‹ La Nature 1875 S1Chapitre 64 sur 224 · AUSTRAL] 1E · texte numérisé non relu

AUSTRAL] 1E

l a l'Angleterre ) j-

Tracé do la traversée du Challenger de Cap York (Australie) à Hong-Kong (Chine), du 8 septembre au 10 novembre 1871.

Chien *, permet d’appréeier avec quelle vogue serait accueillie la curieuse famille birmane, dont nous reproduisons ci-dessous la physionomie, d’après une photographie. Mais il y a ici autre chose à considérer qu’une anomalie singulière; il y a un fait des plus

Le succès de curiosité que l’homme velu, Andrian rtichiew, a obtenu à Paris sous le nom d 'Homme-

Une famille velue en Birmanie. —, Shwc-Maon, sa lille Maphoon et son petit-fils. (D’après une photographie.)

curieux de la transmission d’une difformité à une des anthropologistes, a été décrit par Crawfurd en troisième génération. Car les trois personnages re- 1826, ainsi que sa fille Maphoon, devenue mère deprésentés sur notre gravure, sont le père (à droite), puis cette époque, la lille (à gauche) et le fils de celle-ci (au milieu).

Le père de cette famille, Shwc-Maon, bien connu , 1 Vov Table Ucs matières de la amue.

Voici ce qu’écrivait alors M. Crawfurd 1 : « Nous avions beaucoup entendu parler, depuis que nous étions à Ava, d’un individu tout couvert de poils, et qui, faisait-on remarquer, avait plus de ressemblance avec uu singe qu’avec un être humain. Cette assertion, je m’empresse de le dire, n’a rien de justifié. Comme nous avions manifesté le désir de voir cet individu, le roi eut l’obligeance de l'envoyer à notre résidence, il y a quelques jours, et, le docteur Wallick et moi, nous avons immédiatement pris des notes sur cet individu et sur son histoire qu’il nous a contée lui-même. Il a nom Shwe-Maon, et nous dit être âgé de trente ans. Il est originaire du district de Mae-Yong-Gye, contrée de Laos, baignée par la rivière de Salucn, ou Martaban, distant d’Ava de trois mois de marche. Saubvva, chef indigène, l’avait présenté au roi comme une curiosité, lorsqu’il n’avait que cinq ans, et depuis il est toujours resté à Ava. Sa taille est de cinq pieds trois pouces ( I m ,61), ce qui est à peu près la taille moyenne des Birmans. Comparée à la structure robuste de la race indochinoise, celle de ce sujet est frêle et délicate. Ses yeux sont d’un brun foncé, moins noirs pourtant que ceux de la plupart des Birmans. On en peut dire autant des cheveux, plus fins sur la tête, et moins épais.

« Tout le front de cet homme, les joues, le nez, y compris l’intérieur des narines, sans compter le menton, — bref, tout le visage, les lèvres exceptées, — sont couverts d’un poil fin qui, sur le front et aux joues, à 8 pouces de longueur et 4 pouces au menton et au nez. La couleur de ce poil est d’un gris argenté; il est doux, soyeux et plat. Les oreilles au dehors, au dedans, jusque dans le conduit auditif, sont complètement recouvertes d’un poil de même nature et de même longueur que celui du visage. C’est là ce qui contribue surtout à donner à cet individu un aspect singulier qui, au premier abord, n’a rien d’humain.

« Shwc-Maon n'a point, à proprement parler, de cils, de sourcils ou de barbe ; ces poils sont remplacés par ceux qui couvrent sa figure entière.

« Tout le corps, à l’exception des mains et des pieds, est revêtu du même poil, quoique moins abondamment, si ce n’est aux épaules et le long de l’échine, où le poil a 5 pouces de longueur. Il a 4 pouces sur la poitrine. 11 est plus rare sur les bras, les jambes, les cuisses et l’abdomen. Nous pensâmes alors que cette toison pouvait peut-être disparaître périodiquement, mais Shwe-Maon nous assura qu’il n’en était pas ainsi, et nous vîmes que notre supposition n’était pas fondée.

« Bien qu’il n’ait que trente ans, Shwe-Maon a sous certains rapports l’aspect d’un homme de cinquante-cinq à soixante ans; ses joues sont creuses . comme celles d'un vieillard, ce qui est dû à la couformation de sa mâchohe. En inspectant sa bouche,

1 Journal d'une ambassade du gouverneur général des Imlcs à la cour d'Ava. 2* édition. — Londres, 1X34. Vol. I", p. Slè. ,

nous reconnûmes qu’il n’a que cinq dents à la mâchoire inférieure : quatre incisives et une canine à gauche. La mâchoire supérieure n’a que quatre dents, dont les deux extérieures ont quelque ressemblance avec des dents canines. Les molaires font absolument défaut. Les gencives, ou ce qui en tient lieu, sont une gaine charnue et rigide et, à en juger par les apparences, n’ont point d’alvéoles. Les dents sont s:iincs, mais très-petites; Shwe-Maon n’en a pas eu d’autres. Les dents de lait sont tombées quand il atteignit l’âge de vingt ans.

« Les proportions du corps de cet individu sont, pour un Birman, régulières et même agréables. Ses facultés intellectuelles sont développées ; Shwe-Maon jouit d’un grand bon sens et d’une intelligence qui, chez scs compatriotes, est supérieure à la moyenne.

« 11 nous dit qu’à sa naissance scs oreilles seules étaient velues : le poil avait une longueur de deux pouces, et une couleur de lin. A l’âge de six ans, le poil se mit à pousser sur tout le corps, et d’abord sur le front.

« Shwe-Maon s’est marié à vingt- deux ans à une femme qui lui donna quatre enfants, toutes filles. La plus âgée mourut à trois ans, la cadette à onze mois. La mère, joli type de la race birmane, nous a montré tort gracieusement les deux enfants qui lui restent. L’aînée, âgée d’environ cinq ans, ressemble à sa mère d’une manière frappaute ; elle n’a rien qui la distingue des enfants ordinaires. Elle a fait sa dentition à l'époque normale, et, à i’àgc de deux ans, a eu toutes ses dents de lait. La plus jeune enfant a deux ans et demi, elle est assez mince, et ctt née avec des poils à la partie antérieure des oreilles. Celles-ci furent entièrement couvertes de toison quand l'enfant eut six mois, et à un an, les différentes particsducorps devinrent sensiblement velues. Le poil a une couleur de lin et est soyeux au toucher. A l’âge de deux ans l’entant eut une paire d’incisives à chaque mâchoire, mais elle n’a jusqu’à présent ni canines ni molaires. Shwe-Maon nous assure qu’à sa connaissance aucun de ses parents ni même aucun de ses compatriotes ne présentaient les particularités qui le distinguent. Shwe-Maon a, croyons-nous, été bouffon à la cour; il s’y est exercé aux grimaces. Ces singeries ne semblent pas l’avoir considérablement enrichi; car pour subvenir à sa subsistance et à celle de sa famille, il se fit vannier, et c’est encore aujourd’hui la profession qu’il exerce. Sa monstruosité eût été plus lucrative à Londres. »

Vingt ans après le récit de Crawfurd, cette famille velue a été vue par le capitaine II. Yulc, qui en a donné une nouvelle description 1 . La petite fille de deux ans était devenue femme et le poil développé successivement avait couvert tout le corps. Voici ce que le capitaine Yule écrit au sujet de la fille de Shwe-Maon, nommée Maphoon:

« Toute la figure de Maphoon est couverte de poils. Sur une partie des joues et entre la bouche et le nez,

1 Récit de la Mission envoyée par le gouverneur général des Indes à la cour d’Ava. II. Yulc.

ce poil est assez comt, partout ailleurs il est soyeux, brun, mais plus clair aux alentours du menton et du nez ; sa longueur est de cinq pouces. Il est trèstouffu aux ailes du nez, sous les yeux, aux pommettes, mais c’est aux oreilles, intérieurement et extérieurement, qu’il l’est le plus.

« L’oreille se trouve ainsi entièrement cachée, si ce n’est vers la pointe extrême de sa partie supérieure. Tout le reste est dissimulé sous le poil soyeux qui forme des mèches de huit à dix pouces de longueur. Les cheveux du front sont relevés et se confondent avec ceux de la tête ; Maphoon, comme toutes les birmanes, est coiffée à la chinoise. Cette chevelure n’est pas assez épaisse pour cacher la ferme du front.

« Le nez de cette jeune femme est très- velu, plus qu’il ne peut l’être chez aucun animal. Des touffes épaisses y sont plantées et en descendent à droite et à gauche, imitant les moustaches d’un chien griffon. Les joues sont garnies d’un poil moins foncé, dont la longueur est de quatre pouces et dont le toucher est doux.

« Maphoon a des manières modestes, sa voix est féminine ; 1 expression de sa physionomie n’est point désagréable, si l'on sait oublier la première répulsion qu’elle inspire. En l’apercevant d’abord, on croit à un déguisement, à la présence d’un masque. On a peine à se convaincre que celte monstruosité est naturelle.

« Le cou, Ja gorge, les bras de Maphoon sont couverts d’un fin duvet, à peine visible sous certaines incidences de la lumière. Quand nous la vîmes, elle fit un mouvement, comme pour se dépouiller do ses vêtements supérieurs, mais non sans une hésitation que nous crûmes devoir prévenir. Maphoon était accompagnée de son mari et de deux garçons. L’aîné, âgé d’environ quatre ou cinq ans, n’offre rien do particulier. Le plus jeune, qui a quatorze mois, et qui tette encore, tient évidemment de sa mère. 11 a peu de cheveux sur la tête, mais ses oreilles sont garnies d'une sorte de bourre de soie, et ce nourrisson a une paire de moustaches et une barbiche blonde qui feraient envie à un sapeur. L’enfant a, somme toute, la même apparence que sa mère elle-même quand elle avait le même âge.

« On voit que cet enfant est le troisième en descendancequi présente la particularité dont nous nous occupons.

« Ajoutons qu’à la troisième génération, comme aux deux précédentes, un seul individu a été velu. Maphoon a de plus cette dentition singulière déjà caractéristique chez son père : absence de canines et de molaires; rigidité uniforme de larrière-gcncivc, »

Six ou sept années apiès ce récit, c'est-à-dire en 1852 ou en 1855, la famille velue fut encore examinée par le capitaine Haughton, qui en prit une photographie 1 . Le plus jcuue enfant de Maphoon s'ap-

1 I.a photographie que nous reproduisons ici a été faite par II. Brownc et Shcppard : clic a été envoyée par 51. Hawkins,

prochait de l'âge adulte. Les particularités qui ont distingué sa mère et sou grand-père se sont cucoïc reproduites à la troisième génération.

LA SCIENCE AU NOUVEL OPÉRA

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