‹ La Nature 1875 S2Chapitre 89 sur 117 · DE LOUIS LE GRAND · texte numérisé non relu

DE LOUIS LE GRAND

L’INVINCIBLE, L'HEUREUX , LE SAGE LE CONQUÉRANT CÉSAR CARDINAL DÉSIRÉES A CONSACRÉ CE GLOBE CÉLESTE OU TOUTES LES ÉTOILES DU FIRMAMENT ET LES PLANÈTES

SONT PLACÉES AU LIEU MESME OU ELLES ESfOlENT A LA NAI>SANCE DE CE GLORIEUX MONARQUE AFIN DE CONSERVER A L’ÉTERNITÉ CNE IMAGE FIXE DE CETTE HEUREUSE DISPOSITION DANS LAQUELLE

LA FRANCE A RECEU LE PLUS CRAND PRÉSENT QUE LE CIEL AIT JAMAIS FAIT A LA TERRE MDCLXXXIU

• Description et explication des globes gui sont placés dans le pavillon du château de Marlg. — Taris, 1704, in-8°.

Celle inscription, où l'adulation revêt les formes les plus hyperboliques, n’étonne pas de la part de ce prélat. C’est lui qui répondait à Louis XIV, un jour que le roi se plaignait de perdre ses dents :

— Eh! qui doue a des dents, sire?

N”e,sl-ce pas encore le cardinal d’Estrées qui, prêchant devant le grand roi, aurait dit :

— Nous mourons tous.... ou du moins presque tous...

Ce ton de flatterie exagérée parvint-il à piquer le grand roi? Nous ne savons; mais nous avons vu, sur un exemplaire du mémoire de La llire cité plus haut, une note manuscrite de très-peu postérieure, et d’après laquelle Louis XIV aurait défendu la réimpression de ce volume à cause, précisément, des dédicaces qui s’y trouvaient reproduites.

Mais revenons à la sphère céleste. Les étoiles et les principaux cercles sont de bronze doré et en relief, afin qu’ils aient plus d’éclat. On remarque encore sur ce globe plusieurs cartouches dans l’intérieur desquels ont été inscrites des remarques sur les nouvelles constellations, sur l’obliquité de l’écliptique, etc. Sur ce dernier grand cercle on a ajouté une espèce de curseur, qui porte l'image du Soleil, « de la grandeur, dit La Rire, qu’il paraît être vu de la terre, » de sorte qu’on peut le placer dans tous les points du firmament qu'il occupe successivement dans le cours d’une année, ce qui montre bien quel est son mouvement,' et comment il s’approche et s’éloigne des étoiles fixes qui se trouvent sur sa roule. Ce soleil mobile devait servir aussi, dans la pensée de l'auteur des sphères, à faire voir aisément pourquoi le soleil s’élève plus haut à midi dans un temps que dans l’autre, ce qui est la cause des différentes saisons, etc.

Sur le globe terrestre, les mers ont été peiules d’une couleur bleu-foncé ; les terres sont blanches, pour que l'écriture y soit plus visible. On y voit le buste du roi, placé au-dessus d’un cartouche qui renferme une dédicace, analogue à celle que nous venons de reproduire. La Victoire couronne Louis XIV d’un côté et la Renommée de l'autre. Autour de ce cartouche figurent les Sciences et les Arts avec des trophées d’armes élégamment disposés.

En plusieurs endroits, d'autres cartouches sont décorés de figures et d’ornements en rapport avec les inscriptions qu’ils renferment : les unes parlent des sources du Nil, de la pêche des perles; d’autres, des diverses manières de vivre de quelques peuples, des vents qui régnent dans telle ou telle mer, etc.

Les méridiens des deux globes sont divisés en degrés ; mais l'horizon du globe céleste est partagé en douze parties pour les signes du zodiaque, vis-à-vis desquelles on a marqué les jours du mois qui leur correspondent. L’horizon du globe terrestre porte, en outre des degrés qui y sont tracés, l’indication des trente-deux vents que l’on représente habituellement sur les boussoles. Au pôle nord de chaque sphère, un petit cercle fixé au méridien est divisé en vingt-quatre parties égales ; c’est un cercle horaire,

sur lequel se meut une aiguille fixée à l’axe du système. Ce cercle horaire peut servir à quelques petits calculs fort simples. Par exemple, si l’on sait, à un jour donné, le lieu du soleil sur l'écliptique, on peut, le petit soleil en cuivre doré étant mobile sur ce grand cercle, et la sphère tournant sur elle-même, amener ce lieu avec l’astre, sous le méridien : en même temps, ou place l'aiguille du cercle horaire sur 12 heures. Si l’on fait alors tourner le globe vers le couchant, jusqu’à ce que le soleil arrive à l'horizon, l'aiguille du cercle horaire marquera l’heure à laquelle l’astre se couche; et comme il emploie autant de temps à monter de l’horizon au méridien qu’à descendre de celui-ci à l'horizon, en doublant le temps trouvé, on obtiendra la durée du jour. Le globe céleste se prête encore à diverses expériences de ce genre qu’il est inutile d’indiquer et que l’on conçoit aisément.

Le globe terrestre donnerait lieu à plusieurs observations intéressantes ; sans grande valeur scientifique, il indique du moins l’état des connaissances géographiques à la fin du dix-septième siècle. Le premier méridien y passe par le milieu de la petite île de Fer, la plus occidentale des Canaries; c’est en llo4 que Louis XIV ordonna de prendre ce méridien, au lieu de celui qui, suivant les anciens géographes, passait par Cadix d’abord, comme la terre la plus éloignée vers le couchant, puis aux îles Açores. Sans relever en détail les diverses inexactitudes qui figurent sur celte sphère, et dont les progrès de la géographie ont fait depuis justice, nous pouvons dire, cependant, que la Chine, les Indes orientales, l’Australie et la plupart des grandes îles de l’Océanie sont particulièrement défectueuses, soit comme forme, soit comme position; la Californie est figurée comme étant une île ( Isle de Californie), et le centre de l’Afrique y est représenté avec des fleuves et des lacs de haute fantaisie.

Les globes de la Bibliothèque ne sont pas les plus gigantesques qui aient été construits. Les lloud, les Blaeuw se sont rendus célèbres, en Hollande, par les leurs. Un de ceux de Blaeuw, de 7 pieds de diamètre, construit en 1004, se trouve à Saint-Pétersbourg. Mais celui de Long, de Cambridge, én Angleterre, surpasse en dimensions tous les autres. Son diamètre s’élève à 1 8 pieds. Nous pouvons citer encore au nombre des monuments de ce genre, dignes d’être mentionnés, le géorama de M. de Langlois, qui fut installé à Paris, en 1825 ; c’était un globe de 120 pieds de diamètre. Le spectateur introduit dans son intérieur jouissait de la vue de toutes les parties du monde représentées sur la matière transparente dont on s’était servi pour construire cette énorme machine. Mais on peut dire que ces sortes de Constructions sont plutôt faites pour satisfaire la curiosité que pour servir à un enseignement scientifique. •

Charles Letort, de la Bibliothèque nationale.

LE MARÉGRAPIiE ET LE FL LYI0GRAP11E

Page 1