‹ La Nature 1875 S2Chapitre 1 sur 117 · D A S S LA H IÔ G 1 O N FRANÇAISE · texte numérisé non relu

D A S S LA H IÔ G 1 O N FRANÇAISE

Toutes les voix de l’histoire qui parlent de nos pays à l'origine de notre ère, sont unanimes à le peindre comme étant d'une rudesse extrême. Cicéron, Lucien, Cassien, trouvent dans la Gaule le type d’un eusem- Idc de conditions climatériques des plus rigoureuses ; ils donnent même leur opinion comme étant la traduction d’un proverbe universellement accrédité. Aussi l’âne, au tempérament si modeste et si peu délicat, ne s’était pas encore risqué à passer de la Péninsule au nord des Pyrénées ; César rencontrait même le renne très-près de nos frontières, dans la forêt d'Hercignie (la Forêt-Noire), en compagnie de l’élan et du taureau sauvage ; la baleine faisait ses croisières jusque dans les golfes de Gascogne et du Lion ; puis, dans les longs et froids hivers, les rivières, même le Rhône, se transformaient en roules capables de porter des armées et leur matériel.

Ou conçoit, dès lors, ce que devaient être les Alpes et les Pyrénées il y a 2000 ans. Polybe, Tite-Live, Silius-ltalicus font de leurs frimats des descriptions

1 Bien des fois j'ai été délégué par la Société d'histoire naturelle de Colmar pour être l’un de ses représentants aux réunions annuelles des Sociétés savantes de la province. C'est même sous les auspices d’une de ces délégations que j'ai fait, pour la première fois, à la Sorbonne, la communication dont je vais exposer ici la partie principale. Membre de la Société colmarienne depuis sa fondation, je m’honore d’avoir pris part à ses travaux pendant les quinze années de la durée de sa vie française etd’avoir été l’un de. ses secrétaires, jusqu’au jour de mon expulsion brutale de l’Alsace par les Allemands, à la fin de la guerre. Je voudrais donc tout d'abord essayer de faire savoir d’ici que je partage sincèrement, et certainement avec les autres absents, le regret exprimé par nos anciens collaborateurs, de notre séparation, imposée par le malheur de l’annexion. Tous, de loin comme nous l'étions de près, nous restons attachés de cuiur à notre famille scientifique d'Alsace; nous adressons nos vœux de réussite aux travaux de ceux qui gardent le foyer, et nous nous estimerons heureux d’entretenir avec eux les relations fraternelles qu’ils désirent de continuer.

qui donnent le frisson du froid. Ils nous montrent partout des antas monstrueux de neiges séculaires, des monts et des nappes de glaces dures et brillantes comme le cristal, dont l'ensemble désolé s’étend aussi loin que la vue peut porter. Aussi le célèbre Agassi/, affirme, avec l’autorité qui s'attache à son nom, que ces régions ont eu des glaciers dont ceux d’aujourd’hui, malgré leur sublime horreur, ne sont que de petites réductions, et pour l'étendue et pour le nombre.

Au commencement donc de l’ôre chrétienne, les conditions atmosphériques de noire France devaient faire son sol très-peu fertile en productions variées. A l’exception de la province romaine, aujourd’hui la Provence, la terre était couverte presque exclusivement de forêts nombreuses, parsemées de marécages fangeux. Aussi Yarron ne trouve en Franche-Comté ni en Bourgogne la culture d’aucun arbre fruitier; Posidonius voit les habitants des mêmes pays se restreindre à la culture du millet qui, avec une mauvaise bière, constitue la nourriture des naturels.

Alors la vigne ne se cultivait pas, dans les Gaules, au-delà de Cévemies. Bientôt les efforts des Gaulois, passionnés pour le vin, lui font franchir cette limite, au temps de Vespasien. Mais les vins de ces premiers essais sont en tel discrédit que Domitien ordonne en 96 que les vignes soient arrachées. Ce n’est que deux siècles plus tard, en 281, que Probus, vu l'adoucissement du climat, permet de reprendre la culture suspendue. Dès lors elle monte peu à peu vers le. Nord. Dès la fin du quatrième siècle on obtient des résultats satisfaisants sur les coteaux de la Moselle et des environs de Paris. Au neuvième siècle, la vigne s’est acclimatée et donne de bons produits en Bourgogne, en Franche-Comté, en Alsace, dans la Brie, dans la Beauce, en Bretagne. Des actes authentiques nous la montrent bientôt dans la Picardie, les Flandres, les pays de Liège, de Louvain et même en Angleterre. André Braccio rencontre encore en lo'JG, dans ce dernier pays, des vignes qui donnent des récoltes dans des expositions privilégiées.

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LA NATUUlî.

Mais déjà, avant le seizième siècle, avait com- I mencé une dégradation du climat. Dès la lin du (|uatorzièine siècle, on avait procédé à l’arracliage des vignes successivement en Angleterre, dans les Flandres, ] l'Artois, la Normandie. Pour remplacer à mesure une boisson qui menaçait de faire défaut, on substituait à la vigne le pommier, au vin le cidre, dans nos provinces du Nord-Ouest. Puis, la dégradation du climat et l’arrachage des vignes ont suivi l’ordre inverse de la viticulture pendant la première période. Des chartes sérieuses établissent la réalitédes faits. Nous savons ! tous d’ailleurs que le fameux petit vin de Sitresne, j si fort apprécié des gourmets, au dix-septième siècle, en est venu à mériter la déshonorante appellation de petit bleu.

Ce n’est pas seulement la culture de la vigne qui témoigne de la dégradation continue de notre climat, depuis les temps du moyen âge. L’oranger, le citronnier, le limonier, ont cessé d’ètre cultivables en pleine terre dans le Languedoc ; la canne à sucre ne prospère plus dans la Provence, où elle avait été importée et fort bien acclimatée ; l’olivier a rétrogradé et continue de rétrograder vers le Midi. Les anciens du pays de Carcassonne affirment que, dans les en- 1 virons, la rétrogradation de l’olivier peut être portée ! à 15 ou 16 kilomètres, depuis les temps immédiatement antérieurs à notre grande révolution politique.

Assurément, on peut discuter et n’être pas d’accord sur les causes ; mais le fait de l’oscillation cli- ! matérique me semble ne pas être contestable. On a ! bien essayé d’expliquer l’ascension vers le Nord des | végétaux délicats par le déboisement, le dessèchement, une culture mieux dirigée, en un mot par l’inlluence de l’homme. Mais si tout le progrès eut été la conquête de l’homme seul, comment s’expliquerait-on que ses efforts n’aient pas suffi à maintenir les résultats obtenus ?

Peut-être faut-il recourir à une cause cosmique, à une loi des mondes, qui déplacerait l’axe terrestre ' par un mouvement dont la durée pourrait être celle, des phénomènes de la précision des équinoxes. Avec cette explication, ce que nous apprend l’histoire ne I serait qu'une fraction d’oscillation de part et d’au- j tre d’une situation extrême. Car, en remontant à une date que des calculs permettent de porter à 12000 ans au moins, en arrière de nous, nous trouvons nos régions subissant les rigueurs du climat nécessaire à la prospérité du renne Laponien ; puis la faune et la flore del’àge géologique immédiatement antérieur, de l’âge tertiaire, n’indiquent-elles pas un climat qui aurait beaucoup d’analogie avec celui dont nous jouissons actuellement. Mon explication personnelle des variations climatériques aurait pour conséquence forcée que la hauteur du pôle céleste, au-dessus d’un horizon, ne serait pas constante. Or, je lis dans une lettre que M. Airy, de l’Observatoire de Green- , wich, m’a fait l’honneur de m’écrire, que, d’après ! des observations de mesure, il ne répugnerait pas à ~ ce savant d'admettre le déplacement du pôle. L’est

donc aux astronomes que je fais appel, en les priant d’accorder à la question celle sûreté de méthode et d’observation dont ils ont le secret.

J. DouiiLor,

Officier de l’instruction publique

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LES

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