SUR LE PHYLLOXERA DE LA VIGNE
L’histoire du Phylloxéra de la vigne a été présentée aux lecteurs de la Nature dans les premiers numéros do cette publication 1 . On savait alors que cet insecte,
1 Voy. Table des matières de la première et de la seconde année.
appartenant à un type intermédiaire entre les vrais pucerons et les cochenilles, se reproduisait toujours par dns œufs, les mâles encore inconnus, au moyen de femelles. La plupart de celles-ci, toujours privées d’ailes, restent fixées aux racines de la vigne parleur trompe ou suçoir ; d’autres, naissant en été, pourvues de quatre ailes transparentes, à fortes nervures, transportent au loin la funeste engeance, et sont destinées à empêcher la destruction de l’espèce, qui aurait tendance à se produire trop aisément avec des sujets de locomotion lente, alors que les vignes atteintes seraient épuisées.
On ne savait pas, toutrécemment encore, comment se faisait le passage des sujets ailés à la forme aptère la plus fréquente. Ce dernier point, avec quelques lacunes que comblera l’avenir, a été éclairci par les découvertes de M. Lialbiani. Les observations de ce savant embryogéniste sur l’espèce de Phylloxéra la plus anciennement connue, celui du chêne ordinaire de nos bois (P. quercûs , Boyer de Fonsc.), avaient préparé les résultats trouvés depuis, avec bien plus de difficultés expérimentales, pour l’espèce de la vigne. Une grande complication, un véritable polymorphisme, est l’apanage des Phylloxériens.
Le Phylloxéra aptère, qui couvre de ses légions affamées les racines de la vigne, qui commence à se nourrir au moyen de l’amidon accumulé dans les rendements que sa piqûre fait naître à l’extrémité des radicelles, donne naissance , comme on l’a vu chez certains individus, à des nymphes pourvues de quatre moignons alaires noirâtres sur les côtés du corps ; elles se tiennent volontiers sur les renflements, et deviennent les femelles ailées sortant de terre dont M. Balbiani a suivi les voyages. Pourvues d’une trompe comme les aptères, ces femelles suçcnt les feuilles et les bourgeons de vignes, et pondent en août et en septembre, dans les duvets des jeunes feuilles et des bourgeons, de deux à quatre œufs. Ceux-ci sont plus gros que les œufs des aptères des racines, et plutôt ovales qu’ellipsoïdes. ils sont de deux grandeurs, les uns de 0 ma *,40 de long sur Omm , 20 de large, les autres de 0 mm , 26 sur () mm , 13. Ces œufs sont d’un blanc jaunâtre au moment de la ponte, plus translucides que ceux des aptères, ne deviennent pas avec le temps aussi foncés que ceuxci, mais seulement d’un jaune plus intense, surtout les gros œufs, les petits restant plus clairs. Les premiers donneront naissance à des femelles d’une nouvelle espèce, les autres aux mâles. Ces insectes sexués ou dioïques, tous deux aptères (un lapsus calami m’a fait écrire à tort ailés, dans l’opuscule sur le Phylloxéra qui sera cité plus loin), ne vivent que peu de jours, et sont uniquement destinés à la reproduction. En effet, ils ne possèdent pas de tube digestif, et le suçoir est avorté, réduit à un mamelon court et aplati. 11 y a un assez grand nombre d’insectes où les sexués ont les pièces de la bouche rudimentaires, ce qui les rend incapables de se nourrir, comme si la nature avait voulu qu’aucun autre appétit ne put faire concurrence à l’appétit sexuel ;
nous citerons seulement les papillons des vers à soie. Un de ces sujets dioïques, une femelle probablement, avait été vue par M. M. Cornu. M. Balbiani a constaté les caractères des deux sexes dans les embryons encore inclus dans l’œuf. 11 est très-probable, par analogie avec l’espèce du chêne, que l’accouplement des sujets de cette troisième forme produit un œuf d’hiver, donnant au printemps la mère aptère et vierge, source des générations ordinaires radieicoles.
Enfin, pour achever l'analogie complète des deux espèces de Phylloxéra et trcs-probablement de toutes, M. Balbiani a trouvé à la lin de la saison, en octobre, des sexués aptères sur les racines de certaines vignes, tout à fait pareils par la forme et l'atrophie de la bouche à ceux qui naissent des œufs pondus par les femelles ailées. Les femelles hypogées sans suçoir ne pondent aussi qu’un seul œuf, après accouplement. 11 y a donc des sexués destines à renouveler la fécondité de la colonie phylloxérienne sur place, comme il en est d’autres qui servent à engendrer au loin des colonies nouvelles, gagnant les racines des vignes probablement en descendant le long des ceps. 11 nous est malheureusement expliqué maintenant pourquoi les légions des aptères peuvent se maintenir en place pendant des années sur les vignes robustes, puisque ia fécondité est renouvelée à la façon normale à chaque arrière saison. On voit combien sont chimériques les espérances de ceux qui comptent voir la reproduction du Phylloxéra de la vigne s’épuiser d’ellemême.
L’apparition chaque annéede la génération sexuelle sert à perpétuer le redoutable insecte, soit sur place, par des sujets tous aptères, soit à assez grande distance par le funeste intermédiaire de ces femelles ailées, voiliers robustes qui transportent au loin le fléau, et rendent impuissante la destruction de l’espèce par des tranchées pleines de liquides corrosifs ou de matières enflammées.
Peut-être une voie nouvelle pourra-t-elle s’offrir pour cette destruction tant désirée, si l’expérience confirme une communication entomologique trèsimportante énoncée à la seconde séance du Congrès viticole de Montpellier.
Elle a été faite par M. Terrel des Chênes, rédacteur en chef du Moniteur vinicole. M. Rosier, professeur à l’Institut œuochimique de Klosterneuburg, près de Vienne (Autriche) avait reconnu, à la lin d’août dernier, la présence d’un très-grand nombre de nymphes de Phylloxéra sous les écorces des pieds de vignes, à 4 ou 5 centimètres au-dessus de la surface du sol, à une époque qui chez nous correspondrait à la fin de juillet, en comparant les moments de maturité du raisin en Autriche et en France.
De son côté M. Terrel des Chênes a trouve, le 13 octobre dernier, à Villié-Morgon, dans le Beaujolais, de grandes quantités de jeunes Phylloxéra logés sous l’écorce tendre qui recouvre le bois, à 20 centimètres au-dessus de la surface du sol. Il y a de plus observé que les groupes de Phylloxéra, qui occupaient les stations les plus hautes, étaient composés
de jeunes insectes très-petits, que ceux qui se trouvaient formés rl’inseetes placés plus bas étaient des adultes, parmi lesquels des femelles pondeuses en petit nombre, et enfin la partie souterraine des pieds était couverte de femelles occupées à pondre. Un viticulteur du Bordelais, présent au Congrès, a déclaré avoir fait une observation analogue dans la Gironde.
M. Terrel des Chênes conclut, en combinant ces laits: l°à un mouvement d’émigration ascendante en août, d’insectes s’élevant des profondeurs du sol, à mesure que celui-ci s’échauffe, et montant à la surface , toujours en cheminant sous les écorces où ils
trouvent leur nourriture, afin d’accomplir l'acte de la génération; 2° La reproduction de l’espèce étant effectuée, à un mouvement d’émigration descendante des Phylloxéra vers leurs retraites souterraines de l’Inver, à la fin de septembre ou au commencement d’octobre, suivant l’état de l’atmosphère ou la température plus ou moins froide. Il résulte de cette observation que les Phylloxéra vivraient hors de terre pendant une période de sept à huit semaines à l’étal de nymphes, de femelles ailées, et aussi d’oeufs et de femelles aptères fécondes pour un nombre inconnu de générations. M. Terrel des Chênes a fait remarquer que la présence des insectes sous les écorces de
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la partie supérieure des pieds de vigne met l’ennemi bien mieux à notre portée, et permet de l’attaquer par des moyens nouveaux, connue l’ébouillantage de Ilaclet, contre la pyrale, legoudronnagedes ceps, etc. Nous comprenons tous combien il importe l’été prochain de vérifier si M. Terrel des Chênes a découvert un phénomène général de l’évolution, encore mal connue, du Phylloxéra , ou s’il n’a observé qu’un fait accidentel et peu fréquent, par suite sans importance.
Que devient, en présence de toutes ces complications biologiques, la question bien plus urgente, la seule qui intéresse le public, la destruction efficace du Phylloxéra ? ün peut dire que la solution du problème est commencée. M. Dumas a proclamé le véritable principe qui conduira au résultat. Il faut em-
poisonner la terre autour du Phylloxéra, et par suite l’insecte, faire de celle-ci un piège continuel pour les nouveaux venus. Les poisons solides ne sauraient convenir, car on ne pourra jamais en entourer toutes les racines, et le corps de l’animal, revêtu d’un enduit hydrofuge, n’est pas mouillé par les liquides. Il ne reste donc que les gaz toxiques. Il faut que ceux-ci soient incessamment et peu à peu renouvelés, c’est-à-dire que l’action de l’eau et de l’acide carbonique des terres arables les fassent dégager des matières introduites dans le sol. Celles-ci seront donc des sulfures alcalins, et mieux encore le sulfo-carbonate de potassium, proposé par l’illustre secrétaire de l’Académie des sciences, laissant échapper, par sa décomposition lente, le sulfure de carbone et l’acide sullliydrique. En même temps la potasse agit comme
engrais excellent pour refaire la vigne épuisée. 11 est effets, mais à condition de contenir et les gaz déléclair (pie divers mélanges peuvent produire de bous tores et les engrais réparateurs. Les expériences faites
Racine et radicelles couvertes de phylloxéra vastatrix (le mal très-atancé).
Kenfkmeiifs grossie portant
des phylloxéra.
Refiftemenls des radicelles causés par le phylloxéra {début du mai).
à Cognac par M . Mouillefert, sous la liante inspiration de M. Dumas, ont été très-satisfaisantes. M. M. Cornu a exposé, au Congrès de Montpellier , les excellents effets du sulfocarbonate de potassium ; malheureusement, c’est à peine s’il a pu se faire entendre par un auditoire impressionnable , et mal disposé pour tout ce qui a été expérimenté ailleurs qu’à Montpellier. On peut recommander, pour faire pénétrer dans le sol les liquides inseç-
îüBULAMtr
nées dans le tube central de la tarière. Il est très-utile de taire les opérations de destruclion par un temps de pluie, car l’eau est un précieux agent de diffusion ; il faut en transporter le moins possible, en rai son delà dépense. L’année 1875 devra être consacrée aux essais sur une grande échelle , avec divers terrains, sur coteaux et en plaine , seul moyen d’établir le chiffre exact des frais*.
Le mal continue , implacable mais assez lent. Un vignoble n’est
ticides, les tarières tu- Bidon avec jauge pour tous les insecbulaires de M. Vicat, ticieles liquides (appareil Vical).
et son bidon surmonté
d’un mesureur qu’il nomme métro-insecticide, et I qui est fort commode pour verser des doses détermi- |
T.iricre Vient.
pas perdu tout de suite,
1 On trouvera plus do détails dans le petit ouvraeo populaire, publié à la librairie Hachette : le Phylloxei'a de la vigne , etc., par M. Maurice Girard — Paris, 1874. — Les ligures de cet article sont empruntées à ce livre.
et il peut résister avec les engrais si les insecticides n’y laissent qu’une faible proportion de Phylloxéra. Certains journaux ont publié des cartes trop alarmantes. La progression du mal nous laisse heureusement des années de répit. On s’en fera une idée assez nette si l’on compare, d’après les excellentes cartesde M. Duclaux, les invasions dans le foyer méridional, en 1 809 et en 1 875. Le mal, pendant la première de ces années, s’étend au nord jusqu’aux environs de Montélimar, arrive à l’ouest près de Nîmes et atteint Carpentras. En 1873 il dépasse Valence et Montpellier, et louche presque Draguignan dans les trois directions indiquées. Une marche analogue, plutôt moins rapide, s’est produite dans le S.-O., par le foyer bordelais. Maurice Girard.
CHRONIQUE
I.es organismes rudimentaire» des fonds do l'Océan. — M. Wyville Thomson, le célèbie savant du Challenger, a fait lire récemment devant la Société | royale de Londres un rapport résumant le résultat obtenu par les sondages exécutés pendant toute la durée de la campagne d’exploration. Depuis l’archipel des Açores jusqu'à Sombreso, station des Antilles, située par 18'38'lat. boréale et 41" 28' 1 1 long, occidentale, on a constaté 81) milles de dépôts volcaniques et de sables, 1,900 milles d’argile rougeâtre et 720 milles de ooze, sorte de dépôt marin spécial formé eu grands partie par les débris d’uu nombre prodigieux de coquilles de globigérinées. Ces débris sont formés d’uuc façon incontestable par la superposition de toutes les petites coquilles des myriades de globigérinées qui vivent, soit à la surface, soit dans les eaux intermédiaires. Ces débris descendent très-lentement en vertudeleurfaiblepesanteurspécifique ; ils soulsi abondants qu’ils recouvrent en quelque sorte complètement tous les I autres vestiges animaux, quelque nombreux qu’ils puissent être. Mais Ton se tromperait étrangement si l’on supposait que tous ees globigérinées habitaient dans la verticale du lieu où se trouve leur carapace. En effet, les zones de leurs accumulations ne sont que les fonds privilégiés où les courants apportent ces innombrables détritus. Si l’ordre des courants que les dépouilles ont successivement à traverser était changé, les lieux où les débris seraient charriés, cesseraient d’être les mêmes. Ces restes de carapaces sont donc transportés dans l’Océan comme les poussières atmosphériques au sein de l’air. Mais au lieu d’être réparties à peu près également, à cause de l’incertitude des courants aériens, elles sont concentrées dans certaines zones par suite de la régularité relativement très-grande des courants sous-marins. On doit remarquer que les petites sphères qui composent la partie élémentaire des globigérinées ont des dimensions variables que Ton peut facilement reconnaître en employant le microscope. Dans les régions tropicales les dimensions des globigérinées sont relativement considérables. Elles diminuent notablement à mesure que Ton s’approche des régions polaires, soit australes soit boréales.
Les globigérinées ont été trouvés par le Challenger sous toutes les latitudes et analysés micrographiquement avec le soin le plus minutieux. Lorsque l’animal est vivant la coquille est parfaitement transparente. Chacun des pores, ou petites ouvertures qui permet à l’eau de s’y introduire
est environné d’une soite de crête. Les crêtes voisines se réunissent de manière à donner naissance à un réseau hexagonal. A chaque angle de cet hexagone, surgissent des pseudopodes, dont la longueur atteint quelquefois quatre ou cinq diamètres de la sphérule. Mais ces pseudopodes ne se bornent pas à s’élancer dans tous les sens. Us se croisent dans l’intérieur de la chambre et semblent partir d’une sorte de point d’émanation. Cependant, à part quelques globules de matière albumineuse, qui paraissent irrégulièrement distribués dans la masse dusarcode ni M. Wyville Thomson, ni ses coopérateurs ne sont parvenus à découvrir la moindre trace d’organisation.
I.es ballons «lu siëq;e de Paris. — M. le ministre de la guerre a récemment fait réparer tous les aérostats du siège de Paris, tous ceux du moins qui n’ont pas été trop endommagés par les péripéties de voyages souvent accidentés. Ces ballons sont aujourd’hui en état de reprendre l’air; les trous qui s’ouvraient à leur surface, sont recousus, les mailles déchirées de leurs filets, sont reliées par des cordelettes. Chaque ballon est plié dans sa nacelle avec son filet, son ancre, ses guides-ropes et tout son matériel. Les nacelles portant les noms de l’aérostat auquel elles appartiennent sont régulièrement alignées dans une des grandes salles de l’hôtel des Invalides. Les ballons du siège ont passé de l’administration des postes, au département de la guerre, et se trouvent sous la dépendance des services eue dirigent M. le colonel Laussedat.
Ilnaraisscment des -volailles. — On voit faire chaque jour, ou Jardin d’acclimatation de Marseille, l'expérience d’un procédé qui convertit en dix-huit jours un poulet maigre en une superbe volaille grasse à chair fine et délicate: c'est un problème dont peu d’engraisseurs avaient trouvé la solution jusqu’ici. Le procédé très-curieux, est dû à M. Odile Martin. Les poulets sont rangés symétriquement autour de six épineltes, et attendent impatiemment leur tour, car le repas vient de commencer. L'opérateur les saisit alternativement par le cou, leur enfonce une lancette dans le gosier, presse du pied une pédale, et un jet de bouillie liquide, composée de farine pure et de lait, inonde l’estomac du volatil, un cadran placé au-dessus de la tête de l’opérateur lui indique la quantité de centilitres ingérée. Oies, poulets et canards son enchantés de ce régime.
BIBLIOGRAPHIE
Les merveilles de l'industrie, par M. Louis Figuier, 1 vol.
grand in-8* illustré. — Paris, Furne, Jouvet et C*.
Le second volume de ce nouvel et important ouvrage de M. Figuier, comprend la description complète de l’industrie du sucre, de la fabrication du papier, des papiers peints, de la préparation des cuirs et des peaux, de l’industrie du caoutchouc et de la gutta.percha, de l’art de la teinture. Le simple énoncé des chnpilres indique l’intérêt de ce livre auquel de magnifiques illustrations, répandues avec profusion dans le texte, donnent un attrait digne des plus grands éloges.
L'amour maternel chez les animaux, par Ernest Mehault,
1 vol. in-18 illustré de la Bibliothèque des merveilles.
llachette et C 1 , Paris, 1874.
L’amour maternel est un des sentiments les plus énergiques dont la nature ait doté les animaux, pour assurer la
conservation des espèces dans le grand conflit des êtres vivants. Que deviendrait le faible nouveau -né, si sa mère, pleine de, sollicitude, ne prenait pas sa défense dans la lutte pour l’existence ? Avec quels soins touchants ne voit-on pas la mère veiller sur ses petits, depuis l'insecte jusqu’à l'oiseau, jusqu’au mammifère? C’est ce touchant tableau de l’amour maternel que M. Menault a eu l’heureuse idée de nous dépeindre avec verve et avec esprit.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 11 décembre 187-4. — Présidence de M. Fkémy.
Le passage de Vénus. — II. Dumas donne lecture de la dépêche adressée par M. Janssen, à la date du 9 décembre, que tous les journaux ont reproduite, et que, par conséquent, nos lecteurs connaissent ; il en annonce une seconde, datée du lendemain, qui confirme la première, en ajoutant un fait important : Vénus, en effet, a été observée sur la couronne avant le contact, dans des conditions qui démontrent, sans autre preuve, l’existence réelle de
I atmosphère coronale du soleil.
Le commandant de l’expédition de Pékin, M. Fleuriais, a adressé deux lettres, le 10 et le 18 octobre, dans lesquelles il décrit l'installation do son observatoire.il insiste surtout sur le parfait état de conservation des miroirs argentés par le procédé Foucault, et sur l’emploi desquels il fondait les plus grandes espérances.
De son côté, M. le commandant Mouchez, chef, comme on sait, de l’expédition de l’ile Saint-Paul, a pu faire parvenir de ses nouvelles. Le bâtiment qui l’a transporté, et qui devait rester autour de l'ilot, à la disposition des observateurs, s’est vu dans l’impossibilité de tenir la mer à cause du gros temps. Après avoir cassé trois ancres eu trois jours, et n’en possédant plus qu'une il dût renoncer à lutter plus longtemps. C'est alors qu’il emporta la lettre que M. Dumas lit aujourd’hui. Le débarquement des quatre cents caisses renfermant les vivres et le matériel de l’expédition, ne s’opéra pas sans d’extrêmes dilficullés.Uu dut renoncer à gravir, comme on se l’était proposé, la crête du cialère, et se contenter d’un emplacement à mi-hauteur, offrant d’ailleurs une disposition acceptable. Letemps devenait bon, et cependant il ne faut pas se dissimuler que l’ile Saint-Paul est de tous les postes d’observation celui qui présente les plus mauvaises chances. M. Mouchez le savait bien à son départ, et il était pleinement autorisé à changer sa destination s’il le jugeait opportun. Aussi, à Bourbon fut-il tenté d'arrêter là son voyage et de s’y préparer aux observations. Mais il préféra endéfinitive remplir le programme jusqu’au bout. Le même bâtiment qui l’a transporté, est reparti immédiatement pour le reprendre.
II doit être, dès maintenant, arrivé à l’ilo Saint-Paul.
C’est encore à l’occasion du passage do Vénus, que
M. Cornu expose le résultat de ses expériences instituées dans le but de déterminer la vitesse de la lumière. C’est le procédé de la roue dentée, qui a été adopté après avoir subi de notables perfectionnements. La lunette d’émission est installée sur la terrasse de l’Observatoire. La lumière fournie par une lampe de Drummond, ou par le soleil, établie à 23 kilomètres de distance, au sommet de la tour de Montlhéry, va se réfléchir sur un miroir et revient à son point de départ. 8ur le trajet du faisceau lumineux, et à l’Observatoire même, est placée une roue dentée qui alternativement, quand elle tourne, l’arrête ou le laisse passer. Des appareils chronographiqucs, extrêmement précis, et
[ construits par M. Bréguet, permettent d’évaluer au mil- I lièine de seconde la vitesse imprimée à la roue. Le résul- 1 tat a été que la lumière parcourt dans l’air, 300,330 kilomètres par seconde, et dans le vide 300,400. Ceci posé, il en résulte, pour la valeur de la parallaxe solaire, le nombre 8"878.
Monographie du phylloxéra. — Si l’on en croit M. Rissley, entomologiste américain, dont l’autorité scientifique est universellement reconnue, le genre phylloxéra comprend quatorze espèces au moins, qui toutes sont essentiellement américaines. Non-se.ulement le phylloxéra de la vigne nous est arrivé avec les ceps américains, mais le phylloxéra du chcne lui-même, à une époque très-antérieure. a été importé chez nous avec les chênes des Etats- Unis. On sent l’importance pratique de ces faits.
Fondions de la rate. — Deux physiologistes, dans un mémoire présenté par M. Claude Bernard, exposent les résultats d’expériences et d’observations qu’ils ont entreprises à l’égard de la rate. 11 y a très-longtemps déjà que M. Bernard a fait voir que les glandes, en fonctionnant modifient le sang qui les traverse. Le sang qui sort d'une glande à l’étal de repos, est noir, et de tous points identique au sang veineux ; mais si la glande fonctionne, ce sar.g devient rouge, et semblable au sang artériel. La rate se comporte à cet égard comme les autres glandes, mais (et c’est ici que commence la découverte signalée), si l’on examine les choses de plus près, on reconnaît que malgré cette apparente ressemblance, elle agit à plusieurs égards à l’inverse des organes similaires. Nous voulons parler de la richesse en globules du sang et de sa capacité respiratoire. Le nombre de globules est évalué pour 1 millimètre cube ; quant à la capacité respiratoire, elle est représentée par la quantité de gaz que lüfl centimètres cubes de sang émettent dans le vide, après avoir été saturés d’oxygène, lin entrant dans la rate, le sang donne par exemple 6 millions de globules au millimètre cube, et sa capacité respiratoire est égale à 28,1 ; en sortant le nombre des globules s’est élevé à 8,790,000 et la capacité respiratoire à 58,6- Toutes les autres glandes déterminent l’effet inverse, c’est-àdire l'appauvrissement du sang. Mais cette propriété quo possède la rate d’enrichir le sang ne dure pas indéfiniment ; elle s’épuise même très-vite, soit en deux heures, et ne reparaît qu’après un repos suffisant. Et cela s’explique facilement quand on sait qu’elle n’enrichit le sang qu'au prix de sa propre substance. M. Picard a fait voir que de tout l’organisme, la rate est la partie la plus abondamment pourvue en fer, et il a représenté par 24 millièmes la quantité de métal qu’elle contient, or, après avoir fourni les globules elle n’en confient plus que 15 millièmes. Cette énorme quantité se répand dans tout le torrent circulatoire, où l’on trouve à la fois plus de globules et (dus de fer, chaque fois que la rate fonctionne. Et c’est ainsi qu’il est permis d’entrevoir dès maintenant un grand rôle jusqu’ici inconnu de la rate qui constitue un réservoir sanguin, et peut-être meme, le laboratoire ou s’organisent les globules. Staeislas Meunier.