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LE CUIVRE DANS L’ORGANISME

Le lecteur n’a sans doute pas oublié te drame horrible de l’assassinat d’une herboriste de Saint-Denis, empoisonnée par son mari. Ce crime épouvantable a

donné lieu à une remarquable expertise faite sur le cadavre de la malheureuse victime par le docteur Bergeron et M. L. L’Hôte, chimiste. Ces experts ont dévoilé l’attentat, en retrouvant dans le cadavre des proportions de cuivre tout à fait anormales; ils ont en outre apporté à la science des documents nouveaux, et d’un intérêt tout particulier.

On sait, depuis Orlila, que les poisons minéraux ont la propriété de se localiser dans les grands appareils de sécrétion, le foie et les reins. MM. Bergeron et L’Hôte, ont en effet constaté, dans l’empoisonnement do Saint-Denis , que la totalité du cuivre absorbé, se retrouvait dans ces organes sécréteurs. La proportion du métal toxique était de beaucoup supérieure à celle qui existe presque toujours dans le corps humain, comme viennent de le prouver les recherches récentes dont nous présentons le résultat.

Ces recherches ont porté sur quatorze cadavres dont l’origine était connue, et les analyses ont été opérées sur une masse organique de 1 kilogramme environ et comprenant la moitié du foie et un rein. La matière desséchée était ensuite carbonisée. L'incinération du charbon s’effectuait à la monde, à une basse température. Les cendres obtenues, traitées par l'acide nitrique, évaporées à sec, ont été reprises par l'eau. La solution obtenue, neutralisée par l’ammoniaque en excès, et filtrée, a été acidulée par l'acide nitrique. La liqueur ainsi formée a donné tous les caractères d’une solution do cuivre, dans les quatorze analyses. Dans certains cas, les opérateurs ont pu opérer des dosages précis, à l’aide d’une méthode colorimétrique très-simple, basée sur la teinte bleu-céleste que donne l’ammoniaque avec les sels de cuivre. Chez onze individus âgés de 26 à 58 ans, MM. Bergeron et L'Hôte ont trouvé une quantité de cuivre variant de 0“ m , 7 à 1 milligramme, chez un individu de 78 ans le cuivre s’élevait à la proportion de l mm ,5 ; chez les deux autres individus les traces de cuivre non dosées étaient très-appréciables.

Ainsi, il est démontré, par ces analyses, que le corps humain renferme toujours du cuivre dans le foie et le reiu ; ce métal, accumulé dans ces organes, provient probablement de l’alimentation, préparée souvent dans la vaisselle de cuivre, il peut provenir encore du contact journalier d’objets de cuivre et de monnaies de même métal. A l’état normal la masse totale de cuivre contenue dans le foie et les reins ne s'élève pas au-delà de 2 milligrammes 1/2 à 5 milligrammes. Le cadavre de Saint-Denis en contenait, comme nous l’avons dit, des quantités beaucoup plus grandes.

Ajoutons enfin que MM. Bergeron et L’Hôte ont encore trouvé du cuivre dans les foies provenant du fœtus.

Ce fait est d’une haute importance et semblerait indiquer, en quelque sorte, qu’il y a là une accumulation de matières minérales analogue à celle qui a été constatée pour ces mêmes substances, par la graine des végétaux. Gaston Tissandieiu

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