F. N SUÈDE
Le Vieil Lpsal est situé à ô kilomètres environ au nord de la ville d’Upsal, si célèbre jiar son université. Les membres du Congrès d’anthropologie et d’archéologie préhistoriques tenu à Stockholm ail mois d’août 1871, y ont fait une excursion dans le but de visiter les restes d'une civilisation ancienne qui s’v trouvent rassemblés. L’un d’eux, M. le doe-
| teur S. l’ozzi, a bien voulu nous transmettre à ce sujet deux photographies intéressantes. Nous joignons quelques détails à ces ligures.
Le Vieil llpsal n’est plus maintenant qu’un village.
' Ce lut pourtant une des cités les plus importantes de la Scandinavie. C’est là, sous la dynastie d’Odin, que fut érigé le temple natioual et que tous les ans ! étaient faits de grands sacrifices suivant une coutume qui s’est perpétuée chez d’autres peuples où nous la retrouvons encore aujourd’hui 1 . A cette époque reculée, un bois sacré entourait ce temple, et des sacrifices de toutes sortes y étaient offerts aux divinités; le
Fig. 1. — Les trois tumuli du Yieil-Upsal, en Suède. (D'après une photographie.)
sang humain y coulait souvent, et l’on y voyait même | des parents venir immoler leurs enfants. D’après une ancienne chronique, en un seul jour 72 cadavres furent pendus à la fois aux arbres de la forêt sacrée.
Le temple était richement orné, et renfermait les statues d’Odin, de Thor et de Frey. Aujourd’hui même, après plus de dix siècles, le nom d’Odin est encore familier aux paysans de la contrée. Il est vrai qu'il n’est plus pour eux qu’une des incarnations du démon ; on y « envoie les gens à Oclin, » comme on les enverrait au diable. Dans certains hameaux, à la fenaison, les paysans réservent une botte de loin pour le cheval d’Odin.
Ou remarque au Vieil Upsal, une petite église bâtie
en blocs de granit, très-ancienne et dont les muis ont peut-être appartenu au temple païen.
Mais ce qui constitue la principale curiosité du village ce sont trois énormes tumuli, où, suivant la tradition, seraient ensevelis Odin, Thor et Frey. Ils ont chacun 60 pieds de haut sur 250 pieds de diamètre. A côté de ces Kungshogar (tel est le nom suédois) en existe un plus petit, placé à droite sur la figure 1 . On l’appelle le Tingsliog, et c’est là que siégeait le roi pour haranguer la multitude.
L’un de ces tumuli a récemment été l’objet de fouilles, dont les frais ont été supportés d’abord par un riche particulier de Stockholm, puis par le gou-
I 1 En particulier dans le royuumc de Dnhomcy.
vernement suédois. Ce n’était pas en effet 1111 e petite entreprise que de faire une large tranchée dans une de ces collines, et la dépense s’est élevée à une dizaine de mille francs. La figure 2 représente ce tumulus ouvert; il se trouve à gauche de ceux que montre la figure 1.
l'our la visite des membres du Congrès, tout avait été remis dans l’ordre où se trouvaient les choses au moment de la fouille ; seuls les objets précieux découverts dans la sépulture avaient été laissés au musée de Stockholm où ils ont été déposés.
Sur un sol formé d’argile battue, apportée de loin, on voit d’abord deux gros blocs de granit, qui probablement n'avaient aucune destination spéciale, et avaient été laissés là parce que leur enlèvement était inutile. A quelques pas plus loin, au centre de la base du tuinulus, est un amas de cailloux disposés assez régulièrement de manière à former une pyramide quadrangulaire tronquée. C'est au-dessous de cet amoncellement grossier, sans vestige de chambre sépulcrale, sans même la protection | d’un vase, que se trouvaient des cendres, des débris [ d’ossements, quelques fds d’or, restes de vêtements
Fig. i. — Un des tumuli du Vieil>Upsal, ouvert. (D’après une photographie.
précieux, et une plaque d’os où était gravée la figure d’un amour. Ce dernier objet permet de porter l'époque de la sépulture vers le quatrième siècle environ de l’ère chrétienne, à cause de l’influence romaine qu’il accuse. Du reste, il ne paraît pas douteux que des rois aient là leurs tombeaux.
L’étude de la coupe pratiquée pour l'exécution de ces fouilles permet de se rendre compte du mode suivant lequel ces tumuli ont été élevés. A partir du sol on voit d’abord une première couche haute de là à 20 pieds, formée de sable et de gravier, l’uis vient une couche mince de sable plus fin et sans mélange de gros cailloux. Au-dessus est une puissante couche d’argile, et enfin la terre végétale. Cette stratification, très-nette à la vue, est reproduite suri a fig. 2.
Au-dessus de l’amas de pierre qui forme le centre de la colline, les fouilles ont fait découvrir les restes d’une longue perche dont une des extrémités s’appuyait sur la sépulture tandis que l’autre arrivait presque à fleur de terre et devait sans doute la dépasser aux premiers moments.
Tous ces détails nous permettent de nous reporter et d’assister, pour ainsi dire, à ces grandes scènes de la vie barbare.
Le cadavre a été réduit en cendres, avec ses vêtements les plus riches, ses bijoux les plus précieux. Tandis que le peuple prosterné pleure sou roi, les prêtres s’avancent lentement et amassent sur ces débris sacrés une simple pyramide de pierres que surmonte la tige élancée d’un des arbres de la forêt. Alors le défilé commence. Soldats, vieillards, femmes, enfants.
rallies tour à tour par l’arbre funèbre qui les guide de loin vers le bûcher, viennent jeter du sable et de l’argile comme un dernier hommage rendu à leur chef. Le soleil se couche, le crépuscule s’éteint, la nuit se passe, le jour surcède au jour... le long défilé continue ; et lorsqu’enfin il s’achève, quand le dernier des sujets a déposé la terre sur la tombe de son chef, l’arbre est enseveli jusqu’à la rime et le fier guerrier repose sous une montagne!