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DU CONGRÈS GÉOGRAPHIQUE

La Société de géographie est une des premières sociétés qui ait pris, dès son origine, un caractère international. 11 y a cinquante ans, peu après sa création, elle distribuait déjà des récompenses à des étrangers, donnant ainsi le témoignage de ses efforts pour répandre une science à laquelle l’esprit français passe dans une mesure exagérée pour rester rebelle. C’est, sous l’inspiration des membres du Congrès d’Anvers (1871), que la Société de géographie a convoqué, dans une seconde session, les géographes du monde entier. Quatorze puissances ont répondu à cet appel en envoyant leurs délégués, qui ont préparé l’exposition de géographie aux Tuileries.

La France est la nation de l’Europe qui, sous l’impression de ses malheurs, a le plus gagné dans les sciences géographiques. Le service du dépôt de la guerre qui tient aujourd’hui un des premiers rangs dans l’exécution cartographique, a exposé dans son ensemble la carte de France, dite d’état-major au 8 0 o cTo", el1 réunissant les 274 feuilles fragmentées, en une seule carte de dix mètres de haut. Ce monument géographique occupe le fond de la salle des Étals, destinée aux réunions du Congrès. Les instruments usités par les officiers d’état-major pour les levers sur le terrain, les procédés de retouche de gravure, les différentes cartes auxiliaires, et les travaux géodésiques de toute nature du dépôt de la guerre, sout encore présentés aux yeux du visiteur.

Deux salles sont spécialement consacrées aux missions de l’observation du passage de Vénus : la première, celle du commandant Mouchez à l’île Saiul- Paul, organisée par M. Yélain, contient l’appareil photographique enregistreur, la lunette des passages, une collection des animaux trouvés sur cette ile inhospitalière et un grand nombre de cartes et photographies ; la seconde renferme tout ce qui se rapporte à la mission de M. Janssen, appareils astronomiques el dessins. Un' autre local est spécialement affecté aux missions scientifiques d’un autre genre; celles de Palestine y sont surtout bien représentées par les cartes et dessins de M. G. lley et la restauration des ruines de Baalbec, par A. Joyau, pensionnaire de l’Académie de France à Athènes.

Dans l’exposition privée, la maison Hachette et C le tient une place importante par ses ouvrages scientifiques, comme par ceux de vulgarisation. Les cartes de l’atlas de M. Vivien de Saint-Martin sont remarquables par la gravure, la Géographie universelle d'Elisée Reclus, en cours de publication, les cartes murales de la France sont des œuvres importantes.

4 Sous donnons ici un aperçu d’ensemble de cette importante Exposition ; nous publierons prochainement, à ce sujet, une notice topographique, due à notre collaborateur, M. E. Quillemin, ainsi que quelques articles sur les objets les plus remarquables qui ont été exposés.

Quatorze nations étrangères se sont fait représenter à l'exposition ; la Russie possède une Société de géographie composée de plus de 2,000 membres ; les cartes exécutées par l'administration de la guerre sont très-soignées. L’abondance des envois de cette puissance dépasse toutes les autres.

L’Angleterre offre comme œuvre saillante, la partie du Topographical Survey des Indes où se trouve la chaîne de l’Hirnalaya ; on y voit les pics les plus élevés du globe, apparaissant au milieu d’un relief tourmenté. La Société de géographie de Londres montre, comme actualité, sa carte murale de l’exploration arctique, où Smith Sound est indiqué comme la route la plus facile pour atteindre le pôle. Le delta de l’Oxus par le major AVood, les diagrammes des sondages de l’expédition du Challenger, les cartes du lacTanganiika, sont des travaux de premier ordre dus uniquement à l’initiative de l'Angleterre. Un fac-similé de la mappemonde dllercford est un précieux document pour l'histoire de la géographie.

L’Institut météorologique des Tays-Bas occupe une place importante dans les travaux géographiquesdeie pays ; les nombreux volumes publiés sont une preuve de ce qu’il a fait pour la diffusion des connaissances météorologiques. Si l’étendue restreinte de la Hollande donne peu de su jet aux travaux géographiques, les Indes néerlandaises ont été l’objet d’une grande sollicitude scientifique : cartes de régions peu connues, photographies représentant les mœurs et coutumes de l'île de Java, statistiques et documents administratifs, livres divers écrits sur ces régions, constituent une encyclopédie complète.

Malgré la surface minime de son territoire, le Danemark en a fait dresser une carte soignée, que beaucoup d’autres pays pourraient envier. L’intérêt se reporte sur les objets de l’industrie de ses colonies groënlandaises, qui consistent en instruments, vêtements façonnés par les indigènes. De nombreuses aquarelles et des photographies qui tapissent les murs de la salle, donnent une idée du caractère de l’Islande et du Groenland, colonies danoises.

En entrant dans la salle réservée à la Suède, le regard est attiré sur le modèle en plâtre de l’aérolithe pesant 22,000 kilogrammes, rapporté par M. Nordenskiold, de son expédition arctique. C’est le plus volumineux qui ait été encore rencontré.

La Turquie, qui a aussi des cartes topographiques remarquables offre, comme, principal attrait aux visiteurs, un panorama de Constantinople en photographie. Les États-Unis donnent un spécimen de leur organisation météorologique dont le fonctionnement, pour la prédiction du temps, peut servir de modèle aux autres nations. Oii remarque aussi en Autriche des cartes géologiques d’une exécution soignée.

On a réuni dans la galerie Mazurine, à la Bibliothèque nationale, les documents les plus propres à montrer les progrès des connaissances géographiques, exposition de cartes qui n’ont jamais été communiquées eu public ; le catalogue comporte plus de 500 articles. Un des plus curieux globes exécutés avant la

decouverte de l’Amérique par Martin Pehaim, reproduction de celui de Nuremberg de 1492; une des plus anciennes cartes de France, la carte manuscrite de Pierre Ilamon (Blasicn), datée de 1508 et dédiée à Charles IX, sont dignes d’être signalés. Les cartes d'Anville sont aussi intéressantes dans l’histoire de la cartographie; nous retrouvons : une carte de France divisée par généralités (1726), une carte de l’Amérique méridionale et septentrionale, dressée pour l’usage de Mgr le duc de Chartres en 1 737, une autre de la Gaule antique de 1700. (Il est juste de mentionner tout spécialement la carte autographe de La Bourdonnaie (1750); le rival de Dupleix reufermé dans un cachot de ia Bastille et dépourvu de tout moyen d’écrire, traça cependant sur un mouchoir avec de la suie la carte qui devait accompagner son mémoire justificatif.

Signalons aussi deux précieux documents exposés aux Tuileries par le Ministère de l’instruction publique : 1 ancien plan de la censivc de l’abbaye de Sainte- Geneviève et une carte particulière de Flandres.

Il eût été avantageux, pour faciliter l’intelligence de la cartographie ancienne, de suivre un classement qui eût dirigé le public dans ses recherches ; mais l’exhibition de ces monuments géographiques comporte des précautions difficiles à concilier avec cette exigence.

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