‹ La Nature 1875 S2Chapitre 106 sur 117 · DE LA MARCHE DES MACHINES · texte numérisé non relu

DE LA MARCHE DES MACHINES

Cet instrument a pour fonction de totaliser le nombre de tours d'une machine, d'enregistrer ce

nombre et d’indiquer tous les arrêts, mise en route, intermittence et vitesse de marche.

Une horloge donne l’heure sur un cadran ordinaire elle fait mouvoir un disque qui fait un tour en 24 heures, et porte un cadran en papier que l'on change tous les jours ; ce cadran est divisé en 2 i ] heures et fractions d’heures, les heures de nuit sont

distinguées par un trait noir circulaire qui règne de 12 en 12. Au-dessus du disque est un axe qui imprime le mouvement à un porte-crayon sur le cadran en papier (les divisions du cadran sont parallèles au mouvement du crayon), et qui reçoit lui-même son mouvement d’une petite bielle montée d’un côté sur le second bras de l’axe et de l’autre sur la détente

d’un totalisateur. Ce totalisateur est mis en communication avec la machine qui fait manœuvrer son levier par un excentrique. Chaque fois qu'il y a cent tours achevés, la détente se lève d’un dixième de sa course totale, transmet au crayon un mouvement qui lui fait faire, sur le cadran de papier, un petit trait s’éloignant du centre ; pendant les cent tours

suivante lo crayon est immobile et trace par conséquent un trait circulaire au cadran et qui sera interrompu chaque fois qu’il y aura cent tours achevés ; chaque interruption sera marquée par un trait s’éloignant du centre et qui sera, connue il est dit plus haut, d’un dixième de la course totale.

Quand le totalisateur arrive à compter 1,000 il est à l’extrémité de sa course ascendante et redescend brusquement eu entraînant le crayon qui, cette fois, fait un trait s’éloignant du centre et d'une longueur égale aux dix traits qu il a laite pour arriver à 1,000. Les petits traits indiquent donc 100 tours achevés et les grands 1 ,000.

Ceci posé, étant donné une machine qui fait 100 ' tours à la minute, ce qui n'est pas exagéré, si cette i machine s’arrête, ne fùt-ce que deux minutes, ces deux minutes jointes au temps nécessaire à 100 tours de machine feront sur le cadran un trait circulaire beaucoup plus long que les autres, la constatation de l’arrêt est donc très-facile.

Si la machine qui doit être mise eu route à une ! heure donnée ne l’est que dix minutes après, même facilité dans le contrôle, enfin si la pression trop faible entraîne la machine dans une marche dangegereuse on s’en aperçoit immédiatement par le mouvement plus précipité du crayon, c’est le contraire si la marche est trop lente.

Cet appareil doit cire installé dans un bureau ou sous les yeux de personnes intéressées à la bonne marche de la machine. Ce totalisateur, qui, du reste, est fermé à clé, reste sous les yeux du mécanicien et lui sert de guide ; les bielles de transmission sont ! installées suivant l'éloignement de la machine au j cadran enregistreur qui, lui, doit être inaccessible aux employés de la machine.

CHRONIQUE

le grand central asiatique. — Dans une conférence faite au Congrès géographique, M. le colonel E. liogdanowitch a développé son projet sur un chemin de for reliant l’Europe à l’Asie. Cette ligne répond aux exigences des intérêts de la civilisation. La Chine est séparée de l’Europe par des déserts qui forment autant d’obstacles qu’on ne peut vaincre que par la construction d’un chemin do fer. Celte ligne, malgré son apparente grandeur, se présente avec les conditions de rendement qui servent de hase à toute grande entreprise. Tout le monde connaît les richesses que renferme le sol de la Sibérie, et l’Ouralavcc ses produits métallurgiques. Lo tracé proposé par le colonel E. Bogdanowitch aurait pour point de départ Nijni- Novgorod, passerait par Kazan, Ekatérinebourg dans la direction de Tioumen et d'Omsk et se dirigerait plus loin par Kaïnsk jusqu’à Tomsk, centre principal du commerce rtde l’industrie de la Sibérie occidentale. De Tomsk, il rallierait Irkoustsk, par Kansk et Nijni-Oudinsk. Au-delà d’iakoustsk, la ligne assume un caractère exclusivement international. Aussi en raison des difficultés que présente le passage do la chaîne des monts Khingham, dans sa partie septentrionale traversée par l’Amour, il est nécessaire lie choisir un passage par la Mandchourie et de diriger

la ligne d’Iakoustsk le long de la route de Baikal à Yerhnéoudinsk, par la vallée do la Sélonga. Ensuite la meilleure direction à suivre jusqu’à Pékin est celle de Tchitaet Dolon-nor. La longueur de la voie ferrée de Nijni-Novgorod à Pékin serait de 7,100 kilomètres, dont 0,000 à travers la Russie. Quand on examine de près celte grande œuvre, on voit que les obstacles sont plus imaginaires que réels. La première partie jusqu’à Tomsk, franchit un steppe absolument uni. Au-delà les rivières à traverser ne sont que d’une médiocre largeur et la plus grande hauteur du trajet n’est qu’à 1,150 mètres an lac Baikal. La Russie a su trouver plus de 0 milliards en quinze ans pour construire ‘24,000 kilomètres de chemin de fer; elle trouverait sans peine les 2 ou 5 milliards pour l’exéculiou de cette grande ligne d’intérêt international.

I.e nouvel anlilojie «lu Jardin daeelimnia- <i«»n. — L'antilope aiiuax, sorte de bœuf sauvage, n'existait jusqu’à présent, suivant les naturalistes, que dans le rentre même de l’Afrique ; sa présence, pour la première fois, vient d’être constatée dans nos colonies algériennes. Mohamcd-ben-Driz, agha de Touggourt, lancé dernièrement, avec ses lévriers, à la poursuite d’uue vache de cette espèce, a été assez heureux pour la tuer et s’emparer du jeune veau qui la suivait; il le fit nourrir par une chèvre avec plein succès. Mohamed ben-Driz n’est pas seulement un vaillant officier de l’armée française , il a à cœur les | progrès de la science et vient d’expédier, au Jardin d’acclimalion de Paris, où ils sont arrivés hier, le jeune antilope et sa mère adoptive. Ce curieux animal, désormais français par droit de naissance, atteindra bientôt toute sa taille, et son front, déjà couronné de cornes de 50 centimètres, verra ces ornements naturels s’élever verticalement et en spirale, jusqu’à une hauteur de près d’un mètre. Bien de plus gracieux que sa robe d’un blanc éclatant, sauf les jambes, qui sont brunes, et une large tache de même couleur au milieu du front.

Appareil «le pnil«llag<*. — M. C. William Siemens, vient de faire breveter un ensemble d'appareils servant au puddlage des lopins. Ceux-ci sont déposés sur une table mobile, autour de son axe et soumis là à la pression de trois ou quatre compresseurs hydrauliques dont l’action est dirigée vers un même centre. Après cela les compresseurs sont rappelés par des contre-poids ou des ressorls, la table est tournée d’une certaine quantité, de façon que les loupes présentent de nouvelles surfaces qui sont mises i en contact avec les compresseurs. Enfin les lopins sont relevés à l’aide d’une chape à vis et soumis ainsi de nouveau i à l’action de la presse, mais sous un effort plus considérable que les deux premières fois. La masse métallique est alors prête à être laminée, pilonnée ou convertie en acier. En vue de la bonne utilisation de la force motrice, deux presses séparée» sont mises eu activité : la première donne une pression correspondante à la première partie des manipulations ; l’autre est plus forte et no sert qu’à la fin.

Baileau en caoutchouc pour l’exploration,

— M. 11. Stanley, qui est en Afrique depuis le mois de novembre dernier, continuant la tâche du docteur Livingstone, a emporté avec lui un bateau divisé par sections et que quatre hommes peuvent facilement porter. U s’est aussi muni d’un radeau en tubes de caoutchouc vulcanisé destiné à traverser les rivières. Ce radeau a l’avantage de pouvoir supporter une lourde charge, sans être encombrant dans le transport. Son poids total est de 150 kilog, divisible en ballots de 50 à 40 kilog. Les tubes sont fabriqués en toiles superposées avec plusieurs couches intermédiaire s

du caoutchouc, d'une solidité suffisante pour que les frottements contre les aspérités, telles que branches et épines ne puissent pas l’endommager. Le gonflement se fait en introduisant un souftlet dans une tubulure à fermeture hermétique. Les six tubes et les deux triangles d’avant et d’arrière sont réunis ensemble par des tringles de bois, passant dans dos anneaux ménagés sur la toile même, et combines pour allier la solidité à la rapidité du montage. Ce radeau, qui a été conçu par l'explorateur lui-même, a été exécuté par il. J. Cording.

Emploi *le l’acier dans les machines. — En

Amérique, on fait, depuis quelque temps, pour la construction des machines agricoles, un grand usage d’un acier fabriqué par un nouveau procédé dû à M. Alwood, de l’ittsburg ; cet acier est bien préférable à la fonte malléable souvent employée pour ces machines ; il peut être recuit, forgé et trempé comme l’acier ordinaire. On l’obtient tout simplement cri fondant ensemble dans un creuset ou même dans un cubilot convenablement disposé, de la fonte du fer ou des déchets de fer en présence d’un laitier qu’on obtient en ajoutant au lit de fusion du carbonate de chaux et du quartz ou des silicates très-purs. La proportion de fer et de fonte doit varier suivant la nature du produit qu’on veut obtenir et le mode de fusion adopté. Ainsi, pour obtenir un produit analogue, il faut avec le cubilot une plus grande quantité de fonte que lorsque la fusion est opérée dans un creuset ou dans un four à gaz.

(La Houille).

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 30 août 1875. — Présidence de M. Frémy.

Plusieurs savants étrangers assistent à la séance. Citons surtout l’illustre M. Wheatstone.

Prédiction des tempêtes. On sait que la plupart de nos tempêtes naissent dans le golfe du Mexique, sous la forme do cyclones, et remontent tout l’océan Atlantique au fil du gulf-stream, en s’épanouissant progressivement. Partant de là, et sachant qu’il faut en moyenne do 15 ’a 20 jours aux cyclones pour parvenir jusqu’à nous, un ancien ingénieur des mines, M. MartharBecker pioposc d’établir des observatoires, le long des deux rives de l’Atlantique, et surtout de ses iles, afin, comme il le dit lui-même, de « saisir l’ennemi dès sa naissance et de le suivre dans sa marche. » Les observatoires reliés électriquement entre eux donneraient avis à tous les poi ls de l’arrivée des tempêtes contre lesquelles pourraient être prises des mesures efficaces. [I y a évidemment dans le travail que nous analysons une idée susceptible des applications les plus heureuses.

Conservation des matières animales. — • La garance possède la propriété de momifier la chair animale, et d’empêcher les vers d’y naître, même après un temps très-prolongé. C’est un fait intéressant, s’il est bien constaté, que vient annoncer aujourd’hui à l’Académie, M. de lîostaing. Mais ce n’est pas sans surprise qu’on voit l’auteur tirer de son travail cette conséquence que l’emploi de la garance pourra ramener au respect dû aux morts et rendre inutiles, au grand profit de la morale, de nouvelles velléités de crémation.

Diluvium granitique des plateaux. — Les collinesdes environs de Paris sont couronnées par un dépôt dont la formation est postérieure à celle des terrains tertiaires, et que l’on rapporte généralement à Pépoque connue sous le nom de période diluvienne, lin cherchant bien on trouve

dans ce dépôt de petits grains de quartz et de feldspath, tout pareils à ceux qui constituent le granité, de façon qu’il n’est pas douteux qu’ils 11 e dérivent des roches cristallines qui forment le soubassement général des terrains stratifiés. Mais comment sont-ils parvenus à la place qu’ils occupent aujourd’hui ? Beaucoup de géologues pensent qu’ils ont été arrachés au massif granitique du Morvan, par de gigantesques courants d’eau qui les auraient entraînés à des centaines de kilomètres de distance ; et qui en même temps auraient creusé d’un seul coup toute la vallée de la Seine. Cette hypothèse parait cependant bien difficile à admettre, car elle suppose dns actions dont nous n’avons nul exemple dans la géologie contemporaine. Aussi, pensons-nous qu’on doive la rejeter complètement, d’autant plus que l’origine des grains quartzeux et fcldspathiqiies des plateaux, parait pouvoir cire rattachée à la sortie des sables éruptifs, sur lesquels l’attention des géologues a été appelée depuis quelques années. Ces sables remplissent la faille qui, de Bouen à Bicctre, court parallèlement à la vallée de la Seine ; ils résultent de la décomposition du granité situé exactement sous nos pieds, plus bas que les épaisses assises de terrains stratifiés qui nous supportent, et constituent une véritable alluvion verticale dont les produits peuvent être recherchés et doivent être retrouvés dans des formations très-diverses. Ce sont là des faits et des idées que nous développons dans une note que M. le président envoie à l'examen de M'I.Da tbree, Delafosse et Belgrand.

Sur les orages à grêle. — La théorie de la formation de la grêle est encore remplie d’incertitude. Tout le monde connaît l'expérience de Voila qui, de la danse des pantins veut tirer cette notion de météorologie ; mais tout le monde reconnaît, depuis longtemps, qu’il n’y a aucune espèce d’analogie entre la disposition de cette expérience et les conditions naturelles. L’Académie avait mis la question au concours, il y a quelques années ; mais elle dul la retirer faute de réponse. Cependant, le problème n’est peut-être pas aussi insoluble qu’il le parait, et M. Faye ouvre, à cet égard, des horizons qui seront tout nouveaux pour beaucoup de personnes. La formation des grêlons n’est pas un phénomène complet; c’est un détail de l’orage à grêle, et celui-ci présente trois phénomènes principaux, qu'il est impossible dans l’explication de. séparer les uns des autres. Le premier fait, c’est la rapidité extrême avec laquelle se déplace horizontalement l’orage au milieu de l’air le plus calme : 20 mètres par seconde est sa vitesse ordinaire. En second lieu, des grêlons sc formant à 6, 8 ou 1200 mètres au maximum de hauteur, il en résulte qu’une température, inférieure à celle do la congélation de l’eau, règne pendant l’orage dans des couches habituellement bien plus chaudes. Enfin, les nuage.s, ordinairement dépourvus de toute tension électrique, se chargent d’électricité et se foudroient les uns les autres. Or, cetle vitesse, ce froid, cette tension électrique, existant à 1200 mètres pendant l’orage, se trouvent normalement à 1200 en tout temps. A 1200 mètres, en effet, flottent les cirrhus entièrement formés de petites aiguilles de glace, et charriés de l’équateur au pôle par les grands courants supérieurs de l’atmosphère. En même temps il y rogne nécessairement une tension électrique considérable, puisque l'on sait, depuis l’ascension de Gay-Lussac, que la quantité d’électricité dans l'air va constamment en croissant à mesure que l’on s’élève. Ceci admis, le phénomène de l’orage se réduit donc à la pénétration, dans les couches inférieures de l’atmosphère, d’un état do choses existant normalement dans, les régions supérieures. Tout se réduit donc à un phénomène méca-

Page 1