LÀ CONSERVATION DES RAISINS
Le premier procédé cpie nous mentionnerons est dit à rafle fraîche. La pièce destinée à servir de fruitier doit occuper un premier étage, et, autant que
possible, le milieu du bâtiment, afin d’être sauvegardée de deux côtés contre l'humidité. Deux fenêtres suffiront à la rigueur, l'une au midi, l'autre au nord. On les tiendra fermées constamment dès que tout sera plein ; puis, quand les froids viendront, on matelassera ces ouvertures avec des toiles remplies de
Fig, 1. — Intérieur du fruitier pour la conservation du raisin à rafle fraîche#
mousse ou de varech. L'usage principal des deux fenêtres, c’est de favoriser le nettoyage du fruitier et d’y renouveler l’air pendant l’été, lorsqu’il ne s’y trouve plus de raisins.
En raison des rigueurs de l’hiver, qui parfois pourraient compromettre la conserve, il est prudent de ménager, dans une cheminée voisine du fruitier, une ou plusieurs bouches de chaleur, suivant la grandeur de la pièce. Sans celte précaution, on se verrait forcé de recourir, à des moyens directs, foyers ouverts ou poêles, pour élever la température :
moyens trop énergiques et contraires à la conservation du raisin.
Nous prenons pour raisins de garde ceux qui occupent principalement les étages supérieurs des treilles.
L’influence des abris contribue certainement à les rendre de longue durée. Il ne faut pas cueillir les premiers raisins de garde avant le 20 octobre. On doit choisir pour cela un beau temps, légèrement couvert, pourvu qu’il n’y ait pas de rosée. On commence par couper les plus beaux raisins, comme volume et comme grain et l'on a soin de les couper avec un bout de sarment, ayant trois yeux sous la grappe
Fig. 2. — Etagère pour la conservation du raisin h rafle sèche.
et deux au-dessus. On ôte les feuilles tout aussitôt, puis on met les raisins avec précaution dans de grandes boîtes ou de grands paniers. Alors ou les transporte au fruitier, où chaque sarment est plongé de suite par le gros bout dans une petite fiole allongée, de la contenance de 125 grammes d’eau. Dans cette fiole, on a dû mettre l'eau jusqu’au goulot, deux ou trois jours à l’avance, et dans cette eau, une cuillerée à café de charbon de bois en poudre.
Les fioles sont ensuiLe suspendues comme l’indiquent les fig. 1 et 3 ; après quoi les précautions à prendre sont celles-ci : ne pas les remuer, les soustraire aux courants d'air et à la lumière, et ne point permettre au thermomètre de descendre au-dessous de -f- 1® à 2° centigrades. 11 n'est pas besoin de changer l'eau des fioles. Elle ne baisse que de 5 à 6 centimètres au plus, du mois de novembre, au mois de mai, époque où la consommation doit finir. Et cependant on ne bouche ni on ne cachette ces fioles.
Dans le procédé de conservation du raisin à rafle sèche, on se sert du même fruitier; les étagères de l'intérieur y sont employées. Ces étagères sont gar-
Fig. 3. — Fiole contenant le sarment de la grappe, pour la conservation à rafle fraîche.
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nies de buîles à coulisses, inclinées de 10 centimètres 1 environ d'arrière en avant et garnies au fond de fougère bien sèche, ou, à défaut de fougère, de paille de seigle. (fig. 2). Quelques jours après que les fioles ontélé remplies, on coupe le raisin successivement, jusqu’au moment des gelées qui, à Thomery, arrivent ordinairement du 6 au 12 novembre. On place ces raisins dans des paniers pouvant en contenir environ 2 kilogrammes ; on les apporte avec soin ; on les dépose au fruitier, et les grappes sont rangées dans les boîtes, les unes à côté des autres et de manière à ce qu elles se touchent le moins possible. Chacune de ces boîtes, ouverte par le haut, contient environ 6 kilogrammes de raisin.
'fout le temps que la conserve dure, il faut avoir soin d'ôter avec les ciseaux tous les grains altérés par une cause quelconque. Si l’on craignait l’humidité dans la pièce, on pourrait placer aux deux extrémités de ce fruitier, un tonneau rempli à moitié de chaux vive.
On conserve le raisin des contre-espaliers, par les mêmes moyens que le raisin d’espalier ; mais depuis que nous conservons si bien ce dernier, nous trouvons que l’autre n'a pas assez de durée. Il arrive parfois que l’atmosphère du fruitier prend une odeur désagréable de moisi. Pour prévenir cet inconvénient et rendre la pièce plus saine, nous avons pris le parti d’y placer des ventilateurs qui bien entendu ne fonctionneront qu’à la dernière extrémité, c’est-àdire seulement lorsque l'odeur de moisi se fera sentir. Rose Charmeux,
Horticulteur ù Thomery.