LA CONQUÊTE DU POLE NORD
Nous avons publié les renseignements les plus complets sur la dernière expédition autrichienne au pôle nord, sur les voyages de ces audacieux explorateurs, qui, s'ils n’ont pas traversé, comme ils l'espéraient, le passage nord-est, ont apporlé à la géographie un nouveau groupe de terre considérable. Nous avons donné le panorama de ces régions désolées 1 , nous avons publié la physionomie des paysages qu’ils offrent aux regards du voyageur, nous joignons à ces documents la carte de ces pays glacés, avec la trace des voyages en traîneaux accomplis à trois reprises différentes par le lieutenant Payer*. 11 ne nous parait pas inutile de tirer une conclusion de cette belle exploration, et d'envisager succinctement l'avenir d’un grand problème qui semble déjouer les efforts de toutes les nations civilisées.
M. Payer, comme il l'a rapporté lui-même , ne croit guère à la possibilité d'atteindre le pôle par la voie de la mer, cl la longue expérience qu’il a acquise des glaces du nord donne un poids considérable à son opinion. Mais il ne faudrait pas perdre de vue des appréciations dignes de foi, qui ont été tour à tour émises, par des explorateurs non moins accoutumés à ces périlleux voyages. Il est bon de jeter les yeux sur le passé, et de bien voir que les navigateurs quise succèdent dans la suite des années, gagnent peu à peu du terrain vers le nord, et dépassent, à tour de rôle, les limites extrêmes atteintes antérieurement par leurs prédécesseurs. En 1 820, Scorcsby affirmait qu’il n’était guère possible de dépasser le 75° de latitude nord, dans la zone qui s’étend entre l île de Baereu, à la Nouvelle-Zemble ; que là était la limite des glaces , c’est-à-dire la limite de la navigation ; cependant MM. Payer et Weyprecht, dans ces mêmes
1 Voy. p. 20, 39, 32 du présent volume et Table des matières de la 2* anneci 2* semestre.
1 Nous devons cette carte à l'obligeance de M. Maunoir, aeerctaire de la Société de géographie.
régions, viennent d'atteindre en une simple barque la latitude 78°45'. Si, lors d’une autre expédition, les circonstances sont plus favorables, on pourra peut-être gagner encote plus vers le Nord. Plusieurs géographes et un grand nombre de voyageurs de l’Océan glacial , sont encore d’accord, pour admettre que le pôle nord est entouré, sinon d’une mer libre, au moins d’un océan plus ou moins chargé de glaces, suivant les circonstances atmosphériques variables, et offrant des passes li-