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CONGRÈS INTERNATIONAUX

SÉIUCICOLE ET VITICOLE DE 51 OSTI'ELLIER *.

Le congrès séricicole de Montpellier est la suite d’une série de réunions annuelles, dont la dernière s’csl tenue à Rovereto. Un grand nombre de sériciculteurs italiens se sont présentés à Montpellier, et ont donné à ce congrès un intérêt considérable. Contrairement à ce que j'ai vu parfois pour les savants de leur pays, ils ont apporté un grand nombre de faits et d’expériences, sans dissertations ni théorie vagues, cl l’ardeur avec laquelle il cherchent à régénérer leurs anciennes races doit stimuler puissamment les éducateurs de notre pays. Au début de sa première séance (27 octobre), sous la présidence de M. Vialla, le congrès a décerné la présidence honoraire à M. L. Pasteur, et a envoyé un télégramme de félicitations à M. Cornalia, en associant ainsi dans un hommage solennel les travaux les plus éminents, accomplis en France et en Italie pour triompher des maladies qui nous désolent, et entravent la production de la soie européenne depuis un quart de siècle.

Les études du congrès séricicole étaient indiquées à l’avance par un programme de questions, un peu trop brièvement rédigé, et dont une partie a reçu une solution satisfaisante, tandis que d’autres, non eneoresuffisamrnent élaborées et appuyées d'expériences, ont été renvoyées au congrès de 1876, qui se tiendra à Milan.

La première question traitée a été la suivante: dans quelles circonstances les chrysalides et les papillons prennent-ils des taches brunes ou noires sur diverses parties du corps? Un des rapporteurs, M. Lichtenstein, rend compte d’un mémoire do M. tomba, qui opère au domaine royal delaMandria, près de Turin, des éducations de diverses espèces de Bombycicns succédanés de celle du mûrier ( Sericaria m ori, Linn.) qu’on élève avec la feuille de chêne, ce sontles Allants Pernyi, G. Mén. de la Chine, myliUa, Fabr., de l’Inde et Yama-maï, G. Mén., du Japon. D’après lui les taches sont dues à une extravasion du sang après déchirure du vaisseau dorsal (série linéaire des coeurs) et k l’action de l’air qui noircit cc sang extravasé. En général les chrysalides et les papillons tachés ne sont pas corpusculeux, et pour lui les taches sont un indice de flacherie et non de la maladie corpusculeuse. On sait que ce sont là les deux maladies qui déciment nos chambrées de vers à soie, la première maladie beaucoup plus intense et plus fréquente que la seconde depuis quelques années. M. Lichtenstein ajoute qu'il a remarqué, dans une petite éducation de Yama-maï, faite par lui cette année, que ses vers prenaient à volonté la flacherie quand il les nourrissait avec des feuilles de chêne mouillées, tandis qu'il les

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guérissait en leur faisant manger des feuilles sèches. Un sériciculteur italien, M. Guido Susanni, de Milan, prend alors la parole et cherche à établir une distinction entre les taches. Les unes, propres aux chenilles, sont associées : aux corpuscules morbides du sang et sont un symptôme important de la maladie des corpuscules, qui a d’abord été nommée pebrine, par M. de Quatrefages, d’après l’aspect des vers qui semblent saupoudrés de poivre. D’autres ta- : cbes, dues au sang extravasé, affectent les ailes et le corps des papillons. Enfin, il y aurait des taches dites deBelloli, i existant sur les chrysalides, les seules en relation avec la flacherie, qu’on rencontre surtout dans les chambrées atteintes de cette maladie, de sorte qu’il est bon de rejeter des grainages les lots qui s’en trouvent affectés. Après une discussion fort confuse sur les taches, et sur la proposition | de Jl. Melissari, député italien, la question est renvoyée au . prochain congrès.

L’étude des circonstances qui font développer la flacherie et des remèdes qu’on peut apporter à cette redoutable affection, avait provoqué la rédaction de plusieurs mémoires. On sait que cette maladie est surtout cruelle, eu ce qu’elle frappe le plus souvent les vers k soie au moment de la montée. alors qu’ils vont récompenser les efforts du magnanicr et que toute la dépense est faite. Le rapporteur, M.le marquis de Lespine, président de la Société d’agriculture de Vaucluse, analyse un travail de M. le docteur Ferry de laBellone. Ses résultats ont etc acquis k la suite de cinq ans d’éducation de 31)0 onces (25 gr. l’once) de graine préparée par la méthode de sélection deM. Pasteur, à laquelle l’auteur rend le plus juste hommage. De cette manière la maladie corpusculeuse est éliminée, et on n’est i plus en présence que de la flacherie seule, affection déterminée par les ferments de la feuille altérée dans le tube digestif delà chenille. M. delà Bellone, ainsi que M. Pasteur l’a établi dans son ouvrage célèbre sur les Maladies des vers à soie, reconnaît la flacherie héréditaire et la flacherie accidentelle. La première est due k une mauvaise disposition des reproducteurs, la seconde, k laquelle les races japonaises sont celles quioffrentleplus de résistance, est le résultat des éducations intensives. Elle provient alors d’écarts de température, d’une mauvaise ventilation des locaux, d’une nourriture altérée ou donnée sans soins. Elle est très-contagieuse. On la combat par le transport dans des pièces saines, la diète, une température assez élevée, facilitant la digestion, et une bonne ventilation. L’auteur a aussi essayé des inhalations d’oxygène pur; mais les expériences ne sont que commencées et il se contente de prendre date.

Le rapporteur continue en donnant lecture d’un mémoire de M. le docteur André île la Canourgue, qui a fait des expériences relatives k l’influence du milieu sur le développement de la flacherie et rapporte de nombreux faits ! sur des éducations envahies par cc fléau.

Un autre rapporteur, M, Maillot, directeur de la station séricicole de Montpellier, rend compte de divers mémoires italiens sur le sujet précédent. M. Boufanti propose d'élever les vers dans une épaisse fumée M. Lancini, combattant l’idée de la flaclierie héréditaire, est partisan de l’éducation k vive lumière et avec beaucoup d’air, de pratiquer des fumigations de chlore et d’acide sulfureux sur les papillons en accouplement et sur les œufs, de tremper ceux-ci en août à l’eau de mer, de les exposer aux chaj leurs de l’été et aux froids de l’hiver. Dans un mémoire trop I théorique , .M. de Bellesini prétend que la flacherie j est due k une hypertrophie des corpuscules du sang I qui se remplissent d’eau. 11 a fait quelques expé-

rienccs, avec des lots témoins, et donne comme causes ' un refroidissement tardif de la graine , le développement trop lent de l’embryon, la mise en incubation de la graine dans des lieux obscurs et humides, l’élevage des vers dans des chambres mal ventilées et humides. 11 propose une sélection nouvelle au point de vue de la flacherie, qui consisterait à n’einployer comme reproducteurs que les papillons n’offrant qu’un résidu très-faible ou nul dans la partie stomacale de l’intestin du ver. Le congrès demande aux expériences de l’avenir de séparer avec soin, do manière à faire des éliminations, et sous le contrôle de lots témoins, les diverses influences donl les mémoires précédents ont traité avec un peu de confusion.

M. de Plagniol fait connaître un mémoire de M. A. Levi, sur les ravages causés dans les grainagescellulaircs par un petit Dernestien (Coléoptères) l'Antlirenus varius, Fabr., fléau des collections entomologiques, qui ronge les corps des femelles réservées pour l’examen microscopique, les toiles et les graines, et un mémoire de M. Espitalier sur les ravages analogues du Dermestes lardarius Linn. A cette occasion M. Maurice Girard fait connaître qu’il a depuis longtemps publié des observations analogues dans les annales de la Société entomologique de France. Il croit que le mieux, comme préservatif, est d’empêcher l’invasion des Iterinestiens ailés qui viennent pondre sur les corps des femelles au moyen de gazes ou de lins treillis métalliques, permettant la libre circulation de l'air. M. Susani assure qu’il a essayé ces moyens et a dù y renoncer, les dangereux insectes parvenant toujours à trouver des interstices. 11 assure même qu’ils peuvent pondre leurs œufs à travers les mailles de la gaze et à distance. Il ne voit de remèdes que dans la chasse des adultes, moyen qui doit être bien difficile pour les Anthrèncs en raison de leur petitesse, et conseille un moyen beaucoup plus rationnel, celuid’appûtspiéges , en disposant dans la salle de grainage des petits tas de papillons morts où viennent pondre les Dermestiens, et qu’on enlève h mesure. M. Maurice Girard pense que M. Susani a dù souvent, malgré ses treillis, enfermer l’ennemi dans la place, car il a constaté que les Dermestiens, bien que vivant à l’ordinaire de substances animales desséchées, peuvent pondre sur les chrysalides (dans les espèces de Üombyciens à cocons ouverts) et sur les femelles encore vivantes sur les toiles de grainage.

Une dernière série de mémoires a été inspirée par les expériences de M. Duclaux sur l’influence du froid sur les œufs de vers à soie au point de vue des bons élevages futurs. Un mémoire de M. de Plagniol étudie, avec de nombreux dclads anatomiques, le développement de l’embryon dans la graine, et propose de les exposer aux grandes chaleurs de l’été et aux grands froids de l’hiver. Dans le même ordre d’idées, M. Raihaud-Lange, directeur de la fermeécole de Pailleroles, présume que la respiration de la graine, se résumant dans une combustion, doit tendre à affaiblir l’embryon, si cette combustion se prolonge trop, et le prédisposer à la flacherie. 11 croit qu’on obtiendrait de bons elfets de l’exposition de la graine au froid, et s’est bien trouvé de la faire hiverner à de grandes altitudes. M. Susani dit que ce dernier mode d’hibernation ne lui a pas réussi, et a reconnu que les variations de température après l’hiver sont nuisibles et donnent la flacherie, ce qui peut expliquer la mauvaise influence des printemps trop doux et variables.

M. Raulin, sous-directeur du laboratoire de chimie physiologique à l’école normale (laboratoire de M. Pasteur), estime d’après ses expériences, que l’élat hygrométrique des graine» a une certaine influence, encore peu éclaircie,

sur le développement futur de la flacherie, et il propose une méthode pour bien étudier cette affection. L’auteur part d’une observation faite sur l’éducation des pontes isolées qu’il poursuit depuis 1871 : il a remarqué que ce système ne présente aucune anomalie la première année ; mais que, répété sur plusieurs générations d’uno même graine, il donne à cette graine une tendance à mal éclore, aux vers une certaine difficulté à faire les mues, aux cocons, à la soie, aux œufs, un poids plus faible que le poids normal, aux éducations, une certaine prédisposition à la flacherie.

L’expérience lui a appris que la cause de r.es phénomènes réside dans une dessiccation exagérée des œufs, ou des vers dans le jeune âge, inhérente au système. M. Raulin indique le moyeu d’y remédier simplement.

11 en conclut qu’une circonstance de l'éducation des vers ou de la conservation de la graine peut avoir sur la flacherie une influence très-réelle, sans que celte influence se manifeste sur une seule génération ; qu’on pourra peutêtre la mettre en évidence en la faisant agir pendant plusieurs années sur chaque génération d’une même graine ; qu’il y a là en conséquence une méthode d’expérimentation capable de conduire à des résultats nouveaux.

A ce système d’expériences qui devrait être essayé pour rechercher une à une toutes les influences qui peuvent agir sur la flacherie, v on peut joindre très-utilement comme moyen de contrôle et comme vérification, des observations suivies sur des éducations industrielles convenablement organisées.

M. Raulin déclare n’avoir pas observé d’influence de l’hibernation des graines sur la flacherie, et propose au Congrès la conclusion suivante, qui est adoptée : * Userait utile d’isoler à part chacune des principales circonstances qui agissent sur la graine, c’est-à-dire la température et l’état hygrométrique de l’air, et, par des expériences comparatives répétées, s’il le faut, sur plusieurs générations successives, mettre en évidence l’influence de ces circonstances sur la flacherie. »

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