‹ La Nature 1875 S1Chapitre 140 sur 224 · TRANSPLANTATION DU POISSON · texte numérisé non relu

TRANSPLANTATION DU POISSON

Nous ne trouvons vraiment pas d’autres mots pour exprimer maintenant l’opération qu’ont inventée les Américains du Nord, et qu’ils pratiquent en grand depuis quelques années. Dans combien de temps serons-nous assez civilisés pour faire comme eux? Notre pays en a encore bien plus grand besoin que le leur, et nous demeurons inattentifs et inactifs. Au lieu de cela, c'est déjà un dicton là-bas 1 : « Quand une eau est bonne pour le Bar-Noir, il ne faut pas plus la lais-er inoccupée qu’une terre fertile sans labour, il est difficile de dire laquelle rapporte le plus. »

Il ne leur suffit plus, à ces Américains à la vapeur, de faire du poisson par la fécondation artificielle; ils trouvent plus expéditif de transplanter partout celui tout fait qu'ils peuvent rassembler ou qu’ils trouvent tout assemblé. C’est un peu ce que nous avons essayé pour le repeuplement de quelques étangs par l’anguille.

En France, au printemps, les riverains de l'embouchure de nos rivières, dans la mer , observent tous les ans la montée, c’est-à-dire la réunion au bord de fleuves , de millions d’anguilles longues comme la moitié du doigt et de la grosseurd’une petite paille. Ces anguilles naissantes sont blanches et transparentes; on les prend avec des paniers, des mouchoirs, tout ce qu’on veut tremper dans l'eau, et l’on fait cuire cette chair de poisson, qui ressemble alors à do gros vermicelle et en a la couleur.

Or, l’expérience a été faite et est facile à renouveler. Il suffit d'emporter cette montée, emballée dans des herbes et des linges humides pour la conserver vivante jusqu’aux étangs et marécages de l’intérieur du pays. On la verse dans ses eaux , elle y grandit , et , en quelques années , y fournit un magnifique peuplement d’anguilles adultes. Pourquoi ne faisons-nous pas , tous autant que nous sommes, cette opération si simple, partout où nous avons de l’eau et sur tous les points de la France? La montée ne coûte que la peine de la prendre ! elle ne pèse pas grand'chose, et d’ailleurs , rapporte au centuple du centuple !

Aux Etats-Unis, ils savent maintenant ce que cela rapporte, et ils y vont de bon cœur... A l’époque où les glaces interrompent la navigation dans l’état de New-York, ils ont remarqué que l’eau pouvait être amenée des canaux dans les environs de Itochester et qu’alors de grandes quantités de poissons venaient

* «Watcrs suilablo la tlic Blaekbass sliould not be luft unslotked an y more tand land wliicli is in pcrlcct condition for cropping : it is a. inallcr ol doubt wliich vrill yicld the tjelter rctnrn ...

s’accumuler dans les grands bassins auprès de la ville. Longtemps ces poissons furent la proie du premier pêcheur venu qui voulait les prendre au filet et les porter au marché. Mais , depuis quelques années, les commissaires du canal, s'apercevant que ces poissons étaient composés, pour, l’immense majorité, de jeunes individus, pensèrent qu’il y avait mieux à faire, et donnèrent aux Commissaires de l’État, droit de pêche exclusif.

Il en résulta qu’au moyen de filets traînés sous la glace, on réunit tous ces poissons , que l’on enferma dans de vastes réservoirs en bois maintenus sous la glace; puis, des circulaires furent distribuées, indiquant quelles espèces de poissons on tenait, et à quelles eaux ils convenaient. Le poisson étant délivré gratis, on invita tous les habitants à se rendre à Roehesler apportant qui des barils, qui jusqu’à des boites au lait, pour transporter la quantité de poissons qu’on jugerait utile, dans les eaux de son voisinage immédiat. Chacun demanda l’espèce qu’il supposait bonne pour son étang, son lac ou sa rivière, et y porta religieusement son butin.

Voici lomode plus ordinairement employé, en Amérique, pour repeupler un étang, un marais, une rivière : Un certain nombre de personnes du voisinage se réunissent pour défrayer l’une d’elles, qui porte à Rochester les récipients nécessaires, et rapporte les alevins de semence appropriés aux eaux à repeupler. Chaque voyage représente une dépense d'à peu près 20 francs de notre monnaie. Dans notre pays, cela ne coûterait pas davantage ! On va chercher, à Rochester , les poissons jusqu’au mois de mai s, c’est-à-dire tant que la glace est en.orc assez forte pour porter les hommes qui font le service et vont chercher sous cette glace les alevins dans les grands réservoirs en bois qui les contiennent.

Quelques mots maintenant sur les résultats obtenus en employant les Bars-Noirs, poissons très-voisins de notre per che-gouj ornière, mais plus gros, ainsi qu’on va le voir. En France, nous employerious d’autres espèces, mais qui produiraient le même résultat. Sans compter la perche, nous pourrions rassembler, en quantités immenses , les gardons blancs et rouges, les carpes, les tanches , les chevesnes, etc... Provisoirement, on ferait de cela des transplantations magnifiques, et les transplantations y gagneraient de beaux et bons poissons à leur portée.

Dans un petit lac du comté de Westchcster , on plaça vingt-quatre bars-noirs et le lac ne reçut plus rien pendant quatre ans. Au bout de ce temps, on prit, en une seule saison, à la ligne, une tonne de beaux bars ; ce qui ne diminua en rien la récolte de l’été suivant. Chaque année, maintenant, on en prend autant, ce qui produit et une pê.he agréable, et une nourriture excellente.

Le bar fraie en mai: la femelle garde le nid de ponte et le défend contre les intrus. L’incubation, selon la température des eauxj demandq de trois à six jours, après lesquels la femelle commence à éle-

ver les jeunes et à tenir à distance les autres poissons qui voudraient les dévorer.

Au bout de douze mois, ces petits poissons pèsent un quart de livre, soit 123 grammes; au bout de deux ans, ils dépassent 500 grammes. Au troisième printemps, ils pondent à leur tour, et l’on peut pêcher tous ceux que l’on veut , non seulement à l’hameçon, mais au filet, sans dépeupler l’étang ou la rivière. Dans de (elles conditions , l’eau restera un réservoir inépuisable de parfaite nourriture.

En 1872, 70,000 personnes sont venues chercher du petit poisson à Rochester ! Quel magnifique résultat! H. DE LA BlANCHÈRE.

LES TRAVAUX PUBLICS EN HOLLANDE

(Suite et fin. — Voy. p. 50 et 123 )

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