‹ La Nature 1875 S1Chapitre 44 sur 224 · V 84. — 9 JANVIER · texte numérisé non relu

V 84. — 9 JANVIER

vention du télescope , avaient fait supposer qu’il y

LES YOLCANS DE LA LUNE existait des inégalités du sol semblables à celles de

la terre. Ce phénomène a donné naissance à bien des Onadetouttempsobscrvé, surlasurfacedelalune, superstitions; les uns prétendaient y voir le corps

une quantité de taches sombres qui, bien avant l’in- de Judas Iscariote enfermé dans la lune en punition

Volcans de 1? lune. — Les Aoennins lunaires et le grand cratère d'Archimède. (Fac-similé d'une photographie

de MM, Wurreu de la Hue et J. Ucck.)

de sa trahison, les Indiens croyaient y reconnaître un philosophes de l’antiquité assuraient que ces taches

lièvre, quelques peuplades de l’Asie affirmaient que étaient l’ombre de corps flottants entre la terre et la

la lune n’était qu'un miroir où se reflétaient les lune.

mers et les continents du globe terrestre, certains Galilée fut le premier à observer, à l’aide du té-

3* jante. t ,r Mieslre. 6

Jescope, le disque lunaire, et nous lui devons la découverte de ce balancement , connu sous le nom de libration, qui rend visibles, suivant que la lune est plus ou moins près de l’horizon, certaines parties de la face qui nous est continuellement cachée. 11 put aussi, bien qu’il possédât des moyens très-limités, reproduire par le dessin ces points éclatants qu’il considérait comme les cimes de montagnes éclairées par le soleil, tandis que les parties inférieures étaient plongées dans l’ombre, il traça la disposition des collines, des plaines, des plateaux et des dépressions | si profondément ombrées; il conclut de cette pa- j liente étude, de ces observations répétées, que la lune était couverte de montagnes plus hautes que celles de la terre, et phénomène particulièrement digne d’attention, que leur forme était étroitement limitée au cercle. Képler, qui avait aussi remarqué ces étranges circonvallations, leur assignait une origine artificielle et croyait qu’elles avaient été creusées par les habitants de la lune pour se mettre à l’abri de la longue et intense action du soleil. Il fallait ignorer l’immense étendue de ces excavations pour émettre une semblable hypothèse.

Le perfectionnement des instruments rendant les observations pins faciles, on a découvert successivement, du grandes plaines unies ayant l’apparence de taches sombres, et qui, prises ensemble, couvrent les deux tiers du disque entier. Les plus grandes de ces taches ont reçu le nom de mers alors qu’on croyait à l’existence de l’eau dans la lune; on leur a conservé ces désignations afin d’éviter la confusion qu’aurait entraîné une dénomination différente. D’après ce système, les taches de même nature, mais plus petites, ont été appelées : lacs, baies, ma- ! rais , etc. Quelques-unes de ces mers sont entourées ! complètement, ou enveloppées dans quelques parties seulement, d’une sorte de rempart, qui, lorsqu’on l’observe attentivement et qu'on songe à sa dimension réelle, mérite le nom de chaîne de montagnes. Enfin l’on a remarqué, surtout au moment de la pleine lune, certaines taches lumineuses partant comme d’un centre des plus importants cratères, .rayonnant dans toutes les directions et longues de plusieurs centaines de kilomètres.

Quant aux cratères volcaniques qui font l’objet de cette étude, s'ils possèdent un caractère uniforme,

■ un examen attentif révèle qu’ils sont cependant prodigieusement variés d’aspect. Les uns s’élèvent à des hauteurs considérables au-dessus de la surface environnante, les autres sont profondément creusés dans cette même surface. Certains des remparts qui environnent les cratères sont taillés à pic, d’autres sont découpés en amphithéâtres avec des gradins et des étages élevés; quelques-uns sont entiers, d’autres sont ébréchés, éboulés en partie, à demi détruits par de nouveaux cratères. Tantôt isolés au milieu des plaines, tantôt accumulés en un étroit espace, pressés, serrés les uns contre les autres, éventrés par de nouvelles éruptions, plusieurs cratères possèdent un ou plusieurs pics élevés ou cônes à l’inté-

rieur du rempart, quelques autres en sont quelquefois dépourvus. Certaines plaines qui, observées avec un télescope d’une puissance moyenne, semblent parfaitement unies, sont au contraire, étudiées à l’aide d’un puissant instrument, raboteuses, couvertes de cratères minuscules, tantôt simplement ondulées, tantôt profondément déchirées, sillonnées de longs et d’étroits précipices.

Quant à ces plaines immenses appelées mers, elles présentent des différences de couleur très-sensibles; tantôt d’un vert sombre , tantôt simplement grises, enfin quelquefois d’une teinte rouge pâle. Comme ou peut le penser, nombre d’hypothèses ont été faites, entre lesquelles il convient de citer celle qui assignait pour cause à ccs variétés de couleurs, l’existence d’une végétation; mais comme nous savons aujourd’hui que la lune n’a pas d’atmosphère, il y a lieu de croire que cette théorie est aussi éloignée que les autres de la vérité.

Rien que les montagnes n’offrent pas autant de variété que les cratères ou que les différences soient moins sensibles, elle donnent cependant lieu à certaines combinaisons. Rarement isolées au milieu des plaines, plus souvent réunies en groupes, elles s’étendent presque toujours en chaînes d’une longueur étonnante. L’une des plus considérables dej ces chaînes est découpée en plus de deux mille sommets. Ce spectacle dépasse en splendeur tout ce que les Alpes et ('Himalaya peuvent offrir, car l'absence d'atmosphère et par conséquent des demi teintes, qui adoucissent et rendent moins brusque le passage de la lumière à l’ombre, donne à ces paysages Un aspect étrange et sauvage sans analogue. " • -

Les plus remarquables entre les cirques ou cratères, sont :

Gassendi , dont le diamètre n’a, pas moins de 86 kilom.; il est entouré d’un rempart ou^ïnur d’enceinte qui domine le plateau d’environ 9,600 pieds. Au centre est un groupe de montagnes coniques de

7.000 pieds de liant, engendrées Sans 1 doute par l’effort mourant de l’éruption. Le plateau est traversé par plusieurs failles profondes qui rayonnent tout autour du cratère, sur une longueur de plus de 100 kilom. Dans la partie septentrionale du rempart, un nouveau cratère d’environ 28 kilom. de large s’est formé, et la lave qui s’en est échappée' a coulé sur le plateau. Citons encore : Eudoxe et Aristote, deux gigantesques cirques dont les murs ont plus de

11.000 pieds de haut; Triesneker, à, l’ouest duquel on peut voir un nombre considérable de fissures qui vont sc rétrécissant jusqu’àdeveriir invisibles ; Théophile, Cyrille et Catherine, groupe imposant de cratères qui présentent à un haut degré tous les caractères évidents de la terrible puissance des forces volcaniques qui leur ont donné naissance; Platon avec ses pics de 8,000 pieds de haut, dont l’ombre pittoresque se découpe sur le plateau comme les tours et les flèches d'une cathédrale. A l’ouest court une étroite vallée de 9 kilomètres de large sur 120 de long, entre deux rangs de montagnes (les Alpes),

dont quelques sommets atteignent 8,000 pieds. Mentionnons aussi Pico, un des plus remarquables exemples de cratère isolé, Tyoho, un des plus intéressants cratères lunaires, non-seulement par ses dimensions, mais aussi parce qu’il se trouve le centre de divergence de ces bandes lumineuses dont quelques-unes parcourent jusqu’à 1000 kilom., franchissant plaines, vallées et montagnes. Observées à l’aide du télescope, ces bandes lumineuses sont en si grand nombre qu'elles donnent à toute cette partie du disque lunaire un éclat particulier qui, dans la pleine lune, peut être facilement distingué à l’œil nu.

Wargentin est un autre cratère qui semble avoir été rempli jusqu’au bord de bouc et de lave bouillante.

Hérodote et Aristarque ont, surtout ce dernier, le pouvoir de réfléchir la lumière d’une manière particulièrement sensible.

Arrêtons-nous un instant sur un groupe de cirques extrêmement curieux : Archimède , Autolvcus et At'istillus. Ces types , assurément les plus accusés des formations volcaniques, sont admirablement situés pour l’observateur terrestre , eu sorte qu’il peut facilement en admirer les formes, en observer la nature, en étudier l’altitude au-dessus de la surface moyenne de la lune. Nous reproduisons ci-contre une admirable photographie obtenue par MM. Warren de la Rue et Joseph Beck, que nous empruntons, comme une partie des détails qui précèdent, au bel ouvrage que viennent de publier à Londres MM. Nasmyth et Carpenlcr.

Archimède, le cratère le plus important du groupe, ne mesure pas moins de 83 kilom. de diamètre, sa hauteur moyenne au-dessus du plateau est d’environ 4,500 pieds , mais il est certains sommets du rempart qui s’élèvent incomparablement plus haut et dont les ombres pittoresques dessinent sur le plateau une suite de flèches et de clochers. Archimède ne possède pas de cône central, mais dans l’épaisseur du mur d’enceinte, deux cratères relativement petits se sont fait jour et appartiennent à une formation plus récente. Le rempart est un magnifique exemple de ce genre de formations, ce sont, à l’intérieur et à l’exlérie r, de hautes terrasses en retraite les unes sur les autres, formant des assises concentriques, de vastes segments appartenant à la formation du cratère même. On peut voir aussi des deux côtés du cratère, des failles bien caractérisées, larges tout d’abord d’un kilomètre et demi et finissant, après une course de 160 kilom. par devenir invisibles. Quelques parties de ces insondables précipices à la marche tortueuse semblent avoir été comblés par des éboulis partiels. Même au bord de ces rainures à pic, il serait impossible d’en apercevoir le fond, et l'œil ne verrait qu’une ombre de 16 kilom. Le lecteur remarquera dans la partie inférieure de notre illustration une magnifique chaîne de montagnes, les Apennins, qui s’étend sur une longueur de 720 kilom. Cette chaîne s’élève graduellement au dessus du niveau de la lune; ce sont tout d’abord de petites col-

lines qui saillent au-dessus du disque lunaire comme des bouillons au-dessus d'un liquide en ébullition; puis les collines deviennent montagnes et se terminent par une superbe rangée de pics sourcilleux, dont l’altitude (20,600 pieds) et l'aspect extraordinaires composent un des panoramas les plus étonnants que l’imagination puisse concevoir. Au nord-est, le versant de cette chaîne se termine par une face abrupte et presque verticale, tandis que s’allonge au loin dans la plaine, l'ombre épaisse et découpée d'un pic élevé jusqu’à ce qu’elle se perde dans la demi-teinte formée par la courbure de la lune.

Gaiuuel Maucel.

— La suite prochainement —

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