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MAMMIFÈRES DU THIBET ORIENTAL

(Suite. — Voy. p. 2 et 6a.)

Après avoir parlé des quadrumanes et des carnassiers qui se rencontrent dans le Thibet oriental, il faudrait, pour donner une idée complète de la faune de cette région, passer successivement en revue toutes les espèces décrites et figurées par M. A. Milne- Edwards dans ses Recherches pour servir à l' histoire des Mammifères ; malheureusement, en raison du peu d’espace dont nous pouvons disposer, nous devons nous contenter de signaler dans chaque groupe les formes les plus remarquables, et de renvoyer,

pour plus de détails, nos lecteurs au magnifique ouvrage auquel nous faisions tout à l'heure allusion, en les engageant aussi à aller voir dans les galeries du Muséum ces animaux si curieux, découverts par M. l’abbé David dans les parties les plus inaccessibles de la principauté do Moupin.

Les Chauves-souris sont représentées par un Rhinolophe de la taille du grand Fer-à-cheval, deux espèces de Murines et un Yespertilion; les Insecti- ! vorcs par plusieurs espèces de Musaraignes, les unes terrestres, les autres aquatiques, telles que le Sorex subcylindricus, le Sorex acuticauAa, de la grosseur de la Musaraigne carrelet, la Crocidura allenuata,

I ressemblant à la Musaraigne musette, mais ayant le 1 pelage d’une teinte différente, et Y Anourosorex sqnamipes qui constitue le type d’un genre nouveau I remarquable par ses formes et sa coloration. En effet, dans cet animal, qui vit dans des terriers et qui parait fort commun dans les plaines et sur les montagnes du Sétchuan et du Thibet, la queue est courte, grêle, terminée brusquement par une partie arrondie et revctuc, dans le reste de son étendue, de petites écailles entre lesquelles surgissent des poils peu nombreux ; le pelage, très-fourni et très-soyeux, est d’un gris uniforme tirant légèrement sur le brun verdâtre, et prend, quand il est mouillé, des reflets chatoyants. Toujours dans la même famille, mais dans un groupe différent, parmi les espèces aquatiques, se place une autre Musaraigne, dont M. A. Milne-Edwards a fait le type du genre Necto- (jale. C’est le Nectogale eler/ans, qui offre certains caractères des Desmans, et qui passe sa vie dans les torrents qui roulent du haut des montagnes de la principauté de Moupin; il est fort répandu, néanmoins ce n’est pas sans peine que M. l’abbé David est parvenu à se procurer quelques-uns de ces ani- ' maux, car pour les atteindre au fond de leurs rc- I traites, il lui a fallu toujours mettre à sec le lit du ruisseau. Les Nectogales nagent avec une grande facilité, et se nourrissent principalement de petits poissons; ils ont la taille de notre Lérot, les pattes cour- : tes, le corps robuste et trapu, la tète grosse, le nez légèrement aplati, les moustaches assez roides et de couleur blanche à la base, les yeux très-petits, les oreilles dépourvues de conque auditive et ouvertes à fleur de peau. La queue est forte, plus longue que le corps, uii peu aplatie à l’extrémité, et peut servir de rame puissante, grâce à la disposition particulière des poils qui la couvrent; les pieds ressemblent à ceux des Desmans et sont largement palmés, les doigts offrent en outre sur leur face inférieure des scutclles ou même de petites ventouses. La fourrure est formée par deux sortes de poils, les uns trèsfins, et constituant une sorte de duvet d’un gris clair, les .autres plus grossiers, plus clair-semés, et nuancés de gris et de blanc. Quand l’animal est mouillé, son pelage prend une teinte métallique et présente des reflets irisés fort remarquables.

L ’Vrospilus soricipes, que M. A. Milne-Edwards rapproche des Urotrichius du Japon, intermédiaires

eux-mêmes entre les Taupes et les Musaraignes, est egalement une faune nouvelle pour la science. C’est un petit animal de 12 centimètres de long, aux teintes foncées, au museau prolongé en forme de trompe bien au-delà des incisives antérieures, à la queue longue, revêtue d’anneaux écailleux entre lesquels sont implantés des poils dirigés d’avant en arrière, qui se réunissent en un pinceau vers l'extrémité ; aux pattes antérieures conformées comme celles des Musaraignes, et non pas modifiées comme celles des Taupes en des pelles destinées à fouir la terre.

Les Scaptonyx (S. fuscicaudatus) que M. David a découverts sur les confins du Kokonoor et de la province de Sétehuan, n’ont pas le museau prolongé comme les Urospilus , et rappellent davantage les Taupes par la conformation de leurs dents et par leur pelage soyeux, fourni, d'un noir bleuâtre à peine nuancé de brun. Dans la meme région vivent du reste de véritables Taupes, qui diffèrent de celles d’Europe par plusieurs caractères, et entre autres par leur taille un peu plus faible, leurs moustaches plus fournies, les teintes plus grises de leur pelage.

Parmi les Rongeurs, des Campagnols (Arvicola mclanogaster ) sont assez répandus dans les montagnes du Moupin et du Sétehuan occidental; ils ont le dos d’un noir bleuâtre, le ventre d’un gris noirâtre et se rapprochent beaucoup do ceux qui vivent sur le l’usi-Yama, l’une des plus hautes montagnes du Japon. Les Rats sont, représentés par plusieurs espèces : le Mus confucianus, un peu plus petit que notre Rat ordinaire, ou Mus Raltus, fréquente les maisons pendant l’hiver; il a le dessus du corps d’un brun nuancé de noir et de jaune, et les parties inférieures d'un blanc pur, et il diffère considérablement du Rat des bois, trouvé dans la région du fleuve Amour par le voyageur Radde ; le Mus jlavipeclus, le Mus griseipeclus, le Mus Ouang-Thomœ, le Mus Chevrieri s’éloignent du précédent par leurs dimensions et par la distribution de leurs couleurs ; enfin le Mus pygmaeus est, comme l’indique son nom, une souris de petite taille, ayant la tète courte, les oreilles peu développées, et ressemblant un peu à certains Rongeurs de la Russie méridionale.

Le Rhizomys vestitus appartient à uu genre assez mal connu, que M. Gray plaçait dans le voisinage des Spalax ou Rats-Taupes ; il vit dans les montagnes, sur les confins du Kokonoor; c'est un animal d’assez grande taille, qui mesure plus de AO centimètres du museau à l’extrémité de la queue, et qui pèse parfois jusqu’à 5 livres. Les habitants du pays sont très-friands de sa chair et lui font une chasse active, principalement en automne, époque à laquelle il est le plus gros. Ce Rhizomys du Thibet, comme ses congénères du Népaul et de la péninsule malaise, se nourrit presque exclusivement de racines de bambous ; il a le corps massif, les pattes courtes, la tète élargie fortement au niveau des tempes, et terminée

par un museau pointu; les oreilles petites et presque entièrement cachées sous les poils de la tète, b; pelage soyeux, fourni comme celui de la Taupe, et d'un brun éclatant.

Les Pleromys, ces Écureuils si remarquables par le développement de la peau des flancs, qui s’étend comme un parachute de chaque côté du corps, eu s'attachant d’une part aux membres antérieurs, de l’autre aux membres postérieurs, comptent dans le Thibet oriental une grande espèce dont la tète est presque, entièrement blanche (au moins en hiver), et dont le dos, les épaules, les (lunes, les pattes et la queue sont colorés en roux plus ou moins vif, la poitrine et le cou présentant des taches d’un blanc pur. Cette espèce, que M. A. Milne-Edwards a nommée Pleromys alborufus, paraît assez rare dans les montagnes de la principauté de Moupin, car en huit mois, M. David n’a pu s’en procurer qu’un seul exemplaire. Parmi les Ecureuils proprement dits, nous citerons encore le Sciurits Perrtyi, qui rappelle par la teinte de son dos certaines espèces de l’Inde, de Siam et de la Cocbinchine, mais qui se distingue par la coloration brune tiquetée de noir de son museau et du dessus de sa tète, par les cercles bruns qui entourent ses yeux, par ses oreilles arrondies et dépourvues de pinceaux, et par la nuance blanchâtre des parties inférieures de son corps. Une autre espèce offre des teintes légèrement difterentes, et a la tête plus massive. Notre Écureuil commun, qui a été signalé par Hodgson dans lTIimalaya, et que M. David a pu voir aux environs de Pékin, n’existe probablement pas dans le Thibet oriental ni dans le Sétehuan. Dans cette région, il est remplacé par d’autres espèces, et notamment par une variété de cet Écureuil, à dos rayé, qui est assez commune au Bengale, dans l’Assam, dans le Népaul, dans l’IIi— malaya, à Formose, et que M. Gray a décrit sous le nom de Sciurus Mac-Clellandi. C’est toujours sur les grands conifères, qui croissent sur les montagnes à une altitude considérable, que se tiennent ces petits écureuils, faciles à distinguer de ceux de l’Inde par les bandes beaucoup plus marquées qui s’étendent sur la région dorsale.

Les hautes montagnes du Thibet nourrissent de grandes Marmottes (Arctomys robustus), comparables par la lourdeur de leurs formes et la puissance de leur appareil masticateur à celles qui vivent dans le Kamtschatka, et que Pallas avaient considérées primitivement comme une simple variété de l’drctomys bobac de l’Europe occidentale. Ces Marmottes, découvertes par M. David sur les sommets du Yaotchy et de Poé-ma-lou, daus le voisinage des neiges éternelles, ont le pelage brun ou noirâtre, moucheté, de noir sur la nuque, avec les épaules et la queue d’un noir presque uniforme, les pattes roussâtres et la gorge marron.

E. Oüstalet.

— La suite prochainement. —

LA N ATI.' RE.

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