‹ La Nature 1875 S2Chapitre 5 sur 117 · DE LA F ADI ET DE LA SOIF PROLONGES · texte numérisé non relu

DE LA F ADI ET DE LA SOIF PROLONGES

Le récit des horribles souffrances endurées par les occupants d’un des deux bateaux du malheureux vaisseau d’émigrés le Cospatrick, qui sombra, il y a cinq mois, à la suite d’un incendie, avec 400 ou 500 individus à bord, ne doit pas être oublié. Le docteur Fowler, écrivant de Sainte-Hélène le 1 2 décembre 1874 à la Lancette anglaise, dit : « Les trois matelots survivants m’arrivèrent après huit jours de traitement humain et intelligent, auquel les avait soumis le capitaine Jalmke, du vaisseau Brilish Sceptre. L'un, âgé de trente ans, souffrait d’une mucoenlérite; un autre, âgé de quarante-six ans, souffrait do faiblesse, et le troisième, âgé de dix-huit ans, d’une inflammation des pieds, conséquence fréquente de l’absorption prolongée et continuelle d’eau de mer. J’ai obtenu de ces hommes le récit suivant :

« Le bateau dans lequel ils se réfugièrent en quittant le vaisseau en flammes contenait trente personnes, toutes du sexe masculin et toutes adultes, à l’exception de trois. Depuis l heure de l’après-midi, du 18 novembre jusqu’à 5 heures du matin du 27 novembre, date de leur secours, ils furent sans une goutte d’eau et sans nourriture aucune. Leurs vêtements furent constamment mouillés par l'eau de mer jusqu'au 25 (huitième jour); le temps se calma alors et leurs vêtements séchèrent. Quoique la soif se soit fait cruellement sentir, elle n’arriva à la dernière période que le huitième jour, quand la faim aussi devint presque insupportable. Les trois récits, sur ces points comme sur d’autres, sont en parfait accord. Dans les cas fatals, la mort fut précédée de folie, conséquence attribuée à ce qu'ils avaient bu de l’eau de nier, tentative à laquelle résistèrent les survivants jusqu’au neuvième jour, où ils en burent seulement une petite quantité. Dans un ou deux cas, les symptômes de folie apparurent avant qu’on eût bu do l’eau de mer. Les premières morts arrivèrent le cinquième jour : six personnes moururent ; le sixième jour, quatre autres périrent, et le septième, six; le huitième jour, le nombre des vivants était réduit à huit, dont trois étaient. fous. Tous se plaignaient d’une sensation horrible de vide dans l’abdomen, accompagnée dans quelques cas de douleur dans le côté gauche. Les facultés mentales étaient dans la torpeur, et le corps dans une langueur extrême. Chacun s’aperçut de bonne heure de sa mauvaise haleine et souffrait horriblement d’une viscosité dans la bouche, qui était un peu apaisée en mâchonnant un bouchon. Après les premiers décès, un silence presque complet régna dans le bateau, rompu seulement de temps en temps par des murmures du délire. Malgré leur prostration, aucun ne pouvait réprimer une agitation qui les poussait à changer de place fréquemment dans le bateau. Dans les cas fatals, les malades délit aient pendant un jour

ou deux, mais ils n’étaient pas furieux. Ils erraient sans but dans le bateau et à la fin s’étendaient et mouraient tranquillement dans l’apparence du sommeil, probablement dans un état de coma. Dès le deuxième jour, tous burent leur urine, qui était liqui le sans exception, claire et de couleur cerise, et évacuée librement. Le sixième jour de leurs tortures, les survivants, comme beaucoup qui moururent plus tard, burent le sang de ceux qui mouraient; ils essayèrent aussi de manger une petite quantité de foie et ne l'avalèrent que très-difficilement. Us continuèrent à boire du sang en quantité plus ou moins grande jusqu’à leur délivrance. Dans un cas seulement, il y eut de la diarrhée; dans les autres, il n’y eut aucune évacuation des intestins pendant les privations. La première évacuation, après le retour de la nourriture, était noire comme du sang et d’une odeur infecte. Us ne se plaignaient pas beaucoup du froid, quoique la nuit les pauvres créatures fussent obligées do se serrer l’une contre l'autre [our se l’échauffer. Lu des survivants, âgé de trente ans, qui pesait 172 livres le jour de l’incendie, perdit 27 livres pendant les terribles dix jours. Ces hommes sont maintenant convalescents et engraissent rapidement 1 . »

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