‹ La Nature 1875 S1Chapitre 46 sur 224 · DUES AUX MOUVEMENTS DES ARMÉES · texte numérisé non relu

DUES AUX MOUVEMENTS DES ARMÉES

Les végétaux ne sont pas tous dépourvus de la faculté d’émigrer; plusieurs plantes aquatiques inférieures, particulièrement dans la classe des algues, nagent dans leur jeunesse, comme certains animaux inférieurs, et peuvent se transporler au loin. Les plantes rampantes et grimpantes gagnent, les unes par l’allongement de leur rhizome ou tige souterraine, lesautres par celui de leur tige aérienne des stations nouvelles. Mais les migrations passives des végétaux, dues à des causes extérieures , sont beaucoup plus importantes ; l’air et l’eau constamment agités jouent ici un rôle considérable. Le vent soulève dans les airs des organismes légers qu’il disperse au loin. Les fleuves terrestres et les courants de la mer charrient à do grandes dntances les semences des arbres comme les fruits à péricarpe dur, etc.

Les hommes ne sont pas toujours étrangers à ces migrations des végétaux, souvent déterminées par les mouvements des armées.

A la suite delà guerre de 1870-71, les botanistes se sont aperçus qu’un assez grand nombre d’espèces apportées par les fourrages allemands semblaient s’être acclimatées dans notre tlore. Dans les départefnents

1 Darwin*

du Loiret et de Loir— et— Cher , on n’en comptait pas moins de 163. On n’apprendra pas sans intérêt que le temps a fait en partie disparaître cette trace de l’invasion allemande. Déjà plus de la moitié des espèces végétales transportées par l’armée prussienne ont cessé d’exister en France, et celles qui persistent encore diminuent chaque année de vigueur. Sur le plateau de Bellevue, où les espèces élrangères étaient si nombreuses en 1871, M. Bureau n’eu a plus trouvé qu'une seule et M. Gaudry n’en a trouvé que deux. Ce résultat doit être attribué au conflit vital dans lequel les plantes indigènes, plus robustes , mieux appropriées au climat, ont défendu énergiquement leurs droits à l’existence. Il est curieux de le rapprocher des faits connus et observés, par exemple à la Nouvelle-Zélande et dans les îles du Pacifique, où les plantes importées d’Europe envahissent le sol et étouffent les plantes indigènes. Dans ces pays, l’hornme lui-même disparaît et ne semble pas posséder la vitalité suffisante pour supporter le contact de la race étrangère.

Le Geographical magazine donne de curieux détails sur ces migrations passives des végétaux, dues aux mouvements des années à toutes les époques de l’histoire.

Dans leurs courses à travers l’Europe, pendant les seizième et dix-septième siècles, les armées turques apportèrent avec elle les végétaux de l’Orient, et les remparts de Pestli et de Vienne sout encore couverts de plantes originaires d’Orient, qui poussent comme de i’herbe et qui sont restées les derniers témoins des luttes que, le Nord a eu à soutenir à cette époque contre les barbares. ! ..

En 1809, une plante du centre et du sud de I L iropc, le Lepitlium Draba, communément l’herbe aux panaris, fut introduite dans une partie de l’Angleterre, où elle était primitivement inconnue, par les troupes anglaises revenant de la désastreuse expédition de File Wolcherenv'sur les côtes de la Hollande. Une partie de ces troupes fut débarquée à Ramsgate et la paille de leurs matelas fut jetée dans une ancienne marnière appartenant à un M. Thompson. De là l’herbe se répandit à profusion sur une grande portion de l’ilc de Thauet, où elle fut longtemps désignée sous le nom d’herbe de Thompson.

En 1814, les troupes russes apportèrent également avec elles les herbes des rives du Dniéper et du Don dans la vallée du Rhône et même introduisirent les plantes des steppes dans le voisinage de Paris. Quelques-unes de ces plantes sont mortes; mais quelques autres se sont fort bien acclimatées et elles continuent à se reproduire à foison.

Eu 1872 l’attention des savants a été attirée sur ce fait, que nombre de plantes de l’Algérie et d’autres parties des côtes de la Méditerranée qui avaient servi de fourrage aux chevaux de l’artillerie et de la cavalerie amenés de ces lieux, s’étaient propagées autour des points occupés par les armées françaises pendant la dernière guerre. Ces plantes, bien qu’originaires de pays beaucoup plus chauds, s’étaient acclimatées

sur le champ et florissaient vigoureusement même sur les points les plus stériles, qu’elles transformaient en prairies naturelles. Dans le voisinage de Strasbourg, M. Buchinger trouva sur les bottes de foin distribuées à quelques-uns des officiers de cavalerie non moins de quatre-vingt-quatre espèces des plantes appartenant à la flore de l’Algérie.

On trouverait des exemples semblables à tous les âges et sous tous les climats. Ainsi, pour ne citer qu’un dernier fait., le dattier est connu sur la côte du Mehroa, en Afrique ; mais il ne dépasse pas une certaine région. D’après sir Bartle Frère, une tradition locale affirme (pie cet arbre fut amené là par les soldats d’Alexandre à leur retour de l’Inde.

LES

Page 1