‹ La Nature 1875 S1Chapitre 33 sur 224 · C. RcinwalJ et C‘*. Paris · texte numérisé non relu

C. RcinwalJ et C‘*. Paris

Le 27 décembre 1851, celui qui devait être plus tard un. des plus grands naturalistes des temps modernes, s’embarquait, à l'âge de 22 ans, sur le brick le Beugle, commandé par le capitaine Fitz-Roy, dans le but d'accomplir une grande expédition scientifique. Lejeune Charles Darwin a publié, au retour de son voyage, les résultats de ses observations sur tous les sujets qui ont appelé son attention, étudiant ici les fossiles de l'Amérique du Sud, là les cires vivants, plus loin les îles de corail, les mouvements

du sol pendant les tremblements de terre, ou les grandes agitations de l’Océan ; jetant déjà les bases des doctrines qui, mûries dans la suite de sa longue carrière, allaient immortaliser son nom. Cet intéressant iécit de voyage a été souvent édité en Angleterre; mais l'auteur l’a laissé loi qu’il l'avait écrit dans sa jeunesse. La librairie Reinwald offre au lecteur une édition française de ce livre, où les faits abondent, où les conceptions profondes se laissent partout entrevoir, où l’on rencontre enfin, ce qui est rare, une incomparable saveur de jeunesse, jointe à une puissance d’observation digne de l’âge mûr.

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 21 décembre 1874. — Présidence de M. Frémit.

Passage de Vénus. — C'est de Pékin, aujourd'hui, que nous viennent les nouvelles concernant le grand phénomène dont le monde savant sc préoccupe si vivement. Elles consistent en une dépêche partie de Shangaï, en date du 19, et écrite le jour mêmedes observations, parM. Fleurais, installé, comme on sait, dans la capitale de l’empire du Milieu. F.n voici le texte, dans ce style qui n’appartient qu’au télégraphe : « Ciel légèrement brumeux. Observé premier et deuxième contact. Légers ligaments noirs. Vingt photographies. » C’est donc un nouveau succès à enregistrer.

En revanche, M. Dumas donne lecture d’une lettre datée du 18 octobre, et d’où il est permis de conclure que l’ile Campbell ne fournira pas des résultats aussi favorables que les précédents. M. Bouquet de la Grye y annonce que la commission du passage est arrivée à destina lion le 9 septembre. Dès le lendemain, on lit choix d’un emplacement propre au débarquement des 60 tonnes de matériel. En cinq semaines d’un travail opiniâlrcet rendu extrêmement difficile par l’inclémence du climat, les installations étaient presque terminées. Les constructions constituent un véritable village de 18 cabanes que nos matelots bretons ont appelés Fcrvénus. On y voit la maison d’habitation, deux cabanes méridiennes, deux cabanes parallactiques, à coupoles tournantes, une cabane à photographies, une pour les observations magnétiques, un atelier de réparation des instruments, etc. Pour ces divers établissements, il a fallu opérer des déblais considérables : 150 mètres cubes pour la seule maison d’habitation . Jusqu’au 1" octobre' les travailleurs ont littéralement vécu dans la boue qui leur venait à mijambe, enveloppés dans des tourmentes d’une neige dure comme la grêle. A partir de ce moment, de nouveaux adoucissements ont été acquis chaque jour; les remblais ont fait cesser la boue ; une jetée a rendu les débarquements commodes ; mais si les observateurs sont maintenant à l'abri, ce n’est guère, suivant l’expression île M. Bouquet, que pour compter les coups de vent. Sur 40 jours, le ciel n’a ôté pur qu’une seule fois, et on n’a joui que de deux belles nuits. Si les conditions ne changent pas, l’expédition risque fort, comme on voit, d’aboutir malgré ses énergiques efforts à un échec complet.

Le laboratoire de zoologie expérimentale de Roscoff. — Eu ce moment, où tous les pays civilisés semblent rivaliser d’ardeur dans la fondation d’observatoires zoologiqucs 6ur les bords de la mer, on accueillera avec le plus vif intérêt les détails que M. deLacaze-Duthiers donne à l’égard du magnifique établissement de Roscoff, eteesera un titre de gloire pour l'éminent naturaliste que d’avoir fondé celte pépinière déjà si fructueuse en jeunes savants et en

découvertes importantes. Roscoff, situé dans le département du Finistère, a été choisi pour plusieurs raisons. Son terrain granitique et ses plages immenses qui se découvrent à chaque marée, sont des conditions extrêmement favorables auxquelles s'ajoute la richesse zoologique exceptionnelle de ce point privilégié. La température y est sensiblement constante toute l’année : tiède en hiver, elle paraît froide en été, et pourtant les camélias et les fuschias viennent à Roscoff en pleine terre. Le laboratoire est installé dans une maison toute neuve, située dans les meilleures conditions d’éclairage et d’aménagement.

Chaque travailleur trouve un assortiment complet des appareils les plus perfectionnés, et dans un salon commun destiné aux conversations scientifiques, une bibliothèque spéciale se trouve installée. Tout n’est pas encore parlait, et l’on ne trouve pas dès maintenant à lloscoff les énormes aquariums, qui sont si fort à la mode à l’étranger ; mais, eu attendant que ceux-ci viennent à la faveur de nouvelles nllocationsde l'Etat,!!. deLacaze-Duthiers constate quedans les petits flacons peuvent se trouver souvent les grandes découvertes. 11 met à l’appui sur le bureau de l’Académie un tout petit vase contenant des pentacrines eu train de se convertir en comatulcs ; un autre, contenant un polypier avec polype vivant, épanoui et prêt à se contracter h la moindre alerte, subsistant dans cet état avec la même eau depuis avril 1875 ; c’est la première fois qu’une semblable présentation est faite à la docte assemblée. Un autre bocal porte sur ses parois tout un banc de polypiers quasi-microscopiques, mais tout aussi intéressant au point de vue scientifique que le plus grand atoll de l’Océanie. Ainsi donc les moyens actuels dont on dispose à Roscoff promettent dès maintenant des moissons considérables de faits nouveaux. M. de Laeaze-lfuthiers a consacré la plus forte partie des fonds dont il disposait, à l’installation des engins de pèche .Une petite embarcation est destinée à conduire les travailleurs entre les rochers ; une autre, bien plus grande, sert pour les pêches du large. La drague ordinaire, impropre sur les fonds durs a été remplacée avec le plus grand succès par le filet, qu’on emploie dans la récolle du corail. A vingt mètres au-dessous des basses eaux, on a recueilli en abondance des animaux réputés jusqu’ici très-rares, des térébratules, des oursins, gros comme les deux poings, cl si nombreux qu’à l’une de ses leçons de la Sorbonne, M. deLncaze a pu en distribuer à tous ses auditeurs, — des ampliioxus très-abondants, des crustacés, dont on ne connaissait qu’un ou deux spécimens dans les musées de l’Europe entière, etc.

Et maintenant qu’on a une idée de la magnifique installation de Roscoff et des richesses que la nature y a accumulées, il n’est pas à craindre que le chaleureux et patriotique appel de M. de Lacaze-Dutlnersà la jeunesse française, ne soit pas entendu. Le savant professeur désire s’entourer de tous les travailleurs que passionne l’élude de la zoologie. Leur voyage à Roscoff aller et retour a lieu aux Irais de l'établissement, ils sont logés au laboratoire, et tous les moyens d’étude sont à leur disposition. Ce qui décidera sans doute nos jeunes compatriotes, c’est que le monde entier nous envie la slation bretonne. Des étrangers sont déjà venus prendre part aux travaux que dirige M. de Lacaze- Duthiers, et l’un d'eux, un savant de Moscou, a fait à F Académie do cette ville un rapport sur la mission, dont il avait été chargé, et à la suite duquel on doit s’attendre à voir arriver chez nous tonie une légion de jeunes naturalistes -ussos.

Election. — La mort de M. Roulin, le savant bibliothécaire de l’Académie des sciences, avait laissé vacante une

place d’un membre libre. Les candidats étant en première ligne M. Dumoncel, eu seconde M. Jaquemin, et en troisième, M. Lefort ; le premier est nommé par dû suffrages sur 60 volants. M. Jacquemin réunit 15 voix.

Stanislas Meunier.

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