‹ La Nature 1875 S2Chapitre 58 sur 117 · DAKS LE NOUVEAU MEXIQUE · texte numérisé non relu

DAKS LE NOUVEAU MEXIQUE

Une ville indienne a été découverte l’été dernier, au Nouveau-Mexique ; elle est située dans la vallée du Rio Ghama, à trois milles à l’est d’Abiquin. Là, au pied de la chaîne du Jemez, se trouve une colline abruple, en forme de tronc de cône, qui s’élève d’environ 150 pieds au-dessus de la rivière, et qui se termine en forme de table 1 . Celte colline n’est abordable que par deux ravins, dont la montée est si raide et le débouché si étroit, que douze hommes résolus les défendraient contre une armée avec des quartiers de rocs et des débris. Partout ailleurs, c’est un précipice à pic. Le Rio Ghama coule à travers la vallée, et suit tout un des côlésde la colline, qui est à peu près carrée. Le long de deux autres côtés se trouvent deux lits de ruisseau, deux « arroyas, » sur le bord desquels sont les sépultures. G’est sur l’étroit plateau ainsi défendu contre toute attaque que l’on a découvert les ruines d’une antique bourgade d’indiens.

1 D.ms le pays, ccs sortes île collines portent le nom de mesa, qui veut dire table en espagnol.

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L’enceinte, dont notre gravure représente la forme assez bizarre, est faite d’un double mur en lave basaltique noire; et les matériaux ont dû en être apportés de très-loin, car on n'en a découvert nulle trace dans le voisinage. Ces murs s’élèvent encore aujourd’hui de près de cinquante centimètres audessus du sol, mais ils s’écroulent de jour en jour ; ils ont dû être assez élevés, si on en juge par l’énorme quantité de pierres employées à leur construction et aujourd’hui dispersées. On a trouvé, mélangés parmi les pierres, de nombreux fragments de poterie, ne différant pas de ceux qu’avait déjà fourni le Nouveau-Mexique, et des morceaux d’obsidienne noire, de porphyre rouge, de cornaline blanche et rouge; mais, au grand desespoir des chercheurs, pas une baclic, pas une tête de lance, pas une pointe de flèche, pierre ou métal. On pense qu’elles ont du être cherchées et découvertes depuis longtemps par les Indiens du pays, qui les conservent comme des reliques avec une religieuse vénération.

Les habitations, bâties dans l’intérieur de l’enceinte, occupaient chacune un carré de dix pieds de côté, ce qui a permis de porter à 230 âmes la population du village, en supposant 5 individus par famille et deux étages par maison 1 .

L ’Estufa ou chambre du Conseil est semblable à toutes celles des villages d’au jourd’hui. C’est un puits circulaire d’une quinzaine de pieds de profondeur et de vingt, pieds de diamètre; à son orifice est construit un petit mur d’environ un mètre, sur lequel on étend des poutres brutes, destinées à soutenir un véritable plancher de broussailles et de terre battue.

L’enceinte est fortifiée de deux espèces de tours ou de bastions circulaires, d'environ dix à douze pieds de diamètre, situés l'un à l'endroit où le ravin occidental débouche sur le plateau, l’autre près de la seule entrée de la ville. Grâce à ces moyens de défense, et surtout à sa position, elle semble réellement imprenable; mais on ne comprend pas où ses habitants se fussent procuré l’eau nécessaire à leurs besoins en cas de siège.

Sur l’indication du curé d’Abiquin, les explorateurs, après avoir examiné le village, se mirent à chercher les sépultures. Contrairement à l’usage le

* Dans les villages indien» du pays, les pueblus, les maisons ont aujourd'hui neuf étages ; si l’on pouvait supposer que la ville antique fût construite de la même manière, il faudrait plus que tripler le chiffre probable de sa population.

plus fréquent des Indiens, elles étaient auprès du village, dans les arroyas, et les eaux, en les lavant, avaient mis à découvert plusieurs squelettes. Le premier que l'on trouva avait la figure contre le sol et la tête tournée vers le Midi : deux particularités qu’aucune sépulture indienne n'avait encore présentée. A deux pieds au-dessus de lui étaient deux pots noirs, contenant du charbon, du blé grillé et des os de volatiles et de petits mammifères, restes évidents d'un repas funèbre ou de provisions offertes au mort. Aucune trace de vêtements, d’armes, d’ustensiles quelconques. La sépulture n’avait jamais été dérangée, et le squelette, en fort bon état, a été offert au Medical Muséum de l'armée américaine.

Un assez grand nombre d’autres squelettes décoi .« verts dans les deux arroyas ont permis de faire les observations suivantes. Ce qui frappe le plus dans leur constitution, c'est la très-grande capacité de la boîte crânienne, comparée aux têtes des diverses tribus indiennes de nos jours. La face est étroite, les pommettes resserrées, le menton particulièrement aminci et pointu.

Dans deux des crânes observés, l’occiput était sensiblement aplati, peut-être artificiellement. Tous les crânes présentaient en abondance ces ossa triquetra que l’on trouve communs dans la plupart des têtes d’indiens ou de Nègres.

La taille des individus était plus élevée que celle de la moyenne des Indiens et des Blancs qui habitent aujourd’hui la contrée; mais les os, s’ils sont plus larges, sont aussi plus minces et plus grêles.

Les Indiens du voisinage n’ont aucune tradition qui montre celte ville habitée. Mais il est certain que, jadis, cette partie du Nouveau-Mexique a été très-peuplée : la vallée du Rio Ghama 11 e contient pas moins de six on huit villes semblables, qui ont pu contenir 2 ou 3,000 habitants, et les vallées voisines en renferment encore davantage. D’après les récits de Hosta, chef du village indien de Jemez, il paraîtrait que le Nouveau-Mexique fut habité par le peuple de Monlezuma, qui y fit une étape dans son émigration du Nord au Sud, et y bâtit toutes ces villes. Puis, plus tard, ce peuple se serait divisé, une partie s’établissant sur le Rio-Grande, et l’autre allant conquérir le Mexique où les Espagnols la trouvèrent.

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