VOYAGE DU « CHALLENGER
d’austhalie en chine.
Le Challenger a quitté l’Australie le 8 septembre 1874, jour où la cap York a disparu à l’ouest. Le navire se trouvait alors dans le détroit qui sépare le grand continent australien de la Nouvelle Guinée, et qui porte le nom de Tories. Les observations faites '< par les zoologistes de l’expédition ne laissent aucun : doute sur la réalité de l’opinion qui admet que la Nouvelle-Guinée a été détachée de la Grande terre, par une convulsion géologique analogue à celle quia séparé la France de l’Angleterre, ou par un affaissement progressif du sol.
Le courant qui règne dans le détroit de Torrès est tellement violent que les limons des fliuves sont refoulés vers l’ouest, tandis que dans la partieorien- [ talc les récifs de coraux abondent. La barrière de coraux pénètre jusqu’à une vingtaine de mètres du niveau de l’Océan, tandis que toute la plaine sousmarine, qui sépare File du continent, est couverte de dépôts boueux sur une surface d’environ 400,000 kilomètres carrés. La longueur de ce district est d’environ 1,000 kilomè'res. La profondeur de l’eau ne dépasse jamais 120 mètres.
Les parages des îles d’Arrou 1 sont très-dangereux à cause du peu de profondeur de la mer. C’est un fond rocailleux sur lequel les naturels pratiquent la pêche des perles. Cette industrie, jointe à la chasse des oiseaux de Paradis et à la cueillette des nids d’Inrondelles produit dans ces régions un certain mouvement quasi-commercial. La température insuportable est le seul obstacle que les Européens aient a vaincre, si leur peau est assez dure pour résister au venin des moustiques.
11 y a dans les îles Arrou un certain nombre de maîtres d’école protestants qui cherchent à lutter contre le paganisme et contre le commerce des esclaves. Mais le fond de la population qui est papoue est d’une ignorance profonde. La vue de la chaloupe à vapeur du Challenger qui suivait le rivage pour aller reconnaître un gisement de charbon de terre les plongea dans un profond ébahissement. Ils lâchaient de suivre le petit navire à la course ainsi que quelques résidents chinois qui s’étaient laissés gagner parla furia papouese.
Derrière les dunes qui marquent le point d’arrêt des hautes marées, on voit s’élever çà et là, au milieu delà puissante végétation de ces contrées, lescabanes de ces sauvages. Elles sont, comme on le sait, perchées sur des bâtons et ressemblent à celles de l’homme de la période lacustre.
De l’autre côté des îles d’Arrou la profondeur de la mer est beaucoup plus considérable, car à 1 6 kilomètres seulement des îles la sonde accusait 1,600 mètres. Le Challenger a visité ensuite les îles de Ky,
1 Voir la carte, p. 120, pour tou: les points mentionnés dans c«t(c notice.
dont les habitants sont renommés pour leur habileté à construire des prahs. Ils paraissaient très-empressés de faire connaissance avec l’équipage, mais ils étaient si cruellement affectés de maladies de peau qu’il a été nécessaire de leur ordonner de quitter le bord. Cependant, à Ridoulou on a admis le rajah et sa suite, qui paraissaient à l’abri de ces galles invétérées et pernicieuses. Le mahométisme est la religion dominante dans cet archipel qui n’est séparé que par la mer de Banda de l’extrémité méridionale des îles des Epices.
La végétation de ces contrées est merveilleuse et délie toute description. Les poivriers et autres arbres analogues d’une nature délicate sont plantés au milieu d’arbres [dus robustes destinés à les défendre contre le vent. On voit donc de larges bosquets où le cocotier, le plantain, le bananier, le bambou, et l’arbre qui donne la noix de betel, marient leurs feuillages.
Ces merveilles végétales couvrent les flancs abrupts de ravins profonds, rocailleux et tourmentés.
| Il y a quelques années la culture des épices était un monopole, dont le gouvernement néerlandais était | très-jaloux, et qui était réglementé par des lois plus ! sévères que celles qui régissent la culture du tabac en France. Maintenant l’industrie est libre et l’escla- I vage est aboli, mais les Malais gagnent assez en un ou deux jours de travail pour vivre bourgeois pendant tout le reste de la semaine. C’est de Java que l’on tire la majeure partie des coolies qui u’ont point l’assiduité de la race chinoise. Depuis que l’oi a aboli l’esclavage et le fouet, la seule punition est l’emprisonnement dont les Javanais n’ont guère peur. Malgré cela on trouve de belles plantations réellement prospères et le régime passé n’est à regretter d’aucune manière. La force de la végétation est si grande que sans un travail constant et fort coûteux, d’extirpation des mauvaises herbes, les arbres seraient étouffés.
Le gouverneur de Banda a donné au Challenger une fête curieuse. Son canot, conduit par deux rangées de dix-huit rameurs, accompagnait le navire au son dugong et des chansons du pays, qui ne manquaient point d’une certaine harmonie sauvage.
Rien n’est plus étrange que de les voir arrêter leurs rames pour donner aux visiteurs une haute idée de la précision de leurs manœuvres et de la force de leurs mucles ; car ce tour d’adresse nautique suppose une dépense considérable de vigueur.
Banda n’est pas seulement célèbre par scs excellentes noix de betel, dont nous nous sommes bien donné gai de de goûter, mais encore par son volcan dont nous avons fait, non sans difficulté, l’ascension.
Amboine, où nous sommes arrrivés 34 jours après notre départ d’Australie, est une île où le service de la poste se fait très-régulièrement. Une fois par mois le paquebot du gouvernement hollandais vient faire le tour des côtes. Si nous nous étions doutés de cette circonstance nous aurions dit qu’on nous dirigeât sur
ce point nos correspondances d'Angleterre. Le paquebot-poste de Java nous rencontra pendant que nous faisions notre charbon au xvhorf du gouvernement.
D’A niboine nous avons été à Termite qui est l'extrémité septentrionale des possessions hollandaises, dont nous n’avons effleuré que la partie orientale, car notre but élait de regagner les Philippines et la Chine.
Ternate l'ait partie d’un archipel de dix îles toutes volcaniques, que l’on peut apercevoir d’un seul coup d’œil. Les bases de ces cônes sont le siège d’uue culture active qui empiète de plus eu plus sur les forêts vierges au centre desquelles se trouve toujours le cratère. Ce coup d’œil est sans dou e unique dans le monde.
Tidor est une île que nous avons visitée et dont un sultan partage la possession avec les Huila 11 il ai s . C’est le 141' méridien qui marque la frontière des deux gouvernements. Cotte île possède un volcan haut de 1,800 mètres, mais dont l'ascension n’est pas possible.
En effet, la terre est couverte de matière sulfureuse qui brûle au contact de l’air.
Aucun de ces nombreux volcans n'était en éruption. Ou lia voyait au sommetquo quelques légères vapeurs que l’on pouvait confondre avec des nuages éloignés.
Une guerre assez active ravageai ces contrées éloignées. Elle avait éclaté entre les troupes de la République espagnole et le sultan des îles Soulou. L’archipel était bloqué par des eanuonières pour empêcher les habitants de commettre des actes de piraterie contre les habitants des Philippines, ou contre les navires d’Europe.
Les Espagnols n’ont rien appris ni rien oublie, car leur gouvernement est aussi despolique aujourd’hui qu’il l’était du temps du roi Netlo. Nous avons eu le temps de nous en convaincre pendant le court séjour que nous avons fait à Zumboangan, pointe méridionale
de Mindano, île qui, comme l’on sait, est situéeau sud de leur archipel. Nous sommes arrivés le 4 novembre à Manille et de là nous avons toujours continué notre route vers le nord. Nous sommes ainsi arrivés à Hong- Kong le 10 novembre, après 70 jours seulement de voyage. C’est 10 jours de moins que M. Jules Verne, dont le délicieux volume tombé entre nos mains, n’en a mis pour faire faire le tour du monde à son héros. Mais dans 70 jours nous avons fait un nombre prodigieux d’observations curieuses que je vous décrirai
en détail. Je me borne à vous indiquer aujourd'hui le sommaire de notre itinéraire. La moisson a été si abondante que nous n’avons plus de place à bord, il était temps d’arriver dans une colonieanglaisepour nous débarrasser de notre supplément de bagages.
C’est une merveilleuse chose que ce télégraphe électrique. Nous allions revendre la mer lorsqu’il nous apprend que le capitaine M. Narès, est appelé à un poste d honneur. Il va commander l'expédition anglaise du pôle Nord. Après avoir là té des glaces du Sud, je voudrais bien tâcher de vaincre celles du Nord.
Mais les ordres de l’amirauté sont formels, nul ne peut le suivre : Sans cel i que deviendrait le Challenger!
Un mot encore avant de terminer. Les mers que nous venons de traverser peuvent être considérées comme une série du bassins, dont le bord est formé par une muraille de coraux qui interdit toute communication profonde avec l’Océan. Le courant glacial ne saurait atteindre ces coupes gigantesques dont le fond est rempli par une eau dont la température est de 10° centigrades '.
Membre de l'cipédition du Challenger
* ha correspondance que nous publions ici, a été récemment envoyée en Angleterre
1 1 o s de/Uf^on)-*- -
/ ir fe
J Possessions Espaçtiolc#.
i d) Fartiof -ùxdépeiukaïUsJ 1