L’EXPÉRIENCE DU COQ CATALEPTIQUE
Un des nos lecteurs a récemment appelé noire attention sur une expérience fort ancienne et très-curieuse, qui n'est pas aussi connue qu’elle mérite de l’être. Elle est certainement très-digne d’attirer l’attention des physiologistes. Celle expérience a été signalée pour la première fois, sous le nom de Expérimentant mirabile, par le P. Kireher dans son Ars magna, publié à Rome en 1040. Voici en quoi elle consiste.
Catalepsie produite sur un coq par l’action <JT
On prend un coq, que l’on place sur une table de bois de couleur foncée, on lui applique le bec contre la surface où il est solidement retenu, puis à l’aide d'un morceau de craie, on trace lentement une ligne blanche sur le prolongement du bec, connue l’indique notre gravure. Si la crête est abondante, il faut prendre soin de la relever, afin que l'animal puisse suivre des yeux le tracé de la ligne. Quand la ligne, a atteint une longueur de 40 à 50 centimètres, le coq est devenu cataleptique. Il est absolument immobile, avec les yeux fixes, et il reste pendant 30 ou 00 secondes même, à la place, où tout à l'heure on
e ligue tracée dans le prolongement de sou beu.
ne le retenait que par la force. Sa tête demeure appuyée contre la table, dans la position que figure notre dessin. L'expérience que nous avons toujours réussie sur des individus différents, a été faite sur une table d’ardoise, et la ligne droite a été tracée avec un morceau de craie. M. Azam rapporte que l’on obtient le même résultat, en traçant une ligne noire sur une planche de bois blanc. Suivant M. Balbiani, les étudiants allemands avaient autrefois une véritable prédilection pour cette expérience qu’ils accomplissaient toujours avec grand succès.
Les poules ne tombent pas en catalepsie, dans ces circonstances, aussi facilement que les coqs ; mais on les rend souvent immobiles en leur tenant la tète fixe et dans la même position pendant plusieurs minutes.
Les faits que nous venons de citer, se rattachent au phénomène si peu étudié, désigné en 1845 sous le nom d 'Hypnotisme, par M. Braid. MM. Littré et Ch. Robin, ont donné nue description de l’état hypnotique, dans l’édition qu’ils ont publiée du Dictionnaire de médecine de Nyslen en 1855. Si l'on place un objet brillant, tel qu’un porte-lancette, un disque de papier argenté, collé dans une assiette, etc., à 20 ou 30 centimètres des yeux d’une personne, et légèrement au-dessus de la tète; si le patient fixe cet objet pendant vingt ou trente minutes sans aucune interruption, il tendra à garder l’immobilité, si ou lui soulève doucement les bras et les jambes, et dans un grand nombre de cas, il tombera dans un état de torpeur complet, de véritable sommeil. Le. docteur Braid affirme qu'il a pu pratiquer dans do
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telles circonstances des opérations chirurgicales, sans que le patientait conscience île la douleur. Plus tard M. Azam a pu constater l'insensibilité complète aux piqûres, de la part des individus qu'il avait rendus cataleptiques par la fixation d'un objet brillant.
Nous ne ferons aucune affirmation en ce qui concerne le sommeil hypnotique chez les hommes ; nous n’avons pas eu l’occasion de le constater ni de l’étudier, mais sur la demande qu’a bien voulu nous faire notre correspondant, nous garantissons l’exactitude de l’expérience du coq cataleptique. Nous serions heureux que la description rapide que nous venons d’en faire, puisse décider quelques-uns des hommes compétents qui veulent bien nous lire à la reprendre, pour la mieux faire connaître et pour en donner l’explication.