LES SPICULES D’ÉPONGE
Les naturalistes n’ont pas toujours été d’accord sur la place que l’on doit assigner aux éponges. Cette divergence d’opinions est facilement compréhensible, puisque les éponges forment une classe à part, servant de transition entre le règiii végétal et le règne animal. Dans leur organisation rudimentaire, cllc.i
n’ont de commun avec l’animalité, que la reproduction au moyen d’œufs, donnant naissance à des larves ciliées.
La faculté d’assèchement des éponges réside dans cette multiplicité de fibres poreuses et en même temps résistantes, qui par leur nature hygrométrique et leur capillarité, les rend avides d’eau. On voit du reste, sans le secours d’aucun instrument, que l’intérieur est perforé de grandes ouvertures, dont
Spiculés étoilées
. Coupe d’épouge vue au microscope montrant les ramifications intérieure, hérissée* de spiculés, (IfrO diamètres)*
Spiculés
de
Synapta Villata ,
Spiculés d'éptmgc des Iles, ftieobad?.
(000 diamètres.)
Éponge liollcBia.
, (Spiculés sur les côtés 4» dessin*)
les ramifications vont successivement en décroissant. Leur porosité est aussi variable que leur structure, elle change aussi de nature par l’aggrégation toujours compliquée des spiculés et du sable.
Les larves ciliées sont communément appelées spiculés; ces corps éfranges sont d’une nature siliceuse, résistent parfaitement aux acides employés pour les dégager de la gangue rnucilagincuse qui les enveloppe. Les spiculés affectent les formes les plus variées : étoilées, aciculaires, allongées, radiées, caractères dans lesquels prévaut toujours la plus grande symétrie géométrique. Quelques-unes même, ! celles des Holothuries, ressemblent à un ancre fixe |
sur un pédoncule perforé. Les dimensions sont aussi variables que leur disposition; on en cite qui ont plusieurs centimètres de longueur, tandis qu’il en existe dont les plus grandes dimensions ne sont que de deux ou trois centièmes de millimètres.
La fécondité des éponges est prodigieuse ; malgré leur mode de reproduction tellement étrange, la dissémination des germes est si abondante, que certains navigateurs rapportent avoir rencontré des couches de spiculés, sur le fond do la mer, en amas assez considérable pour que la sonde en ramène des paj quels volumineux. C’est surtout dans l'Océan indien, | que celte exubérance s’est plusieurs fois présentée.
LA N AT URL.
Une de nos ligmes représente les différentes formes de spiculés obtmucs dans un seul sondage aux îles Nicobar.
La dissémination des éponges à élé semblable à celles de toutes les plantes marines, telles que les algues, dont les graines reproductrices ont été transportées au loin par les courants marins; on les retrouve sous toutes les latitudes chaudes et tempérées , plutôt vivant en colonies qu’isolémeut. Mais on retrouve leurs spiculés sur des fonds qui paraissent les moins propices à leur développement ; dans les mers de la Chine, la sonde ramène fréquemment, mélangées avec des spiculés, Spiculé» mélangées à des coraux, etc.
des coraux. On
voit ci-contre les unes et les autres, telles qu'elles 1 ont été ramenées par des sondages faits sur la rade de Hong-Kong.
Toutes les éponges ne se rencontrent pas uniquement sur les fonds de roche, comme codes qui sont exploitées industriellement sur les côtes d’Afrique ou sur celles de Syrie. L’expédition du Porcupine a dragué sur des fonds de vase de curieux sujets, tels est l'IIultenia carpenLeri. Les interstices du réseau siliceux soi.t remplis avec une délicate membrant externe et albumineuse, au milieu de laquelle s" trouvent les spiculés. Le corps est évidé en forme de nid d’oiseau, et l’extrémité inférieure accompagnée di filaments siliceux semblables à de longues ai- inverses spiculés fus
guilles de verre brillant. Il est probable que cet appendice sert à l'éponge pour se fixer sur la vase où elle vit. De chaque côté du sujet, nous avons représenté les principales spiculés.
La géologie, aidée du microscope, retrouve les couches qui ont formé, aux époques anciennes, le fond d'anciennes mers. Ces derniers débris ont été conservés plus intacts que ceux des animaux supé-
rieurs. Certains dépôts pulvérulents on contiennent des quantités infinies.
Il n’y a pas longtemps que les naturalistes sont fixés sur la nature des éponges. « Les opinions les plus diverses, dit Moquin-Tan on, ont régné tour
à tour dans la science. Parmi les anciens , les uns les regardaient comme des plantes, les autres comme des animaux ; certains faisaient du juste milieu, ils les prenaient pour une espèce de nid feutré de nature végétale, servant d’habitation à des Polypes. Ces animalcules n’étaient pas attachés à leurs petites loges, ils pouvaient en sortir et y rentrer à volonté...
SouJagi! ù Htmg-Koiijj. (2U diamètres.) Pline, Pioscorido
et leurs commentateurs ont prétendu que les éponges étaient sensibles, qu’elles adhéraient aux rochers par une force particulière, et qu’elles fuyaient la main qui voulait les saisir... 11 les ont même distinguées en mâles et en femelles. Les premiers naturalistes, pour le rappeler en passant, voyaient des mâles et des femelles partout. L’homme a toujours voulu trouver quelque chose à sa ressemblance, même dans les corps organisés les plus obscurs. Erasme, critiquant les assertions de Pline, conclut qu’il faut passer l'éponge sur tout ce qu’il a écrit à ce sujet. Niereinbcrg, et plus tard Pevssonnel et Trembley, ont soutenu avec raison l’animalité des Eponges. Leur manière de voir a été adoptée par Guettard, par iics. (50J diamètres.) Donati, par Ellis et par La-
moureux... »
Nous emprunterons, pour terminer, quelques autres renseignements au même naturaliste sur le mode de fonctions de l'Eponge. « Pendant la vie de l’Eponge, on voit sortir de chaque cellule un torrent d’eau impétueux, sorte de fontaine vivante qui semble ne s’arrêter jamais... Les larves qu’il contient îiageit! , la partie la plus dilatée eu avant, comme les
larves du corail, par des mouvements très-doux et réguliers qui ressemblent à un glissement onduleux. Quand elles sont restées quelque temps dans l’eau, elles viennent ordinairement à la surface, mais elles sont souvent entraînées par les courants. Rendant deux ou trois jours, elles semblent elieia lier un en- | droit convenable pour se fixer. Une fois fixée, la | larve perd les cils vibratiles, s’étale et prend la forme , d’un disque gélatineux très— aplati, bans l’intérieur s’organisent des cellules contractiles cl de nombreu- i ses spiculés, n J. Guune.
CIIROMQUE
Explosion de. la poudrière de Kcntnri par la foudre. — lin télégramme de Constantinople nous apprend que le 21 décembre dernier, le magasin à poudre de Scutari a été frappé par la foudre, et que 200 personnes ont été tuées ou blessées par l’explosion qui en est résultée. Les catastrophes de ce genre sont quelquefois accompagnées de la mort d’un nombre de victimes encore plus effrayant. Ainsi, Arago raconte dans sa Notice sur le tonnerre que le 18 août 1845, la foudre tomba sur la tour de Saint- ] Nazaire, à Brescia, ville qui faisait aiors partie de l’Etat Véni ien. Cetle tour reposait sur un magasin souterrain dans lequel se trouvait plus d un million de kilogrammes de poudre. On estime que trois mille personnes périrent dans cette catastrophe. Quelquefois les chutes de foudre ont eu lieu sur des magasins pourvus de paratonnerres, mais qui tous offraient quelques défeLtuosilés dans leur construction. C’est ce qui arriva à l’arsenal île Purllect, en Angleterre, dont la fulguration eut lieu il y a environ un siècle et fut longtemps exploitée parles ennemis de 1 invention de Benjamin Francklin. Deux coups de foudre qui tombèrent, l'un sur le magasin à poudre, de Béthune, l’autre sur le magasin à poudre de Bayonne, furent successivement signalés par le ministre de la guerre à l’Académie des sciences, quoique ni dans Tune ni dans l’autre de. ees circonstances le lluide n’ait produit d’accidcnt sérieux. Tout le dommage s’est borné à quelques pierres détachées de l’angle d’un mur de la poudrière de Bayonne.
Oiseaux savants. — L 'American de Baltimore parle dans les termes suivants d’une troupe de moineaux de Java et de perroquets savants que Ton peut voir en ce moment dans les rues de la ville. Quand le propriétaire delà petite troupe ailée a trouvé une place convenable, une table circulaire est dressée et les oiseaux sortent de leur cage. Us se répandent sur la table sans manifester la moindre crainte de la foule, ni la plus petite velléité de fuite. Leur propriétaire leur fait ensuite exécuter, à lourde rôle, les exercices les plus variés. Us sonnent des cloches, poussent devanteux des petites brouettes, se promènent sur desfils tendus etnontendus, tirent des coups de pistolets, dansent, se balancent sur de petits trapèzes, etc. L’exercice qui est le plus étonnant et qui mérite une mention spéciale est exécuté par un perroquet. Cet ois au s’avance vers le milieu de la fable et, après avoir salué l'assistance, s'asseoit de lui-même sur une petite chaise placée orès d'une cloche, au battant de laquelle est attacnce uiio corde. Alors le premier venu peut demander à l’oiseau de frapper un certain nombre de coups sur la cloche. Si on lui demande de frapper dix coups, parexemple, il se lève, saisit la corde avec sa patte et frappe les dix coups ; après quoi il salue et se rasseoit. Cet exercice a
été répété quantité de fois et, à une seule exception près l’animal ne s'est jamais trompé. Le propriétuiie de celte intéressante ménagerie dit que ce perroquet peut frapper jusqu'à vingt-sept coups de suite, mais qu’il se refuse à en frapper davantage; qu’il a travaillé pendant plus d’un an à amener l'oiseau à frapper jusqu’à trente coups sans pouvoir y parvenir, la mémoire du volatile se refusant à le servir jusque-là. ,
Empoisonnement par la fumée tlu ei-are. —
M. le professeur Chevallier rapporte l’observation d’un jeune homme qui, ayant parié de fumer douze cigares, se mit en devoir d’exccuter sa gageure. Au huitième cigare, un certain malaise se fit sentir ; au neuvième, le fumeur eut des éblouissements et des frissons. Ces phénomènes s’accentuèrent au dixième. Le malade refusa de cesser de fumer, toutefois, il rentra chez lui accompagné de deux de ses omis. C’est alors qu’apparurent successivement des douleurs d’entraides et des vomissements. On alla chercher un médecin qui ne put enrayer le progrès du mal, et le malade succomba dans la nuit. 11 est à noler que le sujet de celte observation était atteint d'hypertrophie cardiaque.
I.a coiffure des négresses du Kaboa. — M. Catteloup, enseigne de vaisseau, vient de publier, dans la Revue maritime , un intéressant travail sur le Gabon ; l’auteur s’étend, avec quelque complaisance, sur les mœurs et les coutumes des Gabonaises, et nous apprend encore une fois que la coquetterie n’est pas monopolisée dans nos régions d’Europe. # Ce qui caractérise surtout la Gabonaise, dit le voyageur, c’est 6a coiffure en général. Le fond de l’ouvrage est une grosse tresse, perchée tout en haut de la tète et singeant le cimier d’uu casque. Deux tresses, plus petites et parallèles à la première, abritent le dessous des oreilles. Entre ces trois tresses, un rasoir complaisant a pratiqué une calvitie artificielle qui les isole complètement. Les tresses obtenues, et ce n’est pas un mince travail avec les cheveux des Gabonaises, on pile dans un mortier une feuille odorante dont j’ignore le nom scientifique et Ton en bourre à foison les interstices du cimier. Une longue épingle d’ivoire, le tondo, plantée dansl’uncquelconque des trois tresses, le plus ordinairement dans h tresse supérieure, couronne enfin l’édifice La petite opération, que nous venons d’effleurer en dix lignes, demande moyennement 10 heures de travail et se renouvelle une fois par semaine dans la fashion gabonaise. On voit que ces dames passent un certain temps à leur toilette et qu’e/ies n’ont rien à envier à nos élégantes, sous ce rapport, s’entend. La coiffure, au reste, se transforme avec la situation morale de chacun. Dans le grand deuil, par exemple, la tète est tout à fait rasée. Si la personne disparue vous toui lie de moins près comme famille, ou ne vous tient que par les liens du coeur, on se contente d’une demi-tonsure et d'un semblant de cimier : c’est quelque chose comme le violet chez nous. Contrairement à la plupart des négresses, la Gabonaise ne porle pas de bijoux. Son seul ornement, avec le tondo,. consiste en une suite d’anneaux de cuivra partant du cou-de-pied et montant jusqu'à mi-jamtc. i>
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