GÉOLOGIE DES ENVIRONS DE PARIS
Les environs de Paris sont certainement une des régions les plus explorées et les plus admirées de la France. Au point de vue pittoresque, les paysagistes y trouvent des sites ravissants; et, au point de vue scientifique, les amateurs de collections y ont fait d'impor- Æ
tantes trouvailles. Chaque an- ^ /,/' i \ 4
née, une foule d’étudiants se donnent rendez-vous dans les carrières et dans les bois, et h ■
en rapportent : fossiles, échantillons de roches, insectes et
Or, les botanistes ont sous r
la main d'excellents livres «fe pour les guider dans leurs rc- ’ '■iÿgfosfxcherches. Quant aux géologués, ils ne possédaient pour
tout bien qu’un ouvrage d’un phoiadomya ludcms , immense mérite, mais telle- gîpsc, recueillie à
ment vieilli qu’il eu est passé à l’état de fossile; nous voulons parler de la Description (les environs i le Paris, par G. Cuvier et Alex. Brongniarl.
A la jeunesse studieuse, un jeune professeur, M. Stanislas Meunier, notre collaborateur, vient d’offrir un autre Traité, renfermant des descriptions de coupes toutes frai- . u ches que chacun peut aller visiter, ifflf & indiquant les localités riches en tels flsP ou tels fossiles , et présentant , en outre, les opinions diverses des géo- JmQE® logues qui se sont occupés des environs de Paris. Rien n’a été négligé par l’auteur pour donner à son livre toute l'utilité désirable: ni courses, ni études dans les collections du Mu- fe|jr séum dont il dispose en qualité d'aide naturaliste , ni recherches dans les nombreux Mémoires qu’il a consultés pour mettre le lecteur au courant de tout ce qui s’est dit d important sur Cerithium mrv ce sujet. L'année dernière, c’était des lignites, rca environs de Paris qu’il entretenait les auditeurs de la chaire de géologie du Muséum, et c’était aux environs de Paris, c’est-à-dire à Beynes, à Monlercau, à Auvers, à Etampes qu’il les me-
nait.
Avant chaque leçon et chaque course, des échantillons étaient exposés à la porte de la galerie de minéralogie, et ce sont ces échantillons qui ont été reproduits en partie par un habile dessinateur, et dont on trouvera ici même quelques spécimens. Enfin, la leçon, et par conséquent le livre, s’enrichissaient de notes empruntées à Cuvier,
1 Un volume iu-8’ illustré, par 51. Stanislas JIlunilu. Paris,
J -B. IJ.iillièr , 1875
Plioladoinya ludensis tics marnes intérieures nu g\psc, recueillie à la butte d’Orgemont.
Cerilhinm variabile de l'étage des lignites, recueilli à Aulcuil.
Iirongniart, Constant Prévost, et à MM. Hébert, Paul Gervais, Deshayes, etc.
Après une introduction dans laquelle il signale l’importance du bassin parisien, indique la constitution générale des environs de Paris, et donne la classification de leurs terrains, M. Stanislas Meunier jette un coup d’œil rapide sur les terrains relativement anciens^ raversés^par des
Revues ; dans nos environs ■- immédiats, la craie à Bclcm -
nitclla mucronala, représentée avec tous scs caractères à WNœ r Mciidou, à Bougival, à Port-
Marly, etc.; enfin, le calcaire marnes intérieures au pisolltlliqilC, COlISldcrc loilgbutte ii'Orgcmoui. temps comme tertiaire, et for-
mant aujourd’hui le couronnement du terrain crétacé. Mais c’est aux terrains tertiaires qu'a été consacrée la plus grande place dans le livre, car ce sont les terrains parisiens par excellence.
Après avoir dit quelques mots de l’âge encore in.
certain de l’argile à silex, notre collaborateur passe en revue le terrain éoccne, réparti par M. Paul Gervais en trois grandes divisions : l'orllirocènc avec l’argile plastique, l'éocènc avec le calcaire grossier, et le proïcènc avec la formation si considérable du £-?8aSt gyps« t puis le terrain miocène avec les sables et les grès de Fontainebleau et le travertin supérieur; enfin, le terrain pliocène représenté exclusivement par les sables de Saint-Prest, regardés môme comme quaternaires par quelques auteurs.
L’ouvrage s’avance et nous arrivons ic de l’étage des avec le diluvium à la description des ni à Autcuii. couches quaternaires, couches particulièrement intéressantes pour nous, puisque nous y trouvons les vestiges de l’homme primitif et de son industrie, dont la présence du reste avait pu être constatée dès les sables de Saint- Prest.
A propos du mécanisme eu vertu duquel les vallées se sont creusées, l’auteur examine successivement les théories proposées, et après en avoir fait sentir l’insuffisance, montre comment ou peut rendre compte des phénomènes par la considération des causes actuelles. Ajoutons que l’étude des causes actuelles constitue précisément le sujet du cours que M. Stanislas Meunier professe en ce moment même au Muséum.
Le livre est terminé par un chapitre consacré aux terrains actuels.
Un soin tout particulier a été apporté à la rédaction des tables. Mentionnons surtout la table alphabétique des localités citées dans l’ouvrage, avec laquelle on a fondu un index de toutes les localités riches en fossiles des environs de Paris. Rien de plus commode et de plus pratique que cet index qui ren-
seigne immédiatement l'amateur sur les recherches à faire dans l’endroit où il se trouve.
Nous ne doutons pas que cet utile Traité en facilitant les études des jeunes savants ne leur inspire de plus en plus le goût des excursions, seul moyen d'avancer en géologie, science encore si jeune et déjà si féconde. Les excursions du Muséum très-fréquentes maintenant (il y en a eu onze cette année) ont mou-
Ostrva Innqiroslris dos marnes à huîtres, formant ic soubassement des sables do Fontainebleau, recueillie à Romainville.
tré du reste, que l'on peut compter, dès à présent, sur un grand nombre de chercheurs infatigables.
CHRONIQUE
Les pigeons voyageurs en Allemagne. — Les
journaux belges l 'Épervier et le Colombophile, parlent des progrès considérables que les Allemands ont faits depuis trois ans dans l'organisation de la poste aérienne par pigeons. Partout dans leurs villes et leurs places de guerre, les Allemands ont aujourd'hui des colombiers pourvus de nombreux pigeons-voyageurs, qu’ils élèvent, et qu’ils exercent sans cesse. La Société colombophile la Concnrdia fondée à Cologne sous le patronage du prince Frédéric-Charles, est
une des plus tlorissaules et quelques membres de cette Société ont pris pour mission de lancer les pigeons, qu'ils emportent successivement à des distances de plus en plus grandes. Les Colombophiles allemands, viennent entreprendre leurs expériences, jusqu’au centre de la France, jusqu’à Paris même. Des pigeons de la société Concordia, ont récemment été lancés à la gare du Nord à Paris, à Issoudun, à Orléans, à la Souterraine. La plupart des oiseaux messagers sont revenus à leurs colombiers respectifs situés à Cologne, à Mayence, et dans les principales villes des bords du Rhin.
La chimie organique à la Kwrboime. — Par
décret en date du 1" août 1875, M. Würtz, membre de l’Institut, professeur à ta Faculté de médecine de Paris, a été nommé professeur à la Faculté des sciences de Paris. Celte nomination ne manquera pas d’exercer une influence
importante sur l’enseignement de la chimie : il était regrettable que les doctrines de la nouvelle chimie organique, ne fussent pas exposées à la jeunesse et au public de la Sorbonne.
Nouvelle coupole tournante pour les observations astronomiques. — M. Ad. Gillon a exposé, au palais de l’Industrie, un appareil très-léger, très-transportable qui est digne d’être recommandé aux amateurs astronomes. La coupole est en fer avec revêtements en tôle galvanisée. Un faible effort suffit pour lui donner un mouvement de rolation, et pour ouvrir les panneaux, quand on procède aux observations. Le pied parallactique de M. Gillon, est également construit cil fer, avec deux cercles eu bronze divisés de 50' en 50', vis tangentes et manettes permettant d’imprimer à la lunette un mouvement très-doux et très-régulier.
Essais d’armes antiques au Musée de S M i n l Germain. — Le 6 août dernier, MM. de Morlillct et A. Bertrand ont reçu les membres du Congrès international de géographie, et leur ont fait parcourir les gakries du Musée préhistorique do Saint-Germain. A trois heures et demi, on s’est rendu au champ de manœuvres de l’avenue des Loges, ponr assister aux essais des armes antiques, construits d’après les bas-reliefs de lu colonne Trajane. Malgré la pluie torrentielle, les expériences ont parfaitement réussi entre les mains habiles de M. Abel Maître. On a surtout remarqué les essais de l’onagre qui a lancé à 500 mètres de distance des boulets de pierre de 600 grammes, atteignant le lmt formé d’une mince cloison de planches. line grande baliste a lancé le Irait terminé par une pointe de fer, à 300 mètres, et a percé de part en part la planche contre laquelle elle avait été jetée. Nous nous bornerons aujourd’hui à signaler ces curieux essais ; nous nous proposons d’y revenir en publiant les dessins des appareils sur lesquels ils ont été exécutés.
Association française pour l’avancement des sciences. — I.c Congrès de Nantes. — D’après des renseignements que nous recevons, le prochain Congrès de Nantes offrira une importance exceptionnelle. On sait déjà que deux excursions, qui auront lieu pendant le cours de la session, conduiront le congrès : la première, par la Basse-Loire, à Saint-Nazaire où l’on visitera en détail le port et un paquebot transatlantique et au bourg de Batz qui intéressera surtout les sections de bolanique, de géologie et d'anthropologie ; la deuxième, à Coueron où l’on visitera une verrerie, à la Basse-Indre et à l'établissement de la marine à Indret. Le Congrès sera suivi d’une excursion de trois jours qui permettra de visiter Vannes et ses musées archéologiques, le Morbihan et ses îles, Locmariaques, Auray, Ploennel, Caruac, Quiberon : un navire de l’État, l’ Euménide, mis à la disposition du Congrès conduira les excursionnistes à Belle-lle-en-Mer et à Lorient où l’on se séparera. Vu les difficultés matérielles diverses dans ces régions peu fréquentées, il est probable que l’on devra limiter le nombre des membres qui pourront participer à cette excursion.
Deux conférences auront lieu pendant la session. Le comité local, sous la présidence de M. Léchât, maire de Nantes, a préparé celle session avec un grand soin et un zèle extrême. Une exposition d’objets intéressant la géologie, la minéralogie et les sciences préhistoriques est préparée au foyer du théâtre de la Renaissance.
Crayon A copier. — Depuis quelque temps, on fabrique des crayons qui permettent de tracer sur le papier des
traits qui se recopient comme ceux qui ont été obtenus avec les encres destinées à cet usage. On lit dans le llullelin de la Société chimique le moyen de fabriquer ces crayons, d’après une méthode publiée par le Dinyler's Pohjtechnische journal. Pour obtenir ces crayons on fait nue pâte épaisse avec du graphite à l’état de bouc, du kaolin finement pulvérisé et une solution très-concentrée d'un violet bleu d’aniline soluble dans l'eau, puis on moule cette pâle à la [tresse, sous la forme de cylindres de 10 centimètres de hauteur et de 3 à 4 millimètres de diamètre. Après dessiccation, ces crayons sont prêts à l’emploi. Au lieu de kaolin on pourrait sans doute employer la gomme arabique.
Lac d’eau bouillante. — La Trinidad chronicle rend compte d’une visite faite par M. IL Prestwa, surintendant du Jardin botanique de l’ilc de la Trinité, à un lac d’eau bouillante. Ce lac est situé dans les montagnes derrière la ville de Roseau. Il est entouré de solfatares dont les émanations se font sentir de très-loin. La température des eaux varie de 100 à 105°; elle s’élève de 60 centimètres à 1 “,ü 0 au-dessus du niveau du lac, formant un cône qui se divise quelquefois en plusieurs jets sortant de sources distinctes. Pendant l'ébullition une agitation extrême a lieu sur toute la surface du lac. Les vapeurs sulfureuses se dégagent sans éjection soudaine, sans détonation, à une densité sensiblement constante. La couleur de l’eau est d’un gris sombre ; elle est légèrement chargée de soufre et de roches décomposées. Le niveau des eaux, dont M. Prestwa n’a pas pu trouver le fond avec une ligne de sonde do près de 80 mètres de longueur, va s’abaissant toujours, et le lac finira par devenir la vasque d’une sorle de geyser, dont la surface sera percée d'un nombre plus ou moins grand de petites solfatares, et qui sera de plus en plus envahi par les détritus des roches environnantes. (Les Mondes). I
Un nouveau volcan. — Nous trouvons dans le Friend of India quelques détails sur un volcan, découvert dans la petite ile de Camiguinprès de la côte de Mindanao, groupe des Philippines, dans les mers de la Chine. Cette ile était, il y a quelques années, ferlile et prospère, avec une population de 25,000 habitants, dont 11,000 agglomérés dans la ville de Catarman ; elle produisait du chanvre, du sucre et du tabac de première qualité. Dans les premiers mois de 1871 elle éprouva de violents tremblements de terre, que ressentirent également les îles voisines. Le l“ r mai, à la suile de ces commotions, on vit sortir de terre une montagne qu’on n’avait jamais vue auparavant, et qui grandit peu à peu, mais lentement: au bout de quatre mois elle n’avait encore que 400 pieds de haut, et un diamètre d’un tiers de mille ; mais aujourd’hui c’est une montagne de 5,358 pieds, présentant dans son centre un cône irrégulier de 1 ,950 pieds et un autre pic de 4,700 pieds. Ses flancs sont couverts de lave brune ; le cône central est formé presque entièrement de tracliyte d’un gris pâle ; par les fissures qui entourent le cratère, il s'échappe habituellement une fumée bleuâtre. Depuis l’apparition de cette excroissance volcanique, l’Ile est devenue aride et déserte. (L'Explorateur).
Chemins de fer & rails mobiles tournants. —
Un ingénieur, M. E. de Iîouyer, propose de construire des. voitures à vapeur dont les roues tournent sur des rails articulés, comme une chaîne sans fin. Ces rails se posent d'eux-mêmes sur le chemin et remontent au-dessus de la voiture pour reprendre leur place sur la route. Ce système de rails ne peut dire troublé par les pierres et les orniè-
res, étant maintenu éloigné de terre par des pieds. I/arliculation combinée avec la longueur, donne un angle assez petit pour no pas influencer d’une façon sensible le mouvement de translation directe de la voiture. L’inventeur place à chaque extrémité de la voiture ou du convoi un tambour portant des galets destinés à faire remonter le système de rails au-dessus de la voiture ; un cordage attaché à la roue directrice, se manœuvrant avec un gouvernail, imprime au tambour de tète un mouvement qui fait dévier le système des rails mobiles et permet de modifier la direction.
Un nouveau chronographe espagnol. — De
même que les autres nations européennes, les Espagnols commencent à se préoccuper des progrès dos sciences militaires, et un officier de l’artillerie espagnole, le capitainecommandant Zapala a proposé un nouveau chronographe dont la description vient d’être traduite par le commandant Marvin, de la marine des Etats-Unis, pour la batterie d’expériences de la marine installée à Anapolis. Le but de ce chronographe est de déterminer la vitesse à différents points de la même trajectoire d’un projectile. On emploie trois cibles dont chacune est mise au moyen de fils en communication avec une pile particulière et une quatrième pile commune. Le passage du projectile coupant un certain nombre de fils sur les cibles, en commençant parmi fil fin placé en travers de la bouche de la pièce, interrompt successivement les circuits comme dans la plupart des autres clironographes. L’indicateur consiste en un lourd pendule oscillant sur un arc en cuivre dont un vernier permet d’apprécier la graduation à ^ de degré. Sur cet arc s’appuie une bande de papier maintenue entre des morceaux de caoutchouc dur, et comme les circuits interrompus sont rétablis brusquement, lepapierest percé par une étincelle au point où se trouve le pendule. Un second appareil collecteur consistant en une bande de papier distincte, enroulée sur une roue dentée comme un indicateur télégraphique, agit comme un frein sur le pendule et montre à quelle oscillation correspond l’étincelle. Sans compter la difficulté de la rendre intelligible sans dessins, une description détaillée de ce chronographe nous entraînerait trop loin. L’inventeur lui accorde une grande confiance à cause du poids absolu du pendule comparé à celui de chronograplies plus délicats et d’où résulte une diminution dans les corrections exigées par le frottement et la résistance de l’air. La puissance de la pile employée est de 40 couples Bunzen pour 1,000 mètres de distance et de 20 pour 500 mètres.
Le meilleur papier pour le lirnbe est du papier photographique non glacé, sur lequel le trou produit par l’étincelle, bien que petit, est facilement perceptible en regardant une lumière au travers. — (Traduit du Broad Arrow, par Roustax, lieutenant de vaisseau. — Revue maritime.)
CORRESPONDANCE