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PAR DES PLANTATIONS D’ARBRES

DANS L’iLE DE l’ascension ET AU CAP DE BONNE-ESPÉRANCE.

Depuis longtemps les hommes éclairés recommandent de planter des arbres dans les pays où l’on souffre de la sécheresse, surtout dans les régions élevées et sur la pente des montagnes, afin de diminuer le • trop rapide écoulement des eaux. Ces conseils sont très-judicieux, mais ils ne s'appuient pas toujours sur des faits constatés et, eu particulier, l’espoir de déterminer une augmentation des pluies par la présence d’arbres au lieu de gazon ou de rochers dénudés, n’est guère fondé sur l’expérience. Nous voyons en Suisse des sommités dépourvues d’arbres, comme le Rigi et le Pilate, se couvrir fréquemment de nuages, et quand on réside sur ces hauteurs on constate aisément que les nuages mouillent complètement la surface du sol. La chute d’eau serait-elle plus grande s’il y avait des arbres? Personne ne peut l’affirmer, du moins d’après des comparaisons positives. Le terrain resterait plus longtemps humide, grâce à une moindre évaporation. Ceci est prouvé par l’état des routes là où il existe des arbres et par les inconvénients qu’offre l’humidité dans les habitations qui sont situées à l’ombre. Dans ces sortes de questions rien ne vaut l’expérience. Aussi, comme il y a très-peu de résultats bien constatés dans des pays chauds et secs, nous nous empressons de signaler deux articles contenus dans l’excellent journal du Gardeners Chronicle, dirigé par M. le docteur Masters.

Le premier et le plus important de ces articles est sur l’île de l’Ascension ( Ganlen . Chron. 11 avril 1874).

On sait quelle était l’aridité de cette île, volcan éteint, probablement depuis une date peu ancienne, puisque sa flore était d’une pauvreté extraordinaire. Le gazon maigre qui couvrait à peine les pentes n’olîrail naguère aux botanistes qu’une seule espèce ligueuse, un petit sous-arbrisseau, appelé Ilcdyotis Asccmionis. La végétation indigène, dans sa totalité, ne comptait guère que seize espèces Phanérogames 1 . L’eau manquait si habituellement et la culture était si difficile que le gouvernement anglais ne pouvait entretenir une station, nécessaire à sa marine, qu’avec beaucoup de peine. Heureusement, il écouta les avis réitérés des botanistes, en particulier du docteur I.indley et du docteur Ilooker, qui conseillaient de planter des arbres. Ce fut le docteur Liudley qui recommanda un jardinier habile, nommé J.-C. Bell, pour exécuter des plantations, et maintenant que celles-ci ont parfaitement réussi, nous allons traduire une partie de la lettre adressée au Gardeners Chro-

* Dumont D’ürvillc, Ann. science nat., série 1, vol, VI, et Yoyaye de l'Astrolabe, p. LII.

nicle, par l'estimable M. Bell lui-même, qui s’est retiré en Angleterre, près deBulb.

« Les plantations arborescentes étaient, dit-il, extrêmement peu de chose lorsque j’arrivai dans l’île comme jardinier, et la quantité d’eau était minime, quoique l’on vît des nuages chargés de, vapeurs etdes brouillards passer continuellement sur la montagne. 11 n’était pas rare de voir des nuages au-dessous du sommet, à une élévation de 2,800 pieds. La montagne est un pain de sucre dont la base a 7 milles et le sommet principal seulement 8 pieds de large. Les nuages et brouillards n'y déposaient pas d'humidité en passant, parce qu’il n'y avait pas de végétation ligneuse pour servir d’appareil de condensation. Le gouverneur, qui désirait beaucoup avoir plus d’eau et étendre les cull lires, ayant lu un rapport du docteur Ilooker, mit à ma disposition des ouvriers nègrès pour opérer des plantations. Je commençai par ouvrir des trous sur la pente, et aussitôt se présenta la question de savoir quelles essences je planterais. Aucune pépinière n’existait dans l’île. Mais, heureusement, on avait reçu, je ne sais d’où, quelques années auparavant, de jeunes arbres destinés à être plantés. C'était surloutdes Acacia et Eucalyptus de la Nouvelle-Hollande, qui avaient de 10 à 20 pieds de haut. Je me décidai à les essayer. Les Acacia réussirent très-bien et commencèrent à produire leur effet, comme je vais l’expliquer.

« Un grand buisson (V Acacia de 14 pieds avait beaucoup de branches crochues, dont une en forme, de V. J’avais à peine' planté cet arbre et m’occupais un matin à suivre les travaux des ouvriers, lorsque pendant un brouillard épais, je vis couler de l'angle de celte branche en V, du côté du sol, une certaine quantité d’eau. Il n’y avait pas eu de, pluie pendant la nuit, mais seulement un brouillard épais. Ceci me prouva que les plantations faites dans le but d’attirer les brouillards et les vapeurs n'étaient pas une théorie, mais un fait réel d’une utilité incontestable dans de pareilles conditions.

« A celte époque, ou avait introduit des faisans qui se multipliaient lentement. 11 fallait leur trouver de l'eau, et ou avait une peine infinie. Lorsque j’observai le liquide coulant de mon acacia : Yoilà de l’eau pour les faisans, me dis-je en moi-même, j’aurai des baquets pour recevoir ce liquide distillé des brouillards. Le gouverneur me permit de faire confectionner des caisses en zinc de six pieds de, longueur six à huit pouces de largeur et trois ou quatre pouces de profondeur. Kilos furent placées de diverses manières au-dessous des acacias nouvellement plantés. Celui qui était sous la branche coudée se remplit immédiatement et devint très-utile pour les hommes et les oiseaux, car il se remplissait constamment. Il valait la peine de monter jusqu’à mille et quelques pieds pour boire cette excellente eau des brouillards^ Les faisans multiplièrent et j’eus le plaisir d’annoncer qu'on pourrait en faire une bonne chasse, ce qui arriva effectivement.

« Après cela, des demandes d'arbres et de graines

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furent adressées aux jardins botaniques du Cap, de Maurice et de Kew, afin de profiter des vaisseaux qui passent à l’Ascension. Je me mis aussi à multiplier les plantes que j’avais sous la main. En particulier, je divisai des racines d ’Alpinia nutans, qui croissaient vigoureusement dans quelques endroits. Les Brugmansia sitaveolens, Buddlria globosa et plusieurs Hibiscus donnèrent d’excellentes boutures. »

L’auteur parle des difficultés qu’il eut à surmonter pour propager le Wattle d’Australie ( australian Wattle), qui donna cependant d’excellents résultats 1 surtout comme « pionnier » dans les terrains de scories. Le Loquat (Eriobothria japonica) , la Goyave (Psidium) et le Cassis donnèrent des fruits et des graines en abondance. Il fut aisé de les semer, ainsi que les jolies graines de la graminée appelée Coix lacryma, dans les ravins et les endroits un peu abrités. Les bestiaux étaient très-avides de celte plante fourragère. Un Ficus elaslica se trouvait dans l’ileet donna une centaine de boutures. Enfin, le Melia Azedarach fut utilisé et causa beaucoup d'agrément par la beauté de ses fleurs et leur parfum.

« Alors, dit M. Bell, nous commençâmes à recevoir ce que nous avions demandé. Les plantes et les graines arrivaient de tous côtés. Quelques-unes réussirent, d’autres manquèrent. Les espèces strictement tropicales de Maurice ne convinrent pas, non plus que celles à feuilles caduques envoyées de Kew. L 'Araucaria Bidivillii, de ce dernier établissement, fut une acquisition capitale. Les meilleurs cadeaux furent des graines à' Eucalyptus, Casuarina et Acacia d’Australie. J’en obtins une grande quantité de pieds, qui furent transplantés et commencèrent vite à pousser avec une force extraordinaire. Les arbustes d'Australie prirent les devants. Us paraissaient avoir une grande force d'attraction sur les brouillards et condensaient beaucoup de liquide. Toutes les fois que le ciel était un peu nuageux, ils se chargeaient d’humidité et entretenaient le sol dans un état de saturation, tandis que les feuilles plus larges des Ficus elastica, Brugmansia suaveolens, Alpinia, Hibiscus, etc., restaient sèches dans les mêmes conditions. Un caractère propre à ces arbres d’Australie est que les feuilles sont presque toujours verticales, relativement aux rayons du soleil. C’est à cela qu’on peut attribuer, en grande partie, leur réussite dans des positions où d’autres plantes vont mal. Les palmiers n’eurent pas beaucoup de succès, notamment le dattier, mais quelques espèces de pins et le genévrier de Virginie réussirent à une grande élévation et se trouvèrent condenser beaucoup d'eau.

« J'ai la satisfaction, continue l’auteur, de pouvoir ajouter, qu’après un laps de huit années, mon travail fut reconnu utile. Au mois de juin dernier,

1 Nous ne trouvons pas le mot Wattle dans les dictionnaires anglais. D'après Lindley, Y cyclable., Kingdam, il s'emploie en Australie pour différents Acacia , et c’est probablement dans ce sens qu’il est employé ici. Une désignation dans le langage universel, botanique, aurait mieux valu.

l'un de mes employés me succéda, et au mois d’aoùt il m’a écrit qu’il était dans l’admiration du changement qui s’est fait dans l’apparence générale de la montagne, les arbres et arbustes ayant crû énormément, avec le Wattle toujours à l'avantgarde. Quand on monte, il semble, dit-il, que la végétation vient au-devant de vous, et il y a des pâturages pour les moutons et les bestiaux, qui étaient | inconnus autrefois. Quelques étendues stériles, de plusieurs ares, où j'avais planté de l’herbe dePara *, sont maintenant un pré où l’on fait brouter les moutons. Ces endroits étaient d'un accès si difficile qu’il m’avait fallu couper des carrés de trois pouces dans le jardin et les faire porter dans des sacs sur la tète des ouvriers nègres. Nous avons propagé ainsi cet excellent fourrage. De petits oiseaux, que nous avions achetés jadis sur un vaisseau de passage, en particulier des moineaux de Java, volent maintenant par troupes, tant ils se sont multipliés. »

Voici maintenant une expérience que nous lisons daus le Gardener’s Chronicle du 28 février 1874, sur l’évaporation près ou loin des arbres. Elle nous paraît intéressante, parce qu’elle a été faite dans un pays très-chaud et très-aride : le cap de Bonne-Espérance.

M. W.-L. Blore, secrétaire de la Société météorologique de l’Afrique australe, résidant à huit milles de la ville du Cap, a placé dans le sol deux jarres cylindriques, de même grandeur, enfoncées de quatre pouces et faisant saillie, par le haut, d’un pouce, avec l’orifice protégé par un treillis métallique contre la chute des insectes. Une des jarres était abritée en partie par des buissons ; l’autre était au milieu d’un terrain nouvellement labouré, de 60 pieds de diamètre, entouré de Protea mellifera d’une grande hauteur, et protégé à distance contre le veut dominant par une ceinture de pins. Chaque jarre contenait 20 onces d’eau le 31 janvier, à dix heures du matin, et le 5 février, à cinq heures après midi, celle qui était dans le terrain nu avait évaporé le double de l’autre. L’expéricuce a été ensuite répétée avec des résultats également concluants. D’après ces chiffres, un espace un peu abrité, au Cap de Bonne-Espérance, pendant 102 jours que dure la saison chaude, conserve 384,000 galons d’eau par acre (16,443 hectolitres par 40 ares) de plus qu'un terrain non abrité du soleil, mais cependant moins exposé aux vents desséchants que beaucoup d'autres dans le pays. Le même observateur a constaté que, dans le même endroit, près du Cap, il se dépose deux fois plus de rosée sur le gazon que sur une surface blanche. Le rapport est de 4,75 à 2 ».

1 Sous avons cherché inutilement dans plus de trente dictionnaires, ouvrages sur les graminées et flores de l’Amérique méridionale ou catalogues de jardins des colonies, ce que veut dire ce terme.

s Archives des sciences physiques et naturelles de Genève.

L’OPHIOPHAGUS ELAPS

Nous avons déjà vu, dans un travail publié ici même 1 , que les serpents venimeux pouvaient se diviser en deux grandes sections : les Solénoglyphes et les Protéroglyphes. Chez les premiers, les os sus-maxillaires, réduits à une petite masse osseuse, supportent des crochets sillonnés et perforés par un canal dai ; ! leur longueur ; chez les autres, au contraire, les os ! sus-maxillaires se prolongent plus ou moins en arrière sous la lèvre, qu’ils soutiennent, et sont armés de crochets cannelés, mais non perforés à leur hase ; de plus, tandis que les Solénoglyphes se font de suite remarquer par leur tête comme écrasée, séparée du cou par un étranglement, les Protéroglyphes, quoique très-venimeux, ont l’apparence d’inoffensives couleuvres, d’où le nom de serpents coluhriformes et de fallaciformes imposé à ces reptiles.

Parmi ces Protéroglyphes, les uns ont la queue aplatie latéralement ; leurs habitudes sont aquatiques et ils s’avancent souvent assez loin dans la mer; ce sont les Platycerqu.es ou Hydrophitlœ. Chez les autres, à habitudes terrestres, la queue est courte et arrondie; on les connaît sous le nom de Conocerques on d’Elapidce.

Ces deux familles sont presque exclusivement cautonnées dans les parties les plus chaudes du globe, entre les 30 e degrés nord et 30 e degrés sud; quelques espèces , comme le Sepedon hœmachates et le Naja haje du Cap et du Maroc vivent un peu en dehors de ces limites; il en est de même de plusieurs elaps, tels que l'elaps arlequin dont l'extension est plus au nord, l’animal s’avançant jusqu’à la Nouvelle- Orléans et à la Louisiane ; l’hydrophide strié remonte dans les eaux du Japon. L’Afrique et l’Asie équatoriale, ainsi que le sud du grand continent austral, paraissent être la véritable patrie des Protéroglyphcs ; le genre Elaps semble être toutefois également représenté dans l’Ancien et dans le Nouveau- Monde.

Semblables à des couleuvres, dont les Protéroglyphes de la seconde section ont à peu près l’apparence et les mœurs, ces serpents grimpent rarement aux arbres ; la plupart passent leur vie sur la terre ou se retirent dans les galeries souterraines pratiquées par d’autres animaux ; pendant le jour ils se mettent le plus souvent à l'abri sous les troncs et les vieilles souches, parfois sous les pierres et dans les anfractuosités des rochers.

Leur tête est généralement de môme grosseur que le cou, comme chez les couleuvres. Chez certaines espèces les côtes qui garnissent le cou peuvent se redresser, de telle sorte que la peau se distend en une large membrane ; tels sont les Naja, ou serpents à coiffe, et l’Ophiophagus.

Ce dernier, confondu avec le Naja, en diffère par trois paires de larges boucliers placés le long des pla-

' Voy. Table des Matières de la 2* année, 1*' semestre. — La Hénagene des reptiles.

ques del'occipul. Les écailles sont lisses, imbriquées, disposées suivant quinze rangées longitudinales, plus nombreuses le long de la série vertébrale que dans le reste du corps; les écailles anales sont entières. Le maxillaire est armé en avant d’un long crochet derrière lequel se trouve une seconde dent plus petite, mais non cannelée.

La couleur est sujette à de grandes variations; les variétés semblent constituer autant de races locales. Au Bengale, dans la péninsule de l'Inde, les individus sont généralement vert-olive en-dessus, les parties inférieures du corps étant marbrées de noir ou colorées d’un gris pâle uniforme ; les parties latérales sont bordés de noir ; l'on remarque sur le tronc des bandes obliques disposées en chevrons alternativement noires et blancs. Aux Philippines l’espèce est le plus souvent d'une teinte brune olivâtre, les écailles du tronc étant cerclées de rioir à leur bord postérieur, les écailles de la queue portant une tache blanche entourée d’un anneau plus foncé. Les individus recueillis à Bornéo sont d’un noir brun uniforme; chez ceux-ci les écailles de la partie supérieure du tronc et celles de la queue sont de teinte plus claire au centre ; la gorge est de couleur jaune. Dans le type de l’espèce le corps est foncé ; il est orné de bandes nombreuses, équidistantes, blanchâtres ; la tête porte quatre bandes de même teinte; Tune occupe l’extrémité du museau ; la seconde passe au niveau du front; le sommet de la tête est coupé par la troisième bande ; la dernière va de l'occiput à l’angle de la bouche ; ces deux dernières bandes sont formées de taches ovalaires.

D’après le docteur Giiulher qui, dans sa monographie des reptiles de l’Inde, a bien fait connaître l’Ossiophagus, l’espèce aurait une assez large distribution géographique, et se retrouverait dans toute la la péninsule indienne, aux îles Andaman, à Java, à Sumatra, à Bornéo, aux Philippines ; Duméril et Bibron la citent à la Nouvelle-Guinée et en Cochinchine ; suivant Cantor elle ne serait pas rare à Pénarig, à Singapoure, dans la presqu’île de Sumatra.

L'espèce a été d’abord décrite par Scldegel, dans son livre sur la physionomie des serpents sous le nom de Naja elaps et de Naja bangaros d’après de jeunes sujets; Lesson l'avait nommée, dès 1830, couleuvre ékahèque dans la relation du voyage do la Coquille. Elliot fut le premier à reconnaître les affinités de ce serpent avec les serpents à coiffe, aussi lui imposa-t-il le nom de Naja à bandelettes. Cantor en faisait, en 1838, le type de son genre Hamadryas, tandis, qu’adoptant le genre Trimérésure depuis longtemps créé par Lacépède, Duméril et Bibron le classaient sous le nom de Trimérésure serpentivore (7Ytmeresurus ophiophagus) . Le genre Ophiophagus a été dernièrement proposé par le docteur Günther; d’après les règles de la nomenclature, l'espèce doit porter le nom de Ophiophagus elaps.

Ce serpent est une des espèces les plus dangereuses des Indes orientales, tant à cause de la subtilité de

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