BOUSSOLE CIRCULAIRE
M. Emile Dachemin a remplacé l’aiguille de la boussole oïdinaire, par deux cercles concentriques aimantés A, B (figure ci-dessous), relies entre eux par une traverse C, eu aluminium ou eu autre métal. Le maximum d'aimantation part des pôles Nord et Sud, et va en décroissant jusqu’aux points neutres n,n, ainsi que cela est indiqué par l’ombre projetée sur les cercles dans notre gravure.
Celte boussole est très-sensible, les cercles aimantés ont un mouvement régulier, et n’offrent pas l’inconvénient d’ôlrc soumis à des oscillations comme le fait une aiguille.
M. Duchemin a présenté à l’Académie des sciences, il y a déjà quelques mois, le résultat des essais pratiques qu’a ordonnés M. le ministre de la marine, '
et qui ont été faits à bord de l'aviso-école le
Faon et de la frégate ' 7 jgjUffi
cuirassée la Savoie. / '*mSr ]
Les expériences exé- / ' ! '7 '■ O a , *
entées à bord du Faon /■ f '*
ont été divisées en if f / ^7 IJhKS deux séries: 1“ Série fi-.i -i r. Img.i () ( Â
d’expériences sur la t ! .. *
boussole simple, c’est- A V- \
à -dire celle qui est Vîfe \ v çy* destinée à donner la Ylllk // l
valeur de la boussole \^Ér;
rallèle avec la boussole à aiguille ; 2° Série d’expériences sur la
boussole, au point de Do . a „, lc ciri . u)aire d ,
vue de la correction à
apporter aux influences locales par l’addition d’un cercle aimanté concentrique et mobile.
On a pris comme terme de comparaison une boussoule ordinaire de la marine, préalablement aimantée à saturation, ayant 0,20 de longueur, et un cercle aimanté de même diamètre extérieur. Les deux boussoles ont été expérimentées avec les mêmes conditions de pivot et d’agate 1 .
Voici quelques extraits du rapport:
« Sensibilité. — La sensibilité de la boussole circulaire ne laisse rien à désirer. Elle est supérieure à celle de l’aiguille précitée. Ecarté du méridien magnétique, le cercle y revient plus vite que l'aiguille, quoique le frottement soit plus grand pour le premier, puisque tout le système pesait 141 grammes, Mors que la rose ordinaire n’en pèse que 62. . . »
« Évidemment, ainsi que la boussole à aiguille, la
* L’auleur emploie pour la construction des agates de ses roses circulaires l’onyx d’Allemagne — pierre sans valeur — dont la pesanteur spécifique, la dureté cl l’homogénéité peuvent êtro utilisées pour créer de véritables chapes de résistance.
Bouss île circulaire de M Emile Duchemin.
boussole circulaire oscille au roulis ; mais ces oscillations sont lentes et ne sauraient se comparer à celles d’une rose ordinaire. Le bâtiment ayant des roulis excessifs par une grosse mer, les timoniers prennent leur relèvement sans que la rose ait aucun mouvement gênant de lance. »
« En eau calme, le compas liquide dort d’une façon ennuyeuse, tandis que la rose circulaire a une stabilité mécanique à peu près égale à celle du compas liquide, et une sensibilité trés-supérieure. »
« Stabilité magnétique. — La stabilité de la boussole circulaire est très-satisfaisante. Écartée du méridien magnétique par suite des oscillations du bâtiment, alors que les masses de fer du bord acquièrent une polarité (pii change sans cesse avec le roulis, le nombre des oscillations qu’elle effectue est bien moindre que pour l’aiguille: comme rose de beau
lümns, elle est excel- .. lente, car elle ne dort
pas ; comme rose de gros temps, elle offre une stabilité inécani- . que qui doit la faire
j N préférer à la boussole
8» ordinaire. »...
VA u En résumé, la
\ i boussole circulaire est
gU ci un instrument digne
j -I de toute l’attention des
4 ’J marins. En perfeclion-
I j liant sa construction
/ pratique et en plaçant
les cercles sous la rose de talc, on aura un instrument sensible , stable et constituant un véritable progrès.
M Emile Duuhemiu. 0,1 a ]; \ facullé F«-
cieuse d’augmenter sa
stabilité magnétique et sa sensibilité par l’addition de cercles concentriques sans changer l’égalité du moment d’inertie dans tous les sens, et sans craindre, comme dans les roses à plusieurs aiguilles, l’influence des pôles voisins qui tendent à détruire le magnétisme. »
LE DESCOBRIDOR
MANUEL GOD1NHO DE HERED1A
NOTICE POUR SERvrn A l’hISTOIIIE DES DÉCOUVERTES EX OCÉANIE AC COMMENCEMENT DU DIX-SEPTIÈME SIECLE.
(Suite. — Voy. p. 82.)
Francisco da Gama, vice-roi et amiral des Indes, était parti de Lisbonne pour prendre possession de son commandement le 10 avril 1590. Suivant 1 historiographe Baretto do Resende, il a rempli cette double fonction pendant trois ans et sept mois. C est donc entre 1597 et 1000 que prend place l’envoi de l’ Informaçdo da Aurea Chersoncsa,' adressée à ce
personnage, que Ayrès de Saldanlia remplaça à cette dernière date.
L’arrière-pelit-fils de Vasco de Gama paraît avoir accueilli avec faveur les renseignements et les propositions deGodinho. C’est pendant sa courte administration que le cosmograplie, honoré déjà pour ses seuls renseignements du titre de descobridor, obtient le grade d’adelantado ou gouverneur militaire des pays à découvrir, l'habit du Christ et la promesse du vingtième du revenu des terres dont il doit prendre possession au nom du Portugal.
Malheureusement le bon vouloir du vice-roi pour l’expédition vers le sud est paralysé par les graves événements qui se déroulent dans les Indes. Un ennemi nouveau a surgi contre les Portugais. Les Hollandais sont arrivés à Sumatra en l‘>96, avec Cornelis Uoutman, et le Portugal, lié depuis quinze ans par un pacte fatal au sort de l’Espagne, va voir tomber peu à peu son empire colonial sous les coups des implacables adversaires de Philippe IL
Francisco da Gama est secondé, dans son œuvre défensive, par son frère Vasco, qu’il vient de perdre au moment ou Godinho, arrivant de Malacca pour recommander de nouveau son entreprise, débarque à Goa et rédige la lettre publiée par MM. Mondez Leal et Boussingault.
Quand Ayrès de Saldanlia eut pris la direction des affaires portugaises, les circonstances se montrèrent moins favorables encore aux découvertes que Godinho avait rêvées. Jacques van Ilcemskcek et d’autres hardis navigateurs hollandais tenaient la mer, bloquaient plus ou moins étroitement les ports, et prenaient les galions. Malacca, menacé dès 1601, fut assiégé par Cornclis en 1 G05, et Godinho, que Saldanlia avait envoyé dans ce port, dont il devait partir pour son voyage de découvertes, dut rester dans la forteresse où il fut attaché à ce que nous appellerions aujourd’hui le génie militaire.
Godinho nous a conservé l’analyse de ses étals de services. On y voit qu’il a construit la citadelle de Muâr, à l'embouchure de la rivière de ce nom, élevé d'autres forts qui défendaient les détroits de Singapore et de Sabbao, et dirigé plusieurs expéditions maritimes contre les pirates Malais de Sumatra, d’Aracan, etc., à la tète d’une Hotte de douze galiotcs et de soixante brigantins.
Il se vante d’avoir découvert, à cette époque « tout le pays du détroit de Malacca, entre les rivières de Muâr et de Pauagin, abondant en mines d’or, d’argent, de pierreries, en pêcheries de perles, mercure, alun, salpêtre et autres richesses dont il a des certificats authentiques. »
Ces découvertes semblent avoir fait l'objet principal d’un petit mémoire, imprimé par Caminha, dans les Ordenacaôs da India et qui a pour titre Liste des principales mines d’or obtenues par les explorations curieuses de Manuel Godinho de Ileredia, cosmographe indien, résidant à Malacca depuis vingt ans et plus. Il en est aussi question longuement dans les premiers livres de la Declaraçam
I de Malacca e India méridional com o Cuthay écrite I en 1613 et dont nous nousjoccuperons tout à l’heure. On voit, dans le dixième chapitre du second livre de cet ouvrage, que pour ne pas rendre inutile son titre officiel de descobridor, Godinho a exploré l'intérieur de Malacca encore si peu connu aujourd'hui, qu’il a parcouru cette presqu'île en tous sens, tracé des cartes et des plans topographiques, relevé la po ition des mines, etc., etc. Cette partie de son œuvre, demeurée entièrement inédite, serait probablement plus intéressante à connaître, que celle qu'il nous reste à exposer et dont M. Iluelens a déjà brièvement entretenu le Congrès géographie d’Anvers. A Malacca,
| Godinho est véritablement un découvreur, et ses efforts ne sont pas sans profiler en quelque façon à la science. La découverte de la terre pompeusement appelée bule méridionale, va se faire par procuration, et Godinho acceptera sans aucune critique, des récits tellement dénaturés qu'il sera presque impossible de retrouver plus tard, avec certitude, la terre dont il a poursuivi l'exploration. ;
Pendant ses luttes contre les Malais et ses vovages dans l’intérieur, Godinho a contracté des infirmités qui vont en s’aggravant de plus en plus. Ne trouvant à Malacca aucune ressource contre son mal, le descobridor s'embarque pour Goa où il vase faire traiter, en même temps qu’il portera au nouveau vice-roi Martini Affonso de Castro les dernières I nouvelles de l’Inde méridionale. Ce dernier est arrivé aux Indes en 1003, il y est mort en 1607. C'est entre ces deux dates que s'accomplit le passage de Godinho à Goa et que se place par conséquent le premier récit relatif à Lucaanlara et au voyage qu'y a fait en 1601 Chiay Nasiure, roi de üamul.
Une embarcation entraînée par la tempête était venue amener en l’an 1 600, au port Javanais de Balambuan, des étrangers partis d’une terre inconnue. Ils 1 étaient presque en tout semblables aux Javanais dont I ils avaient la forme de corps et la physionomie ; leur langage ne différait pas plus du langage de Java que celui des « Castillans et des Portugais, » et leurs usages étaient les mêmes sauf en ce qui concerne la chevelure qu’ils portaient « longue à la mode des Nazaréens et tombante sur les épaules. » Ces Jaos « d’une autre race » furent sympathiquement reçus et. fort bien traités par les Jaos de Balambuan, et le roi de Dairiut, que Godinho appelle tour à tour Chiaymasuro ou Chiay Nasime, se laissa entraîner à aller visiter le pays inconnu d'où ils étaient partis.
L’histoire des naufragés de Balambuan et de Chiay Nasiure est exactement comparable la relation si connue des naufrages des Palaos à Caragan et à Samar et des expéditions qui menèrent ensuite les Espagnols dans leur archipel demeuré jusqu’alors inconnu. Le roi de Damut, embarqué avec quelques i compagnons sur un canot à rames, parvint, en douze jours, dans un port d’une grande terre nommée ; Lucaantara. Bien reçu par le chef du pays où il a abordé, et auquel il donne le titre de Xabandar, j le voyageur javanais admire la végétation et les
richesses de la contrée, dont il recueille les produits les plus précieux, et poussé par la mousson, revient en six jours à Balambuan, accompagné du Xabandar qui vient à son tour visiter l’ile de Java.
Un échevin de Malacca, Pedro de Carvalhaes, était alors à Balambuan. Il fait parvenir au descobridor la notice, adressée par Chiav Nasiure au roi de I’am sur son voyage et l’attestation qu’il avait donnée luimême au roi de Damut, à son arrivée do Lucaanara. Ces deux documents sont la base du rapport que Godinho va porter à Goa.
On y voit que le roi de Damut a reçu de son confrère de Lucaantara quelques poignées de monnaies d’or semblables à celles de Venise, que les Lucaantariens « ont la tète ceinte d’un ruban d’or martelé, et portent des poignards ornés de pierreries et sont très-adonnés au jeu de coqs. L’île a de tour et de circonférence plus de 600 lieues, on y voit beaucoup d’or, de girofle, de muscade, de sandal blanc et autres épices ; elle est très-fertile, bien boisée et produit des aliments de tout genre; elle comprend plusieurs royaumes, bien pourvus de villes et de villages populeux, etc. » De l’or, partout de l'or, comme dans ces des imaginaires dont Diego Pacheco poursuivait la conquête quand il trouva la mort. Il n’en aurait pas tant fallu pour provoquer en temps ordinaire une expédition sérieuse. Mais AfTonso de Castro est tout à sa lutte navale contre les Hollandais. Et ce n’est qu'en 1610 que Godinho obtient enfin les fonds nécessaires pour faire passer à Java un serviteur chargé de s’assurer de la réalité des faits avancés par Chiav Nasiure.
Voici la traduction du rapport inédit adressé à Godinho, le 14 août 1610, par son envoyé anonyme, qui devait être quelque Malais.
« Pour l'honneur de Votre Merci, j’ai risqué la vie partant de l’anse des Pêcheurs, dans une petite embarcation de douze hommes payés aux dépens des fonds de Votre Merci qui restent en mon pouvoir pour ce service. Et Dieu nous assista si bien que je perdis de vue la terre de Java de la Sonde. L’autre jour, qui était le troisième du voyage, apparurent les montagnes de l ucaantara et ensuite la terre. Trois jours après je débarquai sur une côte déserte pour n'etre pas connu pour étranger et seulement ma personne avec un autre compagnon ; en suivant la plage je fus à la cité où je demeurai trois jours, et je notai être vrai ce dont avait informé Chiay Maisiure sur la
LE SEQUOIA GIGÀNTEA
La Nature a récemment signalé la découverte d'une immense forêt de Séquoia giqantea, dans les comtés californiens de Tulare et de Eresno 1 .
Cette majestueuse conifère n’était connue à peu près, jusqu’alors, qu’aux environs de Murphy’s, sur les parties élevées à 1 ,500 mètres environ de la Sierra Nevada dans la Nouvelle-Californie. Elle ne s’y trouvait pas abondamment, surtout en exemplaires de haute taille, l'exploitation les ayant depuis fait en grande partie disparaître.
Les récits plus ou moins exacts et même exagérés dont cet arbre gigantesque fut l’objet, il y a une vingtaine d’années, passionnèrent la presse horticole des deux mondes. Chaque nationalité revendiquait la priorité baptismale du gros arbre américain.
La fièvre de l’or importée du nouveau continent, faisait alors de terribles ravages dans les cerveaux européens, et les nombreuses émigrations qu’elle provoqua en Californie n’avaient qu’un unique but. Aussi, bien que plusieurs voyageurs eussent déjàpar- ! couru ce merveilleux pays, cet arbre resta t-il inaperçu pendant longtemps aux yeux des étrangers, malgré sa stat ure remarquable.
C’est à l’infortuné G. Douglas, qui devait quelques années plus tard périr d’une façon tragique en poursuivant ses explorations botaniques, qu’on doit la découverte du Séquoia gigantea. Les renseignements fournis par ce voyageur parurent si extraordinaires, qu’ils furent publiés alors dans le Gardner’s chronicle, par les soins d'un botaniste anglais d’un grand mérite, le docteur Lmdley. Mais Douglas ne put faire connaître autrement que par un récit son heureuse découverte. Ne put-il pas atteindre les rameaux élevés de cet arbre colossal? c’est ce qu’on peut croire; toujours est-il qu’il crut tout d'abord devoir le rapporter au genre Taxodium.
Un passagede sa lettre fut reproduit, tant elle était empreinte d’enthousiasme. « La merveille delà végétation de ce pays est une espèce de Taxodium, qui donne à ces montagnes un aspect extraordinaire, je dirai presque formidable, quelque chose en un mol qui nous lait sentir, dès l’abord, que nous ne sommes plus en Europe. J’ai à plusieurs reprises mesuré des individus de cet arbre ayant 270 pieds (82 m ,26) de hauteur et 52 pieds (9'",7 ü) de circonférence à 1 mè-
sandal et autres richesses. Et après avoir acheté le nécessaire, je fus vers l’embarcation et avec le vent je
tre du sol. Quelques-uns atteignent 300 pieds (91 m ,40), mais sans dépasser la grosseur que je viens d’indiquer. »
La curiosité des amateurs et l’intérêt des horticul-
retournai en six autres jours à l’anse des Pécheurs, où teurs anglais furent excités : bientôt des recherches
j’arrivai très-souffrant et lestai dans la maison d’un pêcheur, mon ami, qui me fait mille honneurs, parce qu’il a connu Votre Merci à Malacca, comme ami de l’évêque don Juan Rybeyro Gaio.
« De l’anse de Matlaron de Java de la Sonde, le
14 août de l’année 1610. »
— La suile prochamemeut. —
nouvelles furent entreprises et des détails plus complets, accompagnés d échantillons et de graines, parvinrent l’année suivante en Angleterre. M. Lindley fut chargé d’étudier les matériaux que lui fit parvejüitle voyageur W. Lohb. Les renseignements l’our-
E. IIamï.
semestre 1875, p. ëüü.
ni» par ce dernier dépassaient de beaucoup ceux de Doublas. G était le comble du merveilleux. «J'ai jugé, dit il, sur un de ces arbres abattus, d’après le nombre de couches, que cet arbre pouvait avoir trois mille ans. I In a enlevé sur cet arbre monstre un cylindre d’écorce, tout d’une pièce, de 24 pieds pour le faire figurer à l cxposilion de San-Franeisco, comme une des curio-
sités les plus étonnantes du pays. Ce cylindre placé debout, forme une chambre circulaire qu’on a meublée à la manière d’un salon, et l’on a mis un piano aveedes sièges pour quarante personnes. Un jour on y fit entrer, sans qu’ils y fussent gênés, jusqu’à cent quarante enfants à la fois. » Alors Lindlcy transporté s’écrie : « Quel colosse, et quelle fabuleuse antiquité ! — Voilà
Un fragmci.t du branche de Séquoia giganlea . (Grandeur naturelle.)
un arbre dont l’enfance remonte à l’époque où Samson ; assommait les Philistins, où Paris courait les mers i avec la belle Hélène, et où le pieux Enée emportait le père Ânchise sur ses liliales épaules, etc. »
L’arbre étudié fut reconnu comme espèce nouvelle.
A un semblable végétal il fallait un nom éclatant, aussi Lindlcy lui appliqua-t-il, en l’honneur du héros anglais qui vivait alors, le nom de Wellingtonia. Sur ces entrefaites, Endlicher, éminent savant autri- ;
chien, étudiait soigneusement le groupe des conifères, et la publication qui venait d’être faite, lui suffit pour reconnaître que le Wellingtonia de Liudley devait rentrer dans son genre Séquoia, genre précédemment établi pour une espèce également de grande taille, le S. sempervirens.
Mais les Américains, auxquels la priorité de la découverte venait d’échapper, n’acceptèrent pas cette dénomination. C’était sur leur sol, chez eux en un
’JHà- «S
mm
Tronc d'un Séquoia gigantea de la Californie, ayant 5G mètres de circonférence et 90 mètres de hauteur.
(D’après une photographie.)
de sa part à lie pas appliquer le nom cher à la nationalité du lieu. W eliingtonia en Angleterre , Wahsingtonia en Amérique, et Séquoia sur notre continent, telle est la synonymie de cette imposante conifère. Néanmoins et malgré s* dissonance, c’est,
d’après les lois de la nomenclature scientifique le dernier de ces noms qu’il convient d'adopter.
Dans le lieu ou le Séquoia fut découvert, on comptait il y a 20 ans une centaine de ces arbres gigantesques, dans un espace de 25 ou 50 hectares, donti-
nant les arbres de la forêt qui les environnaient. 1 Leur tronc était orné de nombreux parasites, mousses, lichens, etc., qui pendaient en lestons. Leur cime et leurs plus longues branches étaient, pour la plupart, brisées sous le poids de la neige, dont ces arbres se couvrent en hiver. Les anfractuosités que laissent entre elles les amorces des racines au collet de l’arbre, sont souvent d’une telle dimension, (pie des familles d Indiens s’abritaient dans ces sortes de box, pendant la mauvaise saison, et y laissaient trop souvent la trace de leur passage, car beaucoup étaient mutilés par des incisions profondes ou par le feu.
L’acquéreur decette portion delà forêt enétait aussi le cicérone, et guidait les voyageurs qui s’arrêtaient à son hôtel, dans leur visite aux grands arbres. Chacun d’eux avait reçu un nom particulier, en rapport avec sa forme ou sa taille, tels que : llermit (1 11ermite) ; lhe Old Bachelor (le Vieux Célibataire) ; tlie Three Sisterx (les Trois Sœurs) ; lhe Ilusbund and Wife (le Mari et la Femme); Big tree (Gros arbre 1 , etc., etc. Ce dernier avait 500 pieds anglais de hauteur et 95 pieds de circonférence, et les autres s’écaitaient peu de ces dimensions. Les uns étaient en groupe comme 1 indiquait leur nom : the Three Sisters ; ces trois arbres paraissaient sortir d’une même souche et formaient le plus joli groupe de tous. Un des troncs atteignait 200 pieds avant d’arriver aux premières branches. Le Family Group se composait de 26 arbres rapprochés, parmi lesquels se distinguaient le père, la mère et les 24 enfants. Le père renversé déjà depuis plusieurs années, mesurait à sa base 110 pieds de circonférence, et comme il s'était brisé dans sa chute, on estimait qu’il avait dépassé de beaucoup 400 pieds, puisqu'il avait, à l’endroit de sa brisure qui était à 500 pieds de haut, encore 40 pieds de circonférence. Ces mesures ont été prises et signalées par M. Jules Rémy, ancien botaniste voyageur du Muséum, et un anglais de ses amis, M. lircnchlcy.
On rapporte que pour abattre le Big Tree, il a fallu cinq hommes pendant vingt-cinq jours ; lesquels, à l’aide de tarières, percèrent le tronc de trous rapprochés, jusqu’à ce que l’équilibre de l’arbre fut compromis, puis le tirèrent alors au moyen de cordages jusqu’à ce qu’il eut perdu son aplomb. Sa chute fut épouvantable. La décortication du tronc demanda trois semaines. La bille mesurait ainsi à sa base 25 pieds 7 pouces (Je diamètre, écorce non comprise.
On possède au Muséum des fragments de cette écorce ayant de 50 à 40 centimètres d’épaisseur, d’une grande légèreté, brune ; elle est composée de cellules minces et déliées de parenchyme cortical, entremêlées de fibres libériennes et de fibres grillagées. Ces éléments se tiennent comme un feutre, et les couches successives qui se déposent annuellement s'ajoutent aux anciennes, sans qu’il y ait jamais d’exfoliation des couches anciennement formées. En sorte que rigoureusement, l’écorce peut être aussi vieille que l’arbre si des agents extérieurs ne vien-
nent pas l’endommager. G’est à peu près le même fait qui se passe pour nos vieux chênes et quelquelois pour des pins très-âgés.
On a pu voir au Palais de Cristal, en 1855, un tour de force vraiment américain. On avait amené de la Caliiornic, sur des navires, des plaques d’écorce de Séquoia, qui rapprochées et superposées suivant un certain ordre, reconstituaient le tronc de l’arbre jusqu’au sommet du palais de l’exposition. La vaste salle que formait le vide intérieur, permettait à trente personnes de se tenir à table dans cet espace.
Le Big Tree a été l'objet d'un examen attentif de la part de M. Remy, et quoique les couches d’accroissement indiquassent un nombre immense d’années, il ne pensait pas qu’on pût attribuer à cet arbre plus de 2,000 ans; ce qui déjà était assez respectable « pour faire naître dans l’esprit mille pensées philosophiques, sur les révolutions qui ont agité le globe, depuis que notre arbre est sorti de sa graine. »
11 faut dire que si cette végétation colossale n’avait pas attiré plutôt l’attention, ce n’est pas que cette essence fût uniquement cantonnée à Calaveras, mais elle se retrouvait, ce que l’on sut bientôt, dans divers points de la Sierra, notamment dans la passe de Carson Valley, mais pas en exemplaires de la taille de ceux dont nous parlons. Enfin la nouvelle localité découverte récemment, est une preuve que l’aire du Séquoia gigantea est plus étendue qu’on ne le pensait. Hâtons-nous de dire que les Indiens n’étaient pas toujours les seuls destructeurs du Séquoia, et dans un article de M. Naudin, publié il y a 20 ans sur ce sujet, le futur académicien s’élevait avec énergie contre les tendances cupides et dévastatrices des nouveaux maîtres de ce pays, devant lesquels ces témoins d’un âge préhistorique ne trouvaient pas grâce.
Le bois de Séquoia, est d’ailleurs d'excellente qualité. 11 est homogène, quelles que soit la taille et l’àge de l’arbre, léger, élastique, rougeâtre et susceptible d’un beau poli. Il se fend dans une direction rectiligne parlaite et est d’une longue conservation et ne se fend pas au soleil.
Depuis son introduction en Europe, cette conifère a fait son chemin. Sa rusticité est à toute épreuve, puisqu’il a résisté à l’hiver exceptionnel de 1871-72. Il n’y a pas maintenant de jardin un peu bien tenu qui n'ait son Séquoia. L’élégance et la belle teinte de cet arbre toujours vert, ainsi que son port pyramidal, le placent au premier rang parmi les plantes ornementales. On en peut voir de fort jolis au bois de Boulogne, ayant déjà une hauteur de 7 à 8 mètres avec des rameaux inférieurs rasant le sol. Mais il s’en trouve de bien plus beaux exemplaires au ccn Ire et dans l’ouest de la France. Nous en avons vu récemment de magnifiques à Nantes, puis à Angers, dans les établissements horticoles de MM. Leroy. M Millet de la maison Anatole Leroy, nous a signalé le plus grand des environs. Il a un peu plus de 16 mètres avec 0 m ,80 de tronc à la base, et son âge est de 17 ans. Dans ces conditions le Séquoia fleurit
et donne des graines fertiles dont la taille est inférieure à celle d’une petite lentille.
Comme la plupart des conifères, le Séquoia aime i les terrains sablonneux, frais et profonds. Mais il faut renoncer à l’espoir de voir de son vivant la graine qu’on aura mise en terre se transformer en un arbre atteignant des centaines de pieds, car la rapidité de développement du Séquoia se ralentit bientôt quand il est arrivé à un certain âge ; il ne ! marche qu’avec mesure en formant des couches annuelles, égales et serrées. L’ Eucalyptus, au contraire, qui est appelé à rendre tant de services, pourrait, sur les bords de la Méditerranée, saluer ■ d'une cime de deux cents pieds, le vieillard qui, enfant, l’aurait semé. J. Poisson.