de la cote 38, se trouve à 140 mètres. Tandis que les hauteurs de l’ermitage de Pena (fig. 2) portent la cote 1 73 mètres, Vingrau est à 227, la tour de Tautaval posée à 498 mètres, la cote 1 015 mètres est à l’est de Saint- Antoine, et enfin 1231 mètres sur le pic de Bugarach, point culminant de la vallée.

Il résulte de ces cotes qu’en négligeant les sinuosités de son cours, l’Agly, sur une longueur de 50 kilomètres, a une pente moyenne de 1000 mètres, ce qui donne deux centimètres par mètre de pente à la vallée, dont la largeur dans la partie centrale est en moyenne de 10 à 15 kilomètres.

Le vallon de Caudiès, partie supérieure de la vallée de l’Agly, est compris entre deux murailles rocheuses presque verticales ; il offre un paysage plus grandiose, à profils plus harmonieux que les autres

parties méridionales des Corbières. On pressent, aux tons chauds de lumière, à la fraîcheur de la végétation, à l’élégante symétrie des lignes de perspective et à l'élévation des montagnes, l’approche des vallons frais et verdoyants de la chaîne majestueuse des Pyrénées. Les vallées de Maury et de Saint-Paul présentent un paysage plus sévère, mais où se marient encore admirablement les tons de lumière chatoyant sur ses crêtes rocheuses, les éclairant de teintes lumineuses qui- se dégradent en payant d’un plan à un autre. Mais ce qui frappe surtout l’observateur, c'est le contraste entre la plaine et la portion élevée. Les deux petites chaînes, au nord et au sud, séparées par toute la largeur de la vallée, sont identiques par leur composition, leur structure, leur âge et leur relief.

La vallée supérieure de l’Agly, vue en grand, prend la configuration d’un vase ou d’une coupe polygonale dont la longueur est plus que double de la largeur, et la profondeur d’environ la cinquantième partie de la longueur, puisque les altitudes maximum de ses parois dépassent 1000 mètres. Les bords supérieurs de cette vaste coupe présentent une suite de dentelures inégales, comme d’immenses ciscfures qui en accidentent étrangement le pourtour.

La vallée de l’Agly est une région privilégiée et digue de toute l’attention du géologue. En effet là, sur une superficie relativement circonscrite, se trouvent des représentants de toute la série sédimentaire. A partir du sol primordial qui se développe au sud, on y rencontre les roches stratifiées de toutes les époques, depuis les dépôts paléozoïques, basiques et crétacés des Hautes Corbières, jusqu’aux terrains quaternaires et les terrains tertiaires les plus récents de la partie inférieure de la vallée.

Les roches crétacées dominent dans la vallée ; ce sont des calcaires compactes néocomiens, des calcaires gris, veinés de blanc à caprotines, des calcaires noirs, des calcaires marneux plus tendres et quelquefois feuilletés, des brèches calcaires donnant des marbres (Eslagel), des calcaires noirs schisteux aptiens et albiens, des marnes, des grès de diverses nuances, noirs, gris, rougeâtres et ferrugineux, néocomiens et aptiens. Les diverses assises calcaires sôul fossilifères ; elles renferment des orbitolites, des ostrucées ( Exogijra sinuata, Sow.), qui atteignent de grandes dimensions.

Le granité affleure, au tournant du pont de la Fous sur le chemin de I.esqucrde ; les buttes de ce granité métallifère, dirigées E.-O., renferment du minerai de fer et sont coupées par des filons de quartz et de granité h petits grains : des gypses de thermalité sont déposés dans ses cavités.

Aux environs de Saint-Paul de Fenouillet se trouve le Néocomien, qui forme les deux barrières nord et sud du vallon ; dans leur intérieur affleurent V Aptien et le Gault, tandis qu’au delà de la barrière septentrionale apparaissent les dépôts crétacés plu6 récents. . i- ' .

Au nord de Saint-Paul tout est normal; mais au sud il y a un renversement de couches : le Gauit semble passer sous le Néocomien.

A. F. Noguës.

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