LE NOUVEAU WAGON G1FFARD
Il y a déjà un an environ que le premier wagon à suspension perfectionnée était expérimenté à Lille, lors du Congrès scientifique de l’Association française, et un peu plus tard à Paris même, par M. le ministre des travaux publics*, ün avait constaté que dans ce wagon, tout mouvement de balancement, de lacet, était complètement supprimé, et que lorsqu'il était entraîné sur la voie ferrée avec la vitesse des trains express, le voyageur qui s'y trouvait assis n’était pas plus secoué qu’il ne l'est dans un fauteuil
immobile. Le public n’avait pas tardé à apprendre les faits, et il se demandait non sans intérêt quand il allait pouvoir profiter des avantages du wagon Gifford. Ce moment ne devait pas être proche et voici pourquoi.
La nouvelle voiture, qui, au point de vue des voyageurs, ne laissait rien à désirer, offrait un grave inconvénient aux yeux des compagnies des chemins de fer.
Le système de ressorts dont elle était munie avait un poids considérable : le wagon pesait beaucoup plus que les wagons ordinaires. Son emploi nécessitait donc un surcroît de dépenses pour la traction.
Nouveau wagon à suspension perfectionnée de M. Henri Giffard.
Ces objections furent faites à M. l’ingénieur Giffard, ! qui se remit à l’œuvre pour transformer son système I et donner au wagon un poids analogue à celui des I voilures ordinaires, tout en lui conservant ses précieux avantages.
Dans le nouveau wagon Giffard, qui vient d’être récemment construit les ressorts de suspension sont semblables à ceux des wagons ordinaires, mais ici (comme dans le premier Système de 1874), la caisse est complètement indépendante du châssis. Elle est munie, de chaque côté à sa partie inférieure, . de quatre tiges recourbées en fer, qui permettent de j la fixer aux ressorts par l’intermédiaire d'un joint universel. Le wagon est pendu à ses ressorts à la façon d’un hamac perfectionné ; il est donc absolu-
1 Vov. Deuxième année, 1874. Second semestre, (i. 215, 258 et 321."
ment impossible qu’il oscille de droite à gauche et inversement, une fois qu’il est en marche. Le mouvement de lacet, si fatigant, si désagréable dans les longs voyages, n’existe plus. Quant au mouvement du wagon de liant en bas, il est également supprimé en raison de la délicatesse des ressorts. Si le lecteur veut bien se reporter au dessin que nous avons publié précédemment du premier wagon Giffard (1874, 2 e semestre, p. 321), il verra par la seule inspection du ressort d’un grand volume, que le système devait être d’un poids assez considérable; la vue du dessin ci-dessus lui montrera, au contraire, que par la nouvelle disposition, le poids de la voiture lie doit pas être sensiblement augmenté, puisqu’elle a même aspect et même volume que toutes celles qui roulent sur nos voies ferrées. Elle ne pèse eu effet que ^ en plus des wagons ordinaires.
3* audit. — î* «emfstre.
Ce léger surcroît de poids ne saurait être actuellement considéré comme un inconvénient. On pourrait d’ailleurs faire payer aux voyageurs, cpii voudraient profiler des avantages de la nouvelle voilure, un supplément afin île retrouver' ainsi une compensation de la légère augmentation de la traction.
Le nouveau wagon Giflard va recevoir l’estampille de la préfecture de police; la Compagnie de l'Ouest s’est mise à la disposition de l’inventeur, pour faire attacher la voiture à l’un de ses trains : le public sera prochainement admis à expérimenter et à juger le nouveau système.
Il n’est pas douteux que ce jugement sera favorable. Tout le monde sait, par sa propre expérience, combien les mouvements de nos wagons actuels sont pénibles dans les voyages de longue durée, par les trains express. 11 est même un certain nombre de personnes qui se trouvent sérieusement incommodées par les secousses continuelles dont elles ont subi l’action, car le corps n’est pas fait à une semblable gymnastique. Le mouvement de lacet des wagons ordinaires offre encore un autre inconvénient : il rend impossible toute occupation qui permettrait au voyageur d’employer utilement les longues heures du voyage. Dans le wagon Giffard, il est facile de lire sans fatigue, d’écrire même aussi commodément que sur son bureau ; les dames pourront aussi s'y livrer aux travaux de l’aiguille.