THERMOMÈTRE
POUR MESURER LA TEMPÉRATURE DU FOND DE LA MER I)E MM. NEGRETTI F.T ZAMBRA.
11 est facile de concevoir que la détermination des températures de l’eau de l'Océan, à des profondeurs différentes, est un problème rempli de difficultés. Comment voir le thermomètre attaché à l’extrémité d’une sonde, que l’on jette dans les abîmes de la mer? Comment préserver l’appareil de l'écrasement produit par une pression trop considérable, à de grandes profondeurs? 11 est évident qu’il faut recourir à des thermomètres spéciaux, qui conservent la trace de la température du milieu dans lequel ils ont été plongés. Un grand nombre d’essais infructueux, effectués avec les thermomètres de ce genre connus jusqu’ici, ont démontré qu'il fallait construire un matériel spécial pour l'étude des températures océaniques. Plusieurs systèmes ont été proposés, mais on sait aujourd’hui que les thermomètres emportés par le Challenger ont donné des résultats très-précis, obtenus avec une très-grande facilité, il nous parait donc utile de faire connaître des appareils qui viennent de recevoir la consécration d’une longue pratique, et de dire dans quelles circonstances ils ont été construits.
Dans son rapport à l’amirauté anglaise, en date du "25 mars 1874, le capitaine G. S. Narès, qui commandait alors le Challenger, et qui est aujourd’hui à la tète de la grande expédition polaire, signalait les différences de température de la mer qui existent près des bancs de glace. Ainsi, à nue petite distance du banc, la température de la surface est de 32 degrés Fahrenheit, tandis qu’à une profondeur de 40 brasses la température, à peu près constante, est de 29° Fahr. Cette température de 29° Fahr. se maintient jusqu'à près de 300 brasses ; après quoi la température varie de 53 à 34° Fahrenheit.
Il devenait donc impossible d’employer des thermomètres à maxima ou à minima, pour avoir la température exacte du fond. Les thermomètres de Siemens et de Six, primitivement employés ne donnaient pas de résultats satisfaisants.
MM. Negretti et Zambra, ont alors construit le thermomètre à renversement, dont nous avons déjà donné une description dans un numéro précédent *,
' Voy. Ionie IV, 1875, page 353.
LA NATUIIE.
Y apportant de légères modifications qui permettent à la boule de supporter les pressions considérables sans pour cela nuire à la sensibilité de l’instrument.
La figure 1 montre le thermomètre après le renversement; la colonne de mercure coupée au point D est passée entièrement dans l’autre branche du syphon. Le réservoir A du thermomètre est enveloppé par un second manchon en verre épais, destiné à protéger le réservoir et pour ne pas nuire à la sensibilité, ce second manchon B contient une cer-
Fig. 1.
Détail du thermomètre
Fig. 2.
Vue de l’appareil complet.
taine quantité de mercure, laissant un espace vide pour la dilatation.
Le thermomètre, ainsi construit, doit être monté dans un appareil lui permettant d’accomplir sa révolution au moment voulu par l’observateur.
La figure 2 représente l'instrument complet tel qu’il a été employé à bord du Challenger. Le principe en est très-simple ; tant que l’instrument descend dans l’eau, le thermomètre est fixe mais aussitôt
que l'on remonte l’instrument, le thermomètre fait sa révolution.
Une hélice S en cuivre rouge est maintenue dans une charpente métallique. L’axe de cette hélice porte une roue W qui transmet son mouvement à l’axe autour duquel tourne le thermomètre par un pignon invisible dans notre figure ; S' est un levier sur lequel vient butter le thermomètre après avoir accompli sa révolution.
Aussitôt l’instrument dans l’eau, le mouvement descendant fait tourner l'hélice dans un sens déterminé et calculé de façon à faire désengrener le pignon de renvoi du thermomètre. En remontant.
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Fig. 3. — Psychromctre enregistreur.
l'hélice tourne en sens inverse, fait engrener le pignon de renvoi et le thermomètre tourne.
Il est facile de voir qu’avec ce système on peut avoir sûrement la température à quelque profondeur que ce soit.
MM. Negretli et Zambra ont cherché à utiliser ce thermomètre pour l'hygrométrie, et voici la disposition curieuse qu’ils ont adoptée (fig. 3) :
Un mouvement d’horlogerie porte, sur un axe, un psychromètre d'Auguste, il suffit alors, comme pour le thermomètre dont nous avons déjà donné la description, de mettre l’aiguille de l’horloge sur l’heure dont on veut connaître l’hygrométrie, et on retrouve les deux thermomètres renversés donnant les deux températures qui permettent alors de faire les différents calculs nécessaires pour connaître l'humidité relative de l'air.