‹ La Nature 1875 S2Chapitre 53 sur 117 · L’AMIRAL SHERARD 0SR0RN · texte numérisé non relu

L’AMIRAL SHERARD 0SR0RN

L’amiral Osborn vient de s’éteindre, quelques jours avant le départ de celte expédition pour les mers polaires qu’il prêchait depuis si longtemps, aux apprêts de laquelle il procéda avec amour jusqu’à ses derniers moments. Fils d’un lieutenant-colonel de l’armée des Indes, Osborn, né le 25 avril 1822, était entré dans la marine royale à seize ans. 11 débuta par une campagne dans les Indes orientales, sur la corvette Hyacinthe, et prit part au blocus de Quedult, place qui venait d’être enlevée au loi de Siam par les Malais.

Le premier des nombreux travaux auxquels il de-

vait attacher son nom, fut le récit de celle laborieuse croisière, et c’est un des meilleurs ouvrages de marine qui aient été publiés en Angleterre depuis le commencement du siècle. En 18 il , nous le voyons à la prise de Pékin, en 1843, en Coehinchine, à l’enlèvement des batteries de Woosung et de Shangaï ; il fut cité avec éloge par les officiers supérieurs sous les ordres desquels il servit successivement : le commodore Warren, sir Thomas Herbert et l’amiral sir William Parker. Après avoir été reçu midshipmann, il sert comme officier spécialement chargé de l’artillerie sur plusieurs bâtiments, et surtout sur le Collingwood, qui porta l’amiral Seymour à la station du Pacifique. Il visita, pendant celte campagne, les forts occidentaux de l’Amérique méridionale, le Mexique, la Californie, l'archipel Hawaï et les îles de la Société. A son retour en Angleterre, en 1 848, il fut nommé commandant d’un vapeur qui croisa sur les côtes d’Islande, pendant le soulève ment d’O’Bricn. C’est de cette époque qu'il commence à occuper son esprit de l’étude des questions polaires, préoccupation que nous retrouvons aussi vive à tous les moments de sa carrière. Sir James Ross, envoyé à la recherche de l’expédition de Franklin, absent depuis cinq années, venait de rentrer en Angleterre sans avoir pu retrouver ses traces, et certains esprits facilement découragés penchaient à croire qu’on ne trouverait pas vestige des deux bâtiments sombrés, disaient-ils, dans la baie de Baffin, et qu’il n’y avait pas lieu d’envoyer de nouvelles expéditions de recherches. L’indignation inspira à Sherard Osborn une série de mémoires éloquents qui firent revirer l’opinion publique et contribuèrent puissamment à l’envoi de quatre navires, sous le commandement du capitaine Austin. Osborn, qui se trouvait naturellement désigné, reçut le commandement du Pionnier. C’était la première fois que des bâtiments à vapeur affrontaient les glaces du pôle, la première fois qu'une organisation sérieuse et pratique était préparée pour l’hivernage, la première lois qu’on sût se servir utilement des traîneaux.

A son retour, en 1851, Osborn publia le vif et attachant récit de cette exploration pendant laquelle on avait retrouvé les premiers quartiers d’hiver de Franklin. On peut dire que les Anglais doivent à ce livre leur constant amour des voyages au pôle, et que la science lui est redevable des immenses progrès

accomplis dans la connaissance des régions jusqu’alors inexplorées. I! participa aussi, en 1852, à l’expédition de Belcher, pendant laquelle il passa deux hivers dans le haut du canal Wellington et fit de longues courses en traîneau. Profitant du repos que lui imposaient ses fatigues, il publia le journal de Mac Clure qui venait de découvrir le passage du Nord-ouest, ouvrage qui eut quatre éditions successives. Nous le voyons ensuite prendre part à la guerre de Crimée et se distinguer d’une façon toute particulière dans la mer d'Azow, puis conduire sans encombre, en 1857, une escadrille de chaloupes à vapeur en Chine et contribuer, en remontant le Yang- Tzé jusqu’à Ilongkoo, à démontrer l’importance de l’ouverture, au commerce européen, des rivières chinoises ; enfin il expérimente, sur le Sovereign, les tourelles de Coles. Au mois de janvier 18G5, il lut à la Société de géographie de Londres un long et solide mémoire dans lequel il demandait qu'on envoyât au pôle une nouvelle expédition et a[e puyait d’excellentes raisons le choix de la voie par le détroit de Smith.

Ces idées ne devaient êti c mises en pratique que dix ans plus tard, et, c’est au moment où il allait assister à la réalisation du projet qu'il avait étudié avec tant de soin, qu’il avait caressé avec tant d’amour, lorsqu’il avait contribué à l'aménagement et à l'installation de l'Alert et de la Discovery , qu’il mourut, presque subitement le C mai 1875.

Contre-amiral depuis 1873, membre de la Société de géographie et de la Société royale, Sherard Osborn avait, comme Managing Director of tlie telegraph construction and maintenance company, présidé à la mise en communication télégraphique sous-marine de l’Angleterre et de ses colonies de l’Inde et de l’Australie ; enfin comme agent de la Great indian peninsular company, il avait puissamment contribué à l'organisation et au développement des chemins de fer de l’Inde. Habile administrateur, brave et expérimenté navigateur, savant distingué, caractère loyal et dévoué, l’amiral Osborn est aussi vivement regretté par ceux qui Font connu que par tous ceux, encore plus nombreux, qui savent apprécier ses travaux.

Gabriel Marcel.

Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdteb.

L’amiral Sherard Osborn, moit le b mai 1876.

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