MATHIEU
colline. Ce fait est surtout rendu manifeste par le passage du ballon à 600 mètres au-dessus d’un monticule situé dans la Touraine, et dominant de 268 mètres le niveau de la mer. Le tracé graphique de l’ascension met en évidence la ligne courbe suivie par un courant aérien, pendant un long parcours ; le ballon s’est, en effet, fréquemment éloigné d’une direction en ligne directe; ce tracé montre enfin les variations très-appréciables de vitesse du vent, qui fait environ cinq mètres à la seconde pendant la nuit, dix mètres au lever du jour, et qui diminue de vitesse dans les hautes régions, contrairement à ce qui a lieu le plus habituellement. La vitesse du courant N.-N.Æ. dans les landes de la Gironde ne dépassait pas la vitesse de trois mètres à la seconde, tandis que le vent inférieur dont la vitesse s’est accrue jusqu’au moment de l’atterrissage, était d’abord de sept mètres à la seconde, pour atteindre ensuite près de douze mètres. (Les chiffres de l’échelle des hauteurs indiquent, sur le diagramme, les mètres; ceux qui se voient sur la ligne horizontale de terre donnent les kilomètres.)
Nous nu nous engagerons pas plus longuement dans le résumé de ces observations multiples; il faudrait entrer dans des détails trop minutieux pour parler des effets de nuages, des déformations du soleil et de la lune par la réfraction, phénomènes dont M. Albert Tissandier a retracé la succession par le dessin, indispensable complément des études météorologiques. Mais nous devons ajouter quelques mots sur les observations spectroscopiques de Jf. Crocé-Spinelli. Quand le soleil et la lune ont été au-dessous do l’horizon, les spectroscopes ont montré des bandes de la vapeur d’eau extrêmement accusées. Aussitôt que ces deux astres se sont élevés de quelques degrés seulement sur l’horizon, les bandes iont devenues infiniment plus faibles et ont fini même par être très-peu visibles, ce qui démontrait que la quantité de vapeur d’eau dans les régions supérieures de l’air était très-faible. Une telle sécheresse est un fait qui mérite d’être signalé. Le psychromètre, avant que l’eau qu’il contenait ne fût gelée, l’hygromètre de Régnault ont, comme nous l’avons vu précédemment , vérifié ces observations.
Nous aurions encore à parler des sondes aériennes imaginées par M. Sivcl, d’un appareil destiné à mesurer l’ombre du ballon que nous avons vu se dessiner sur le sol, sur les rivières, d’uu remarquable thermomètre enregistreur de M. Negretti, destiné à prendre des températures à quelques centaines de mètres au-dessous de la nacelle, d’un nouvel anémomètre de MM. Crocé-Spinelli et Redier ; nous nous réservons de décrire plus tard quelques-uns de ces appareils.
Nous terminons ici le résumé d’une ascension où, pendant 22 heures 40 minutes, il n’a jamais manqué ni d’expériences à exécuter, ni d’observations à entreprendre ; car dans l’atmosphère, si peu connu, tout est à considérer, tout est à apprendre.
Nous espérons que la Société française de navigation aérienne ne s’eu tiendra pas à ces premières tentatives; elle sauva prouver dans l’avenir qu'elle était digue de prendre pour devise cette belle parole :
« Toujours plus loin et toujours plus haut ! »
Gasion Tissandier.