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L’ÉLECTRICITÊ DES EAUX MINÉRALES

L'instrument dont nous avons fait usage est un galvanomètre de 550 tours, isolé selon le système de M. le professeur Colladon, et que M. Ed. Sarasin avait bien voulu mettre à notre disposition. L’aiguille faisait une oscillation simple en quatorze secondes. Un avait pris pour électrodes deux fils de platine de 26 centimètres de longueur, terminés par deux plaques de même métal, ayant 12 centimètres carrés de superficie, et soudés aux fils à la soudure d’or.

l re expérience. — La grande source thermale du Stadthof ayant été découverte, nous y plongeâmes l’une des électrodes de platine ; l’autre électrode fut plongée dans la Limmat, et réunie au fil du galvanomètre par 35 mètres environ de gros fil de cuivre, recouvert de gutta-percha, franchissant à travers les corridors de bains tout l’intervalle qui sépare la source thermale de la Limmat.

A l’instant où le conducteur métallique fut complété, on vit l’aiguille du galvanomètre, lancée avec force, décrire plus d’un tour, et bientôt osciller autour de 74% puis, à mesure que l’électrode plongée dans la source chaude se couvrait de bulles gazeuses et se polarisait, le chiffre du galvanomètre descendait à 72°, puis à 60°, et remontait aussitôt à 70“ lorsque, à l’aide d’une brosse, on venait de nettoyer le platine de l’électrode.

Cette expérience montre que l’eau thermale s’échappe du sol assez fortement électrisée. Le cou-

4 L’aulcur de ces expériences a su, dans les jours malheureux de noire patrie, niettie au service de son pays les méthodes et les résultats du la science la plus élevée; il a apporté un utile concours à la navigation par ballons, à la correspondance avec la province, et on le comprend aisément, à la télégraphie optique. Et cependant on semble avoir oublié le trop modeste savant. Nous signalons ce fait à qui de droit : c'est une satisfaction à donner à l’École polytechnique, car, parmi les professeurs dont elle s’honore, M. Alfred Cornu est le plus jeune tout à la fois et l’un des plus éminents.

* Ces expériences ont été exécutées à Baden, en Suisse, en octobre 1874, et sont rapportées dans les Archives des sciences physiques et naturelles de Genève.

rant électrique va de la Limmat à la source, c'est-àdire que l’eau de la source est électrisée négativement.

2" expérience. — On a placé l’un à côté de l’autre, sans qu’ils se touchent, deux vases de grés, ayant chacun environ six litres de capacité. Le premier vase A est rempli d’eau thermale prise immédiatement à la source et encore très-chaude; le second vase B est plein d’eau froide de la Limmat. Les électrodes de platine, terminant le fil du galvanomètre, sont introduites dans les vases A et B ; le circuit est fermé par une mèche de coton imbibée, joignant les deux vases. Aussitôt l’aiguille du galvanomètre indique un courant allant du vase froid au vase chaud, c’est-à-dire dans le même sens que le courant de la source, l'eau minérale chaude étant électrisée négativement. L’aiguille oscille d’abord autour da 4i“ f/2, puis la déviation diminue graduellement jusqu’à devenir nulle lorsque l’eau thermale est à peu près refroidie. On échange alors les électrodes pour savoir si l’affaiblissement du courant est dû à la polarisation des lames de platine; on reconnaît ainsi que la polarisation ne contribue que très-peu à l’affaiblissement observé.

5 ,,,c expérience. Tout restant disposé comme dans l’expérience précédente, et l’eau thermale étant à peu près complètement refroidie, on la réchauffe de nouveau avec une lampe à alcool jusqu’à la température de 47° centigrades, un peu supérieure à celle de la source. Cependant on n'observe aucun courant bien appréciable au galvanomètre. Ainsi de l'eau thermale refroidie, puis réchauffée artificiellement, a perdu la propriété de développer un courant électrique dans les conditions indiquées.

4 me expérience. Même appareil que pour les expériences 2 e et 5°. On remplit le vase A d’eau chaude chargée d’acide carbonique et le vase B d’eau froide de rivière. Le galvanomètre n’indique pas de courant. Ainsi le courant observé dans l' expérience 2“ ne résulte ni d'une action thermo-électrique (ce qu'établissait déjà l’expérience 3 e ) ni d'une action particulière de l’acide carbonique sur l'électrode de platine.

Les résultats qui précédent peuvent recevoir différentes interprétations, faciles à imaginer, mais entre lesquelles il serait peut-être difficile de choisir en l’absence de recherches plus étendues.

C’est pourquoi nous avons l’intention de continuer prochainement une étude à laquelle nous n’avons pu consacrer jusqu’ici que peu d’heures.

Thuky, professeur à Genève, et A. Mihnich, docteur-médecin.

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